ORGANISATION DE LA RÉPUBLIQUE
Trrre Ier. — Historique.
Avyänt d'examiner l’organisation de la République chinoise telle qu’elle résulte de la Gonstitution provisoire du 15 mars 1912 encore en vigueur, nous passerons rapidement en revue les efforts faits par la dynastie déchue pour instaurer en Chine un régime constitutionnel. |
La guerre que la Chine soutint contre le Japon en 1894 et qui se termina par la victoire de ce dernier coûta à la Chine l'Ile Formose cédée au vainqueur et quelques points stratégiques occupés par les puissances européennes. Cette guerre malheureuse impressionna vivement le pays et démontra aux esprits éclairés l'insuffisance des vieilles institutions pour permettre à la Chine de tenir dans le monde le rang auquel sa population et l’étendue de son territoire lui donnaient droit. La nécessité de réformes ne fut plus douteuse. Le parti qui les préconisait, composé d'hommes imbus d’idées nouvelles et admirateurs des méthodes occidendales, réussit après de nombreuses tentatives à arriver au pouvoir. En 1898 l'Empereur Kuang-Siu s’entoura d'hommes de ce parti et par les réformes qu'ils firent réaliser on pouvaitprévoir que la Chine serait arrivée à se moderniser en évitant peut-être la Révolution et les guerres civiles qui en furent la suite (2).
(1) Quoique notre étude s'arrête à la fin de l'Empire, vous croyons utile de noter dans ce chapitre les principales caractéristiques de la Républiqne chinoise, résultat du mouvement révolutionnaire que nous examinons rapidement dans la dernière partie de ce travail. s
(2) Maysox. — La Politique chinoise. Roves. — La Chine et le mouvement constitutionnel.
Malheureusement leur règne ne dura que cent jours; la réaction ayant, à sa tête l’impératrice Tsési triompha des réformateurs. L'Empereur fut ODHEONRe ses conseiliers des Cent jours condamnés et leurs chefs Æang-You- Wei et Liang-Ghi- Chao durent chercher un refuge au Japon, d’où ils continuèrent à mener une active campagne en faveur de la monarchie constitutionnelle,.
A côté de ces réformateurs partisans de la monarchie existaitle parti du docteur Sun-Yat-Sen, dit de l’« Union jurée », véritable société secrète ayant pour but le renversement de la dynastie et la proclamation dela République. Alors que les réformateurs des Cent jours étaient hostiles à une Révolution sanglante, les membres de l’Union jurée l’estimaient inévitable. Leur parti était essentiellement un parti d'action qui, depuis 1895, fomenta plus de dix insurrections. L’épilogue onéreux de la crise des Boxeurs aggrava l’impopularité du Régime et concilia au parti révolutionnaire de nombreuses sympathies dans la classe moyenne. Dès lors les mouvements, les soulèvements populaires devinrent inquiétants et la Cour, pour apaiser l’ire menaçante des révolutionnaires, fut acculée à promettre des réformes.
Pour les réaliser, en connaissance de cause, l’Impératrice Tsési envoya en Europe, au début de 1906, une délégation de
cinq commissaires pour étudier les constitutions des pays d'Occident. C’était là une concession importante aux idées nouvelles. Le parti réformateur s’en réjouit et en augura les réformes attendues; l’« Union jurée », au contraire, la considéra comme une diversion dangereuse susceptible d’endormir le ressentiment populaire; aussi un de ses membres n’hésita-t-il pas à lancer des bombes sur la mission envoyée en Europe. Quand, deux années ‘après, les commissaires furent de retour dans leur pays, trois édits furent promulgués. Le premier promettait une constitution libérale,le second créait un bureau de réformes constitutionnelles, le troisième, enfin, du 25 août 1908,adoptait le plan réformateur (1) proposé par ce bureau et annonçait la convocation d’un Parlement pour la neuvième année qui suivrait ce décret, c’est-à-dire pour 1916. En atteudant que le parlement se réunisse il était établi des conseils
(1) Jean Ropes, — La Chine el le mouvement constilutionnel.
no es
provinciaux à raison d’un par province et un Sénat provisoire pour tout l’Empire. |
Les Conseils provinciaux étaient élus par les provinces proportonnellement à leur population et au nombre de suffrages exprimés. L'élection était à deux degrés et y participaient les citoyens âgés de vingt-cinq ans et répondant à certaines conditions de cens ou de capacité (1). Réunis en octobre 1909, la plupart des Conseils provinciaux entrèrent bientôt en conflit avec les gouverneurs des provinces qui se
° refusèrent à admettre leur contrôle. Beaucoup de conseillers démissionnèrent, l’agitation populaire s’accrut etila Cour,pour apaiser l'opinion publique, dut infliger des blâmes sévères aux gouverneurs fautifs. Quoique défense fût faite aux Conseils provinciaux de s’entretenir des questions de politique générale, ils les mirent au premier rang de leurs préoccupations et, en 1910; ils déléguèrent quelques-uns de leurs membres à Pékin pour se constituer en Assemblée permanente à l'effet d'obtenir la convocation anticipée du Parlement. Leurs efforts, appuyés par ceux convergents du Sénat provisoire, eurent comme conséquence le décret du 5 novembre 1910 qui avançait de trois années la convocation du Parlement, 1913 au lieu de 1916. Mais les délégués des provinces ne se tinrent pas pour satisfaits et réclamèrent la convocation immédiate. Devant cette obstination intransigeante, la Cour, pour imposer silence aux Conseillers, dut se résoudre à dissoudre leur assemblée illégale et en faire expulser manu militariles membres de là Capitale (janvier 1911). Ceux-ci, revenus dans leurs provinces, rendirent compte de l’échec de leur mission, le mécontentement populaire, habilement entretenu par des propagandistes éprouvés, fut à son comble et on pouvait dès lors. prévoir que de graves événements ne tarderaient pas à se faire jour.
Le Sénat provisoire devait ronctionner de 1910 à 1916, et procéder à diverses réformes administratives et financières dont l'urgence se faisait de plus en plus sentir. Il comprenait deux cents membres, dontune moitié était nommée par J’Empereur, et l’autre par les Conseils provinciaux dont les choix devaient êtrehomologués par les gouverneurs. Le Sénat provi-
(1) Tsin-Tar. — Ze pouvoir législatif en Chine.