‹ Aperçu des résultats de la statistique comparée du commerce extérieurChapitre 15 sur 22 · millions en 1890, 210 en · texte numérisé non relu

millions en 1890, 210 en

5. Dans un article récent M. Thérj s'est félicité des résultats du régime protectionniste de 1892 ; il a donné comme « preuve incontestable » le changement qui s'est produit depuis vingt ans dans la balance du commerce, en résumant ainsi l'importation et l'exportation par périodes septennales :

Commerce spécial (millions de francs i

Muyeunes annuelles Déficit linporl»tii>u& Exportations

Période 1885-1891 4 279 3 408 — 871

,\iiiiée 1905 4 674 4 762 + 8S

Je suis d'accord avec M. Théry pour féliciter la France d une reprise d'accroissement de l'exiiorlalinn . ai>rès la diminution de 1892 à 189S. .le coiislale qu'il y a aussi une reprise de l'importation el, pour juger si cette augmentation a été ou non favorable au développement économique de la France, j'ai besoin d'eu étudier les détails ; eu tout cas, quels que soient ces détails, j'estime que les produits inipoi tés ont dû être utiles l'année où le commerce les a introduits en France. Tout en estimant qu'un

Commerce spécial (en millions)

Augmentatioa ou

1869 1904 diminution

«a pluit en moins

A l'importation :

IfiO

A l'exportai ion :

Laines en masse, laiues peignées, etc.

Vins

Tabletterie, meubles, ouvrages en bois,

industrie parisienne, etc. .

Deux observations. — Deux observations avant de terminer cette partie de notre exposé statistique.

l'Les chiffres que nous avons cités expriment en valeur absolue ou en proportion relative l'importance des périodes historiques et économiques. Ils ne les mesurent pas avec la précision qu'on est habitué à attribuer aux nombres, non seulement jiarce que le chiffre enregistré par l'administration n'embrasse pas la totalité des échanges mais parce que la première année d'une période et la dernière ne donnent pas toujours la plus petite et la plus forte somme de cette période, puisque la courbe, quelle que soit 'son allure générale, se compose d'une suite d'ondulations Ainsi, par exemple, l'année 1847, qui a été la dernière du règne do Louis-Philippe, a été une année de crise dont les résultats commerciaux sont restés au-dessous de l'année 1846 0.

excédent d'exportation peut être avantageux à un peuple, je ne le regarde pas comme un indice certain de prospérité, encore moins comme la mesure de celte prospérité. Je ne me permets pas, en tout cas, d'appeler « déficit » nn excédent d'importation. Quand mon bouclier m'apporte de la viande on mon tailleur un habit, je ne crois pas que cette livraison soit un déficit dans mon ménage, non plus que je ne compte pas comme une perte l'argent que je tire de ma caisse pour les payer. Je suis convaincu que M. 'fbéry, de son côté, considère non comme un délicit, mais comme une source de profit l'augmentation de l'ourniture de papier dont il a besoin quand le nombre des abonnés de rÉconnmi.ite européen augmente.

1. L'importation du coton s'est élevée à 377 millions en 1905.

2. L'importation de la soie, qui avait été de 370 millions en 18119, est tombée à 2fi0 millions en 1905.

3. C'est pourquoi nous avons, dans le tablesu par périodes historiques, indiqué l'année la plus forte et l'année la plus faible.

ST^es lois de douanes définissent en général les périodes économiques et souvent les dominent. 11 faut toutefois se garder de croire que les résultats du commerce extérieur soient précisément fonction de ces lois. La vie commerciale d'une nation est influencée par des causes économiques nndtiples, et les causes économiques elles-mêmes ne sont qu'une catégorie parmi les nombreuses causes générales dont le mouvement social est la résultante.

DEUXIÈME l'AUTIE

COMPARAISON STATISTIQUE DU COMMERCE EXTÉRIEUR DE LA FRANCE AVEC CELUI DES AUTRES GRANDS ÉTATS

Conditions de la statistique comparée. — Le graphique ci-joint (voir la planche hoi s texic à la lin de l'article) présente le mouvement du commerce extérieur de la France comparé avec celui du commerce des autres Etats pendant le dix-neuvième siècle et les premières années du vingtième.

Si, pour un pays tel que la France, on est obligé de reconnaître que les données officielles de la stalislicjne du commei'cc sont exposées à des iuiperfections et à des lacunes qui ne permettent pas d'attribuer une valeur absolue aux chiffres, à plus forte raison on comprend que la comparaison du commerce des Etats ne saurait être l'expression adé([uate des faits et fournlT- la mesure exacte de leur rapport numérique.

Les publications étrangères n'échappent pas plus que celles de la France aux critiques des statisticiens. En outre, chaque État ayant ses procédés particuliers d'enregistrement, les rubriques commerciales correspondent imparfaitement. Le major Ci'aigie et sir Bateman ont publié dans le Bulletin de l'Institut inlernatio7ial de statistique des rapports dans lesquels ils ont signalé ces discordances et donné aux statisticiens des conseils sur les moyens de se rapprocher tie l'uniformité.

Relativement à la provenance ou à la destination des marchandises, les uns tiennent compte du lieu d'origine et de la destination dernière (Planée, Zollverein, Suisse, Autriche, etc.) ; les autres considèrent seulement le pays d'importation et d'ex[)ortation immédiates (Angleterre, Etats-Unis, etc.). Ni les uns ni les autres ne peuvent affirmer que les déclarations soient toujours vraies. Les négociants peuvent envoyer leurs marchandises par des intermédiaires et désigner ces intermédiaires seuls dans leur lettre d'ex])édition, soit par négligence, soit de propos délibéré, afin de ne pas dévoiler à des concurrents leurs relations connnerciales. (^e fait s'est produit, par exemple, pour des soieries destinées aux États-Unis et expédiées par voie d'Angleterre; il s'est produit aussi pour des expéditions par Anvers.

Relativement à la valeur, plusieurs Élals ont adopté les valeurs déclarées par les négociants (Angleterre), d'autres les valeurs réelles établies officiellement chaque année (France, Allemagne, etc.), d'autres le prix moyen du marché (États-Unis, etc.).

Entre la série des quantités et celle des valeurs il n'y a pas parallélisme pour les pays qui calculent la valeur de leur commerce d'après les valeurs réelles, tandis que le rapport ne change pas pour les pays qui calculent d'après des valeurs officielles.

Relativement aux métaux précieux, la majorité des États les comptent à part (France, Angleterre, États-Unis, etc.); d'autres les comprennent dans le total de leur commerce général et de leur commerce spécial (ZoUverein, etc.); (juelquesuns ne les mentionnent pas (Grèce, Bulgarie, Serbie, Houmanie, Tunjuie) et les confondent probablement dans l'ensemble de leur commerce extérieur.

Relativement au commerce gi-ni-ral et au commerce spécial, quelques Ktats n'en font pas la distinction ou ne donnent que le commerce spécial (Suède, Russie, Autriclie). La plupart font la distinction, mais ils ne la font pas d'après la même méthode et, comme le tarif des douanes influe beaucoup sur les déclarations des iniportateiu's, les deux catégories ne comprennent pas dans tous les pays les mêmes importations et exportations; les marchandises en transit, quand elles sont exemptes de droit, sont parfois déclarées par les importateurs pour le commerce spécial, notannnent aux Pays-Bas et en Belgique. L'Angleterre ne compte pas le Iranshipment (transbordement des marchandises d'un navire iujportateur sur un navire exportateur) dans le total de son conmierce (').

Malgré ces réserves, la comparaison du commerce extérieur des États est très instructive. C'est pourquoi nous avons essayé de l'établir.

Mouvement général des courbes. — Le mouvement général des courbes du graphique peut se diviser en ti'ois sections, correspondant à celles du graphique du commerce de la France :

Une première période, de 1800 à 1845-1850, dans laquelle le mouvement ascendant est peu prononcé, excepté' pour l'Angleterre;

Une seconde période, de 1848-1850 à 1880-1883, dans laquelle la montée des courbes est très rapide;

Une troisième période, depuis 1880-1883, dans laquelle le mouvement ascensionnel est i-alenti pour plusieurs États, pas pour tous cependant. L'essor paraît d'ailleurs reprendre depuis 1896.

La concordance de ces mouvements d'ensemble atteste l'existence de causes très générales qui ont agi sur le commerce des Etats, quel que fût leur gouvernement, le caractère spécial de leur production, leur régime douanier. Parmi ces causes, la principale, à mon avis, a été le développement des moyens de communication et d'échange. C'est sui tout dans le troisième quart du dix-neuvième siècle que ce développement a été à la fois nouveau et intense : construction des grands réseaux de chemins de fer, accroissement de la marine à vapeur, création de services de paquebots, extension du réseau télégraphique, économie et célérité des transports. A cette première cause, s'en sont ajoutées alors d'autres : grande et subite aftluence de l'or, extension du crédit, application plus active et plus variée qu'au-

1. On peut ajouter que les documents de seconde main, les seuls parfois qu'un écrivain ait à sa disposition, ne concordent pas toujours parfaitement, lîxemple pour l'Empire allemand en 1903 : le document original, reproduit dans le SUUislisehe Julirbucli fur dus DeuUi:lie Heich. donne à l'importation GS21 millions de mai-ks et à l'exportation .5 130 (soit 7 901 millions et 6 412 millions de francs). V Almanacit de Goilia et le Statesman'.s Yearbook reproduisent ci!s cliiQrcs Mais le Stalislical abstracl for foreigii Countr/es donne .300,1 millions de livres sterling à l'importation et 2ôû,7 à Pexportation (soit 7 562 et 6 317 millions de Irancs); les Annales du commerce exléiieur, année 190i, donnent 5 !)S3 et 4 971) millions de livres sterling (soit 7 479 et 6 221 millions de francs): les StatisHka ŒJrersicklslabeller de M. Sundbâbg donnent 7 950 et U 706 fr.

paravant de la science à l'industrie, politique roniiriei'cinle [>lns lib('r alc de la plupart des Etats européens. En effet, dans la seconde nioitii'! du dix-neuvième siècle, l'Angleterre est entrée complètement dans l'ère libre-échangiste, la France a pratiqué les premières brèches à son système protectionniste auquel elle a substitué, à partir de 1860, un système de tarifs conventionnels, la plu|)art des Etats d'Europe l'ont suivie dans cette voie.

Ce n'est pas que la jtaix ait n'^gnc dans le monde plus complètement durant cette période que dans les autres. Car, de 1827 à 1 850, il n'y a pas eu de grandes guerres ; au contraire, il y en a eu, et de très troublantes, de 1853 à 1877 : guerre de Grimée, guerre d'Italie, guerre austro-prussienne, guerre franco-alh^iiande, gnerre russoturque, et, hors d'Iùu ope, guerre de Sécession, expéditions en Orient, aventure du Mexique.

Mais les causes de d(''veluppement éconoinicpic que nous venons d'énuniérer au sujet de la période 18.50-1880 n'existaient ]ias on étaient loin d'avoir la tnème énergie dans la première partie du dix-neuvième siècle.

Il est vrai que la plupart ont continué à agir dans le quatrième quart du siècle ; mais elles ont ét('' alors une continuation et non une création nouvelle; l'effet général qu'elles ont produit a été, en conséquence, moins soudain et moins apparent. En outre, le régime douanier, depuis J'exemple donné par le Zollverein en 1879, est devenu géni'ralement protectionniste sur le continent europé'en; il s'est resserré davantage aux Etats-Unis. C'est une des raisons pour lesquelliis le commerce a eu, dans plusieurs Etats, une montée plus laborieuse et plus interrompue par des affaissements.

Ces affaissements, depuis 1873, se sont manifestés aux mêmes époques en France et en Angleterre, ainsi que les relèvements ; toutefois la France s'est moins relevée, absolument et même proportionnellement, que l'Angleterre. Us se sont manifestés aussi, mais avec une moindre similitude, aux Etats-Unis <!t dans l'Empire allemand.

Ils n'apparaissent pas sur la courbe des Pays-Bas et il faut regarder de près pour les apercevoir çà et là dans les Etats dont le commerce n'atteint pas 5 milliards de francs.

Indépendamment des trois grandes directions successives du mouvement général, chaque courbe, c'est-à-dire chaque Etat, a son allure propre. On peut y remarquer des dépressions accidentelles causées par des événements de la [lolitique intérieure. On y voit aussi des mouvements généraux qui se manifestent par des ondulations à peu près parallèles sur les principales courbes; par exemple, la crise de 1837 (États-Unis, Angleterre, France), celle de 1857, la poussée d'affaires qui a suivi l'interruplion de 1870, la crise de 1882 et années suivantes, la grande dépression de 1891-1805.

[1 est intéressant d'examiner de plus près la marche du commerce des trois ou quatre principaux États.

Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande. — Les relevés du commerce extérieur de l'Angleterre avaient été dressés depuis 1760; l'incendie de la douane en 1814 les a détruits. Des statisticiens les ont en partie reconstitués (').

Dans la première moitié du dix-neuvième siècle la publication a été faite, comme en France, en valeurs officielles; en 1854, le Board of trade a adopté le système des valeurs actuelles C'). Comme la fixation des valeurs officielles remontait à l'an-

1. Voir Mac Cblloch, Dictionary of commerce, y' Imports and exports.

2. Deptiis 1807, le Board of trade n"a plus publié les valeurs officielles.

STATIST. COUP.

— Si —

née 1698, le prix des marchandises avait considérablement changé; en général il avait baissé, de sorte qu'en 1854 les 214 millions de livres sterling figurant à l'exj)ortation des produits et objets manufacturés du Royaume-Uni ne représentaient (]ue 97 millions en valeurs actuelles. C'est ce qui explique la chute subite de la courbe en 1854 ('). Depuis 1870, l'Angleterre enregistre une moyenne des prix des marchandises tels qu'ils sont déclarés par les expéditeurs, lesquels peuvent avoir intérêt à ne pas mentionner le prix véritable (').

Suivons la courbe. En 1803, la paix d'Amiens a augmenté de plus de 5 millions de livres sterling l'exportation des produits anglais (cette augmentation apparaît peu sur la courbe, parce qu'elle s'est produite surtout dans les valeurs réelles et qu'elle est à peine sensible dans les valeurs officielles). De 1809 à 1811 , il y a eu une grande augmentation du commerce en dépit du blocus continental : l'Angleterre était maîtresse de la mer et du monde colonial. En 1812, la guerre avec les États-Unis amena une dépression subite qui est très visible sur la courbe. Après le rétablissement de la paix en Europe, cette courbe s'élève tout à coup au-dessus de 2 milliards de francs et monte, avec quelques interruptions, à 2 milliards et demi de francs. La crise de 1826-1827 a arrêté pendant une année l'ascension, qui reprend ensuite jusqu'en 1837; en 1838, la dépression causée parla crise des chemins de fer enraya le mouvement entre les années 1840 et 1843. Mais, dans les années suivantes, l'élan reprit et devint plus puissant, si bien que, de 65 millions de livres sterling (valeurs officielles), l'importation monta, en 1854, à 124 milhons, et l'exportation de produits anglais de 102 millions à 214. La valeur officielle des trois catégories du commerce britannique (importation, exportation de produits britanniques, exportation de produits étrangers et coloniaux) formait alors (année 1854) un total de 9100 millions de francs. Ramené au taux des valeurs actuelles, ce commerce ne représente que 5 700 millions de francs.

L'Angleterre avait conservé jusqu'en 1825 un régime douanier très restrictif, non seulement à l'importation des produits étrangers, mais même à l'exportation de certains produits nationaux, comme la laine et les machines. Les grands propriétaires fonciers avaient assuré uniiaut prix à leur blé, d'abord en instituant réchelle mobile, puis en relevant le niveau de cette échelle en 1817 : le blé étranger n'étail admis que lorsque le prix à l'extérieur dépassait 80 shillings. D'autre part, le tarif général, très compliqué, ne comprenait pas moins de 1 200 articles. Dans le même

1. Le commerce britaanique comprend ; 1° le total des importations; 2° le total des exportations, qui se compose de deux parties : l'exportation des pioduits britanniques et l'exportation des produits de l'étranger ou des colonies britanniques. Les produits étrangers et coloniaux exportés appartiennent en réalité au commerce général.

Les lingots et le numéraire ne sont pas compris dans le total du commerce ; ils sont l'objet d'une statistique spéciale. En 1904, l'importation d'or et d'argent a été de 45 564 000 livres sterling et l'exportation de 46 303 090 livres sterling.

Les marchandises étrangères et coloniales importées qui sont l'objet d'un transbordement immédiat dans les ports anglais pour être réexportées ne sont pas non plus comprises dans le total du commerce. Elles sont enregistrées en poids, En 1904, leur valeur était estimée à 13 667 000 livres sterling.

Dans la valeur des importations sont compris, en général, outre la valeur propre de la marchandise, celle de l'assurance et du fret. Dans la valeur des exportations sont compris les frais d'embarquement.

2. La loi punit d'une amende les fausses déclarations. Est-elle bien observée ? 11 en est de même eu France.

temps le salaire des ouvriers baissait et il y avait de grandes misères dans la population ouvrière.

Huskisson, étant ministre, ouvrit la première brèche dans la citadelle du protectionnisme. En 1827, il tciiipéia les interdictions de l'acte de navigation; il remplaça la prohibition des soieries par un droit, droit élevé d'ailleurs ; il diminua le droit sur la soie brute et la laine ; il abaissa de 80 à 75 shillings la limite d'interdiction de l'importation du blé. Le commerce ressentit presque aussitôt l'effet de ce commencement dé réforme : les recettes de la douane auxquelles les réductions de droits auraient dû faire perdi'e 9 millions de livres sterling ne diminuèrent que de 3 millions, et le trafic de l'Angleterre avec l'étranger s'accrut.

Un autre ministre, Robert Peel, (juoiiiue tory, comprit, après Huskisson et à la suite de la réforme électorale de 1833, que, dans le triple intérêt du Trésor public, de l'industrie et du commerce, l'Angleterre devait débarrasser sa douane des entraves protectionnistes. De 1843 à 1846, il supprima les prohibitions, il diminua les droits sur les matières premières, il réduisit de moitié le nombre des articles du tarif; enfin il fit voter l'abolition des lois sur les céréales (janvier 1846) qui, trois ans après la promulgation de la nouvelle loi, devaient entrer et entrèrent en franchise.

Après lui, Gladstone, ministre en 1853, puis en 1866, supprima plusieurs impôts de consommation qui rendaient très peu au Trésor, et ne laissa guère subsister que ceux qui portaient sur le thé, le cacao, le café, la chicorée, les fruits secs, les vins et les spiritueux. Il rédui.sit à 10 °/„ les droits sur les produits fabriqués (à l'exception de la soie, taxée à 15 11 ne laissa au tarif que 48 articles. L'industrie britannique se sentait désormais assez fortement organisée pour ne j)as craindre d'ouvrir son marché aux étrangers et pour bénéficier, au contraire, elle-même du stimulant de la concurrence.

L'Angleterre a établi, quarante ans après, un droit d'importation sur le sucre, le blé, la farine, et un droit d'exportation sur la houille, pour couvrir les dépenses occasionnées par la guerre sud-africaine ("). Ces taxes n'ont aucun rapport avec le système protecteur; la taxe à l'exportation est même contraire à la théorie mercantile. D'ailleurs le i)ays, en ramenant aux affaires le pai ti libiiral en 1906, s'est récemment prononcé contre le plan qu'avait soutenu M. Chamberlain de substituer au régime libéral un régime de protection commune à la métropole et à ses colonies Q).

Depuis 1864 la courbe du commerce de l'Angleterre est double, la courbe supérieure comprenant tout le commerce enregistré (mais non le transbordement, dont on n'enregistre officiellement que le poids), la courbe inférieure ne comprenant pas l'exportation des produits étrangers et coloniaux et correspondant ainsi à peu près au commerce spécial.

1. Les dépenses de TElat s'étaient élevées de 110 à 180 millions de livres sterling; les revenus ordinaires n'étaient que de 130 millions. Le gouvernement {lorla, en lïlOl, rincome-tax de 8 à 10 pence, mit line taxe d'importation de 2 shillings sur le sucre brut et de 4 sur le raffiné (par quintal anglais, 50 kilogr.), une taxe de 3 penee pai' quintal anglais de lilé et de 5 pence par quintal de farine. Ce dernier droit, établi en 1901, a été supprimé en 19u3. Le gouvernement mit un droit d'exportation sur le charbon de 1 shilling par tonne.

2. Quelque important que soit le commerce de l'Angleterre avec ses colonies, il ne formait, en 1900, que le tiers (33 %) de l'exportation des produits britanniques; l'Europe formait 39 "/o; les États-Unis, 7; les autres pays, 21 .

— ïJ6 —

De 1854, première année où la statislifjiie ait été établie en valeurs réelles (268 millions de livres sterling), à 1873 (687 millioas), le conunerce exti'tiem" de l'Angleterre a augmenté de 154 "/„. C'est la jiériode de l'ascension la plus rafiidc et la plus continue, à peine écliancrée par la crise de 1857 (en 1858) et de 1867. En 187o, le commerce anglais, exprimé en monnaie française, a dépassé 15 milliards et demi de francs (15 650 millions); l'importation a été de 371 millions de livres sterling, l'exportation de prodiiils britanniques de 255 millions, l'exportation de produits étrangers et coloniaux de 55,8 millions.

De 1873 à 1895, la courbe a une tout autre allure, caractérisée par de profondes ondulations : dépression de 1873 à 1870, année où le total du commerce est tombé à 6117 millions de livres sterling ; cette diminution a ('ti'^ causée presque entièrement (pour 64 millions de livres sterling) par une réduction dans l'exportation des produits britanniipies. Un relèvement s'est produit de 1880 à 1883, année où le total s'est élevé à 732 millions de livres sterling; puis une baisse jusqu'en 1886 (618 millions de livres sterling); une hausse de 1887 à 1890 (748 millions de livres sterling); une nouvelle baisse en 1801 , 1892, 1893 (682 millions de livres sterling). En somme le total du commerce extt'ïrieur se trouvait eji 1896 à peu près au même niveau qu'en 1873.

Depuis cette date il a repris l'élan, passant en dix ans de 702 millions de livres sterling (17 milliards et demi de francs) en 1895 à 922 millions (23 milliards de francs) en 1004. L'importation a beaucoup plus augmenté (180 millions de livres sterling d'augmentation depuis 1873), surtout par l'importation d'objets d'alimentation, que l'exportation de produits anglais (45 millions). L'Angleterre conserve cependant, avec une grande supériorité, le premier rang parmi les nations pour l'exportation de produits industriels (').

Mais le commerce anglais est, d'une part, gêné dans son expansion par le régime protectionniste que la majorité des Etats ont adopté ; d'autre part, il est serré de plus près sur les marchés étrangers par ses concurrents, surtout par l'Allemagne.

Les Anglais se préoccupent de cette situation. Ils ont besoin en effet de multiplier leurs efforts. Mais, en premier lieu, il n'y a pas à s'alarmer d'un excédent d'inq^ortation qui procure un fret à la marine britannique et que paye le revenu des capitaux anglais placés à l'étranger ; en second lieu, il est à remarquer que l'augmentation du commerce consiste en Angleterre, comme en France, dans une augmentation beaucoup plus grande en quantité qu'en valeur, et cela à cause de la baisse des prix de gros. Or, nous ne donnons que les chiffres des valeurs.

Eu somme, le commerce par tête d'habitant, (pii, de 1854 (0 livres 4 shillings par tête) à 1873 (21 livres 4 shillings) avait plus que doublé, est demeuré à peu près stationnaire depuis cette date (21 livres 10 shillings en 1904).

1. En 1900, Pexportation des produits de l'industrie a été de :

5,7 milliards pour l'Angleterre ; 3,7 — — l'Allemagne ; 2,2 — — la France ; 1,9 — • — les litals-Unis.

Depuis 1896, l'Angleterre a exigé que les produits allemands qui passaient par l'Angleterre portassent l'étiquette : Made iti Germany. Cette exigence a servi de réclame aux articles allemands (voir L Lanc, opère citato, p. 1 9).

Les chiffres que nous avons cités comprennent le total du commerce britannique, moins les métaux précieux ; ils représentent donc ((juoique incomplètement) le commerce général. Les Anglais ne publient pas de relevé du commerce spécial; mais, comme ils établissent un compte particulier pour l'exportation des produits d'origine étrangère ou coloniale, exportation qui est en réalité un transit et (jui appartient par conséquent au commerce général, on peut, en défalquant le montant de cette exportation, obtenir un résultat approchant du commerce spécial.

Or, l'exportation étrangère et coloniale figurait pour 1 8 millions et demi de livres sterling en 1854, pour 47 millions en 1869 ; elle s'est élevée à 04 millions et demi en 1900 et à 70,3 en 190-4. En la retranchant, il reste 485 millions de livres sterling en 1869 et 825 millions en 1904, soit 12,2 milliards de francs en 1869 et 20,8 milliards en 1904 : ce qui donne par tète 537 fr. en 1869 et 639 fr. en 1904.

En 1869, la France, d'après la statistique anglaise, venait en troisième rang, après les Étals-Unis et l'Inde, dans le commerce britannique, avec un chilfre de 44 millions de livres sterling (33 et demi à l'importation, 1 1 et demi à l'exportation).

Ce commerce avait progressé, surtout de 1850 à 1866, année où (d'après la statistique française) il avait atteint 2 291 millions de francs au commerce général et 1 806 millions au commerce spécial. Il a ensuite oscillé d'anni'ïe en année, baissant de 1866 à 1871 , remontant de 1872 à 1897, baissant en 1878 et 1879. En somme, il a plus perdu que gagné de 1866 à 1887. Mais, à partir de 1888, nue nouvelle période ascendante a fait monter le commerce général de 1 575 millions de francs en 1887 à 2 219 millions en 1904 (chiffres de la statistique française) et le commerce spécial de 1 295 à 1 737 millions.

Dans ce commerce l'exportation de France en Angleterre a été toujours (excepté en 1871) très supérieure à l'importation d'Angleterre en France, La différence tend même à augmenter : de 1872 à 1885 elle variait entre 200 et 400 millions ; depuis 1880 elle vai ie entre 400 et 700 millions.

La France n'a pas renouvelé le traité de commerce qui, sous le second Empire, l'avait unie à l'Angleterre; elle s'est bornée à accorder à l'Angleterre le traitement de la nation la plus favorisée.

D'après la statistique britannique, la France occupait encore, en 1904, le troisième rang, après les États-Unis et l'Inde ('), avec un chiffre de 73 millions de livres sterling (51 à l'importation en Angleterre et 22 à l'exportation d'Angleterre) P].

Zollverein. — Le Zollverein s'est formé peu à peu, sous l'influence delà Prusse, par une suite de conventions avec plusieurs États de l'Allemagne du Nord de 1819 à 1828. Le Hanovre et des Etats du centre essayèrent d'opposer à cette

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