STATISTIQUE DU COMMERCE EXTÉRIEUR DE LA FRANCE
Organisation de la statistique. — On peut trouver des données statistiques sur le commerce de la France, données bien imparfaites sans doute, presque depuis le commencement du dix-huitième siècle. M. de Foville a publié dans le BuUeliii de statistique el de législulion comparée du ministère des finances (année 1883) une série de chiffres antérieurs à la Révolution, .l'en ai, de mon côté, donné dans le second volume de VHisloire des classes ouvrières et de l'industrie en France avant ■1780.
Quoique Colbert eût demandé certains renseignements statistiques sur le commerce et surtout sur l'iinjiortation aux fcrmiei'S généraux, il n'y a pas eu en réalité de statistique commerciale à peu jirès régulière avant l'année 1716. D'Aguesseau, qui était chargé du commerce sous l'administration de Pontchartrain, demanda, en 1693, que des tableaux détaillés de l'importation et de l'exportation fussent dressés annuellement ; il chargea même le fermier général de Lagny de donner à cet effet des instructions aux agents des douanes. Ceux-ci durent, depuis 1700, envoyer tous les trois mois au contrôleur général des états contenant le relevé de tous les articles importés et exportés. Le Conseil du commerce, institué la même année, s'intéressa à la question; un bureau fut créé et eut pour chef, en 1713, un ancien fermier général, Grandval; ce bureau était placé sous l'autorité des fermiers généraux; il y est resté jusipi'en 1785. En 1711, la négociation du traité de commerce avec l'Angleterre, qui possédait des documents statistiques et qui sut les employer dans la discussion, apprit aux plénipotentiaires français l'importance de ce genre de ren-
seignements et eut pour conséqnencf l'établissement, dès 1716, de relevés annuels du commerce ext(M'ieur qui furent ('établis par les soins de Graïulval.
Ces relevés comprenaient plusieurs parties : commerce avec les Etats d'Europe et leurs possessions; commerce des pays indépendants liors d'Europe; commerce des colonies françaises; coumierce de l'Extrôme-Orienl . Mais ces divei'ses parties n'ont pas toujours été recueillies et totalisées dans les étals: de là, des différences souvent considérables entre les documents. Les quantités seules étaient d(;clarées par les négociants; les valeurs, fournies ensuite [lar les cliambres de commerce, étaient loin de correspondre exactement à la réalité : les administrateurs s'en sont |)laints souvent. Trudaine le premier fit ajouter, aux états particuliers, à partir de 1756, sous le titre de « Objets généraux », dos résumés d'ensemble; il le tit à la suite de critiques adressées par Dupont de Nemours à ce recueil, critiques contre lesquelles réclama Bruyard, chef du bureau depuis 1756. Necker l'éorpfanisa en 1781 ce service et créa le bureau de la balance du commerce qui, en 1785, cessa d'être sous l'autorité des fermiers généraux.
Jusqu'en 1 779, c'est-à-dire jusqu'à la supj)ression de la Compagnie des Indes, le commerce des Indes n'a |)as iHé relevé directement par la statistique officielle. Arnould l'a donné dans la Balance du commerce d'après V Histoire philosophique de l'abbé Raynal, sans toutefois faire l'addition des sounnes. C'est en la faisant (|ue nous avons donné le total dans V Histoire des classes ouvrières et de l'industrie en France avant il 89 (t. II, p. 546) :
Moyenne annuelle du commerce {exprimée en million<i de livres) [La livre étant taillée ;i r>4 au marc, soit -i-'iSS d'argent liu par livre]
Ces chiffres n'ont assurément pas la même valeur que nos statistiques actuelles. Il est possible qu'entre le commerce de 1716-1720 et celui de 1784-1788 il n'y ait pas la différence de 1 à 5, parce qu'il est probable que les relevés ont été plus complets à la fin de la période qu'au commencement. Cependant il ne faut pas oubher qu'en 1716 la France sortait à peine de la longue et désastreuse crise qui avait attristé la fin du règne de Louis XIV et qu'au contraire il y a eu dans la seconde moitié du dix-huitième siècle un très notable dijveloppement agricole, industriel et commercial. En tout cas, il a fallu, après 1789, une quarantaine d'années pour que le commerce remontât au chiffre qu'il avait atteint vers la fin de la monarchie absolue.
Les résultats du commerce extérieur n'ont pas été publiés pendant la Révolution et le premier Empire. Roland, étant ministre, a présenté en 1792 un état du commerce extérieur pendant le premier semestre de l'année. Chaptal qui, étant ministre de l'intérieur, a réorganisé la statistique, a présenté, dans un rapport aux consuls, l'état du commerce en l'an VIII, puis en l'an X. Les exposés de la situation de l'Em- ' pire, dressés pendant plusieurs années, contenaient des renseignements sur le commerce extérieur.
Sous la iîfstauration, la droite de la Chambre des députés voulut instituer en 1823, à propos du tarif des douanes, na comité d'enquête chargé de rechercher « si les objets importés en France y sont d'une nécessité indispensable comme matière première ». Le ministère posa la question d'Ktat, déclarant qu'il serait dangereux que la Chambre empiétât sur les attributions de la puiss;mce exécutive, et la proposition fut rejetée. Mais le ministère profita de la leçon, et c'est à la suite de ce( (Wéuemeiit qu'il publia les premiers tableaux du commerce extérieur. Cette publication, qu'on a l'ait remonter jusqu'aux aimées '1819 et 1822, est devenue régulière chaque année depuis l'année 1827 ; on peut même dir-e depuis 1825-
L'administration tenait cependant registre des importations et des exportations ; iriais ses relevés restaient dans les cartons. La Statistique générale de France a publié ces relevés dans un de ses premiers vohuries, en 1838 (').
C'est cette p)d)lication dont M. de Foville a donné, dans le Bulletin de slatislique et de législdlioH comparée du tninislèj'e des finances, une i-éédition, en comblant quelques lacunes à l'aide d'ime autre publication faite en 1830 dans le Bulletin de la Société française de statistique universelle [lar César Moreau, ancien viceconsul.
En 1827 donc a commencé la série régulière des publications annuelles, par les soins de la Direction générale des douanes, du Tableau général du Commerce de la France avec ses colonies et les puissances étrangères. Elle n'a pas été interrompue depui.s ce temps.
Les employés des douanes relevaient à l'entrée ou à la sortie les quantités de marchandises. 11 restait à déterminer la valeur à attribuer à chacune d'elles. La commissiun qui fut chargée de dresser le tableau di^ ces valeurs jjrit jioiu' base les prix' de 1825 et composa le tableau des valiMu s officielles qui ont servi jusqu'en 1847 de coefficients à l'aide desquels, les quantités ayant été d'abord enregistrées à l'entrée et à la sortie par les eni|)loyés de 1 ■ tlouane, les totaux en francs étaient calculés chaque année au iiiinislèi c, en sorte que ces totaux sont des éléments de comparaison pour les quantités plus que pour les valeurs véritables.
Comme il s'(''tait produit avec le temps de grandes didereuces, pour beaucoup de marchandises, entre le prix réel et la valeur officielle, l'administration se décida, à j)artir de l'année 1847, à recherchiT et à donner les valeurs réelles. Pour les obtenir, il fut institué alors une Commission des valeurs de douanes, composée en grande partie de négociants et divisée en plusieurs sections, qui, chaque année, fixe depuis ce temps le ])i'ix moyen à l'importation et à l'exportation de chacun des articles portés an tarif des douanes. Pendant ((uelques années (1847-1858) l'administration a |)ublié simidtanémcnt les valeurs olïiciclbs et les valeurs réelles (-).
Depuis 1858 elle ne donne plus que les valeurs réelles. Mais, comme le travail de la commission exige un temps a.ssez long, la Direction générale des douanes publie d'abord les résultats provisoires mensuels de l'année en cours, puis, les totaux (le l'année écoulée en employant les valeurs de l'année précédente, et elle applique ensuite à sa publication définitive les valeurs calculées pour l'année même iiar la
1. Ce voliioïc contient la stati.stique de 1787 à 1810 (reproduction des chiffres d'Arnoiild, pour l'ancien régime) et celle de 181.') à 1837.
2. C'est par la comparaison des valeurs oflicielles et des valeurs réelles cjne j'ai pu établir Taugmentatlon des prix de 1847 à IS.'iO, laquelle (avant la crise de 1807) était de 41 "/o, hansse alore exagérée par la spéculation (La Question de l'or, p. 192).
commission. La comparaison des denx résultats a éU': utilisée par des statisticiens pour mesurer d'une année à l'autre la variation générale des prix(').
D'ailleurs l'ailministration publie toujours les ])oids des marchandises importées et exportées, lesquels, rapprochés du total des valeurs, fournissent aussi des renseignements utiles pour l'histoire des prix.
En France, comme dans les auti'cs pays d'ailleurs, les poids ont plus augmenté que les valeurs depuis une trentaine d'années, parce qu'il y a eu en général diminution du prix des marchandises on gros. Ainsi, la moyenne décennale de la valeur du commerce spécial de 1807-1876 étant G 71^2 millions de francs et celle de 1904 étant 8 953 millions, l'augmentation pour cent des valeurs est de 3S/t. Mais le poids moyen de 1867-1876 était de 17 millions de tonnes ; celui de 1904 est de 57 millions ; l'augmentation des quantités ressort à 117,6 °/oO-
Ce qui intéresse principalement le marchand, c'est la valeur; d'autre part, la quantit(> im|)orte davantage pour la connaissance de la consommation. Depuis 1896, l'administration des douanes, qui ne prenait Jusque-là que les valeurs pour base de ses comparaisons, tient compte maintenant à la fois des poids et des valeurs.
D'autres changements ont été introduits ipii ont modifi(^ les totaux publiés par l'administration. Quant aux poids, par exemple, la déduction de la tare pour obtenir le (loids net n'a été faite qu'à partir de 1860, date de la réforme commerciale. Au temps où il y avait des droits d'exj)ortation, la douane examinait de près les colis à la sortie ; depuis qu'il n'y en a plus, elle se contente en général de la déclaration de l'exportateur: la constatation est moins précise. C'est pourquoi les chilfres de l'importation doivent-ils être considérés en général comme plus exacts que ceux de l'exportation.
Quand la plui)art des marchandises étaient inscrites au tarif de l'importation, le commerce spécial comprenait à peu près tontes les marchandises destinées à la consommation intérieure, tandis que le commerce général ne comprenait, outre les marchandises du commerce spécial, que les marchandises destinées aux entrepôts, à l'admission temporaire ou au transit. Depuis la réforme de 1860 et années suivantes qui a affranchi à l'entrée im grand nombre de matières premières, il n'existe plus, d'ordinaire, i)Our ces marchandises affranchies, de distinction entre le général et le spécial, les importateurs n'ayant plus intérêt à faire constater la distinction.
On peut résumer ainsi la définition que donne l'administration des douanes :
Commerce général. — Comprend la totalité des marchandises qui entrent en Fi ance ou en sortent, quelle que soit leur provenance ou leur destination, consommation intérieure, entrepôt, transbordement, admission temporaire, transit.
Commerce spécial. — Comprend, à l'entrée, la totalité des marchandises qui sont exemptes de droit ou qui, si elles sont soumises à un droit, acquittent ce droit en entrant à la frontière ou en sortant d'un entrepôt, et, à la. sortie, toutes les mar-
1. Le Bulletin de statistique... du Ministère des finances a relevé ainsi, de 1874 à 1884, une baisse de 9,6 "la dans la valeur des marchandises françaises exportées. M. Aknaoné (La Monnaie..., p. 52) a relevé, de 1880 à l'JOO, huit années où les pri.\ à Texportatiou sont supériears à ceux de Tannée précédente et trei/.e années où ils sont inférieurs.
2. En 1876, le quintal de marchandises avait une valeur moyenne de 2i fr. à l'importation et de 09 fr. à l'exportation, les produits français exportés ayant toujours une valeur moyenne très supérieure à celle des produits importés En 1904, cette valeur était 18 fr. à l'importation et de 42 fr. à l'exportation, par suite d'une baisse presque constante.
chandises d'origine nationale el celles qui, él..i\l d'origine étrangèi'e, ne sont pas soumises à un droit (reiitr(''c ou ont acquitté ce droit. Les sucres sont soumis à un régime spécial.
Imperfection de la statistique commerciale. — Quel que soit le soin que les pféiiosés des douanes et l'administration centrale mettent dans l'accomplissement de leurs devoirs, les chiffres qui résultent de leurs opérations ne sont donc pas l'expression adéquate des faits commerciaux ; ils donnent seulement un résultat numérique approché.
On sait qu'il existe encore d'autres causes d'imperfection de ces chiffres.
En premier lieu, la contrebande qui échappe à l'enregistrement.
En second lieu, les effets personnels des voyageurs qui, étant jusqu'à une certaine limite exempts de droits, ne sont jusqu'à cette limite soumis à aucun enregistrement. Cependant (;es efi'ets représentent, surtout pour les objets de toilette exportés, des sommes considérables. M. Yves Guyot nous apprend, dans l'article « Importation » du Diclionxairc du commerce, qu'un grand magasin de Paris avait compté dans une année 6 millions de marchandises exportées par colis et, par conséquent, enregistrées en douane et, en outre, 24 millions d'achats directs faits dans le magasin par des clients roimus conune étrangers, sans compter les clients étrangers dont la nationalité ne lui était pas connue. Il n'est pas douteux que la F'rance reçoive de ce chef plus d'argent des acheteurs étrangers que les acheteurs français n'en payent à l'étranger.
En troisième lieu, les dépenses que les ('trangers voyageant en France font pour leur train de vie représentent une importation d'argent très considérable aussi, hupiellc n'est totalisée nulle part et que la statistique du commerce extérieur ignore entièrement.
En quatrième lieu, le numéraire, qui figure au premier rang dans la liste des marchandises dont l'enregistrement à la douane, aussi bien à l'entrée qu'à la sortie, est très imparfait, parce qu'il est très facile de le dissimuler el pai ce que les expéditeurs peuvent avoir intérêt à le faire. On a donné à mainte reprise'des preuves de cette imperfection qui peut faire ime différence de dizaines, voire d'une centaine de millions. Or, conmie le numéraire entre dans une balance du commerce, le fléau de cette balance marque à faux quand ce numéraire n'y est pas compris exactement.
Cinquième cause. Les colis postaux ont créé un mode d'expédition des marchandises qui fournil à la statistique des estimations de valeur très inférieures à la valeur réelle. En France, l'institution des c(dis postaux date du ministère de M. Cochery en 1881 ; ils ne devaient pas dépasser 3 kilogr. ; le poids a été porté à5 kilogr. en 1892 et à 10 kilogr. en 1897. Toutefois, pour les expéditions à l'étranger, le maximum est 5 kilogr. Ce mode d'expédition s'est beaucoup développé. En 1885, les colis postaux, qui ne figuraient encore qu'à l'exportation, pesaient 1 288 473 kilogr. inscrits pour une valeui- de 19 millions un tiers; en 1903, ils figuraient à l'importation pour 5 244 495 kilogr. et 1 C millions et demi de francs et, à l'exportation, pour 17 557401 kilogr. el 263 millions un tiers de francs. En 1904, cette statistique a été plus détaillée : à l'importation, 1 585 662 colis ne contenant (jue des marchandises exemptes de droits, pesant 5 649 790 kilogr. et inscrites pour une valeur de 17 millions de francs, et, à l'exportation, 158 374 colis contenant des marchandises en soie, pesant 342 982 kilogr. et estimées 20 millions et demi de francs.
(3t 5 313 776 autres colis d'un poids de 19 745 696 kilogr. estimés 296 millions de francs. L'estimation était, avant 190-4, beaucoup au-dessous de la valeur réelle; elle s'en rapproche en 1904, sans s'élever assurément jusqu'à son niveau. De ce clief encore il y a une lacune dans le total du commerce spécial évalué en francs. D'autre part, du changement de mode d'évaluation entre 1903 et 1904 il résulte que l'accroissement de la seconde année relativement à la première est (!xagér(î.
Une sixième cause d'inexactitude qui est vraisemblablement aujourd'hui la [)lus importiinte est le mouvement des valeurs liduciaires. Celui-ci est le secret de la poste ; il est entièrement inconnu de la douane. Cependant les achats et les ventes, du commerce international se règlent presque tous par des envois de valeurs mobilières, lettres de change on capitaux sous forme d'actions, obligations, etc. Combien en entre-t-il et en sort-il ?Pour la circulation fiduciaire la banque a le sentiment de l'excès dans un sens ou dans l'autre par le cours du change qui est une sorte de baromètre; mais ce baromètre n'inscrit pas le compte des quantités. Pour l'importation et l'exportation des capitaux uiobiliers, elle n'a pas de baromètre de ce genre et cependant tous les jours il se fait dans les bourses de France, coiMuie dans les bourses des autres pays, des achats et des ventes à l'ordre des étrangers.
La France possède — ainsi que tous les pays riches d'ailleurs — des capitaux placés à l'étranger, comme les étrangers possèdent d(!s capitaux placés en Fiance. Ces capitaux produisent des revenus que leiu s propriétaires encaissent par l'intermédiaire des banquiers. De ces revenus il n'y a pas non plus trace apparente sur les registres de la douane. S'ils ont été payés directement ou indirectement en marchandises, la douane a eu occasion d'inscrire la marchandise, mais elle ne se doute pas de la valeur avec laquelle elle a été a<'quise. S'ils ont ét('' payés en traites ou par virement de couqite entre banquiers, elle n'a pas la moindre notion d'un mouvement quelconque de valeurs.
Voilà bien des causes qui font que les chiffres fournis par les états du commerce extérieur ne doivent pas être acceptés comme l'expression couq>lète et précise des échanges internatio«aiix.
Ces chiffres n'en sont pas moins très utiles comme étant, ainsi que nous l'avons dit plus haut, rexi)ression la phis approchée que nous possédions de la quantité et de la valeur de ces échanges. S'ils n'ont pas une valeur intrinsèque entièrement satisfaisante, ils ont du moins une grande valeur relative, parce que, les mêmes causes d'erreur agissant tous les ans et occasionnant à peu près la même somme d'erreurs, ils donnent à peu près la mesure comparative du commerce d'une époque à une autre dans un État, tant du moins cpie la législation douanière et la pratique administrative n'ont pas été sensiblement modifiées.
Les statisticiens sont même autorisés à s'en servir comme d'une mesure approximative de comparaison du commerce extérieur de plusieiu's Fitats, quoique les causes d'inexactitude dans le résultat augmentent beaucoup quand ils comparent des Etats qui n'ont pas la même manière de l égler leur commerce et leur douane. Il faut, en ce cas, que les statisticiens soient très réservés dans les conclusions qu'ils tirent des rapports comparatifs par eux calculés et qu'ils prennent la précaution d'avertir les lecteurs de l'imperfection de l'instrument qu'ils emploient.
Le commerce extérieur de la Fi ance, comprenant le commerce avec les colonies françaises et avec les pays étrangers, peut être exprimé par la statistique de plusieurs manières :
1° Dans son état annuel, avec la distinction du commerce général et du commerce spécial, et pour chacun d'eux avei; la distinction des importations et des exportations; en outre, avec le mouvement d'importation et d'exportation des métaux précieux et du numéraire dont la statistique est dressée séparément;
2° Dans un lésumé quimpiennal ou décennal, ainsi que le dresse tous les dix nus In Direction généi-ale des douanes (ministère des finances) ;
.'3° Dans un groupement par pér iodes historiques ou (économiques.
Importations et exportations par années. — Nous renvoyons aux publications officielles, pai ticulièrenicnt au document original : Tableau général du commerce de la France avec ses colonies cl les puissances éiraiif/ères, pour les détails de l'état annuel, qu'il sei'ait trop long de reproduire ici. Nous nous bornons à reproduire les totaux annuels de l'importation et de l'exportation dans le tableau oi-joinl (pages 90 et suivantes), (i'est la première manière.
Nous avons, en outre, figui'é les chiffres annuels de rim|)ortation et de l'exportation du counnerce généial et du commerce spécial, de 1825 à 1905 ('), par des courbes que nous avons mises sous les yeux de la Société afin d'en tirer quelques notions, générales ou particulières (■), et (jue nous reproduisons ici en petit format (à la fin de l'article).
Du premier coup d'oeil on ajierçoit que les courbes importation et exportation ont un<> allure g('>nérale qui diffère suivant les péiiodes.
De 1825 à 1851, la courbe de l'importation au commerce spécial ne s'élève pas an-dessus de 900 millions (entre iOO et 900 millions environ)»et n'est que légèrement ascendante.
De 1851 à 1880, elle a au contraire une obliquité très prononcée, c'est-à-dire qu'elle est très ascendante, montant (pour l'importation) de 700 millions à 5 milliards.
De 1880 à 1905, celte courbe de l'importation dessine, par une suite de baisses et de hausses, deux i)rofondes ondidations, sans monter nulle part jusqu'aux 5 milliards de 1880, et elle se termine, on 1905, à 4 761 millions et demi, si bien que la diagonale qui traverserait ces ondulations serait à peu près horizontale depuis 1880; autrement dit, le commerce d'importation, envisagé à ses deux exti'émités et dans son ensemble, est resté presque slationnaire dui-ant vingt-cinq ans.
Toutefois, en pénétrant dans le détail, on constate qu'il y a des branches de l'importation qui se sont développées pendant que d'autres se réduisaient ; ainsi les céréales, portées pour 788 millions on 1880, ne le sont que pour 1 10 millions en 'I904('), dont la j)lus grande partie a été envoyée d'Algérie ou de Tunisie au lieu
1. On possède la disliuction du commeree général ot du commerce spécial, importations et exportations, depuis IS?.).
2. Le i;raplii([iic pi-esLMilc ii la Sociclé (Hai', im i<r,iiKl tableau mural.