‹ Aperçu général de la science comparative des languesChapitre 4 sur 15 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Depuis soixante ans la grammaire comparée avait exercé la sa-^ gacilé des linguistes les plus distingués de TAllemagne; elle répandait les plus vives lumières sur Thisfoire des premiers âges,, sur Torigine et l'affinité des peuples, sur la marche de Tesprit humain lui-même ; elle obtenait le rang et l'importance d'une science nouvelle , ayant son domaine, ses lois, et, pour ainsi dire , son code , quand en France elle était encore accueillie je ne dirai pas avec défaveur, mais avec méfiance. Sans pouvoir être entièrement justifiée , cette méfiance s'explique et par la, hardiesse parfois téméraire de la critique allemande , qui avait mis en garde contre ses résultats bien des hommes sérieux, at* tachés aux anciennes traditions de Tesprit français, et par les efforts infructueux que des savants de notre pays, k la fin du dernier siècle, avaient tentés dans le domaine des langues avec des matériaux insuffisants et des méthodes imparfaites.

Malgré le grand nombre d'orientalistes célèbres qui faisaient et font encore la gloire des écoles de Paris, on confondit longtemps — on confond encore quelquefois — la grammaire générale,

qui prétend construire le mécanisme des langues a priori^ d'après certains principes philosophiques, et la grammaire comparée proprement dite. On n'en est pas moins fondé à affirmer que c'en est fait de ces préjugés et de ces erreurs, que la science nouvelle a trouvé enfin un asile en France et y a conquis une place honorable. Nous n'en voulons pour preuves que le succès d'un certain cours et le succès d'un certain livre. Le cours est celui de M, Hase, cours élevé, fait k la Sorbonne devant un public d'élite, presque entièrement composé de jeunes professeurs; le livre est celui de M. Egger, manuel excellent, où, avec la clarté et la précision que Ton connaît k cet auteur, se trouve exposé le système grammatical des trois langues classi-. ques enseignées dan^ nos écoles. Si les leçons de M. Hase s'adressent k des savants, celles de M. Egger ont l'incontestable mérite de pouvoir en former, en donnant de bonne heure k notre jeunesse le goût d'une saine et solide érudition. Enseignée dans nos lycées, k l'Ecole Normale et k la Sorbonne , la grammaire comparée ne figure pas seulement parmi les études de prédilection du moment, elle aura désormais sa place marquée parmi les connaissances générales exigées de tout homme lettré. II ne faut donc pas s'étonner de la rencontrer dans les programmes de nos épreuves universitaires , puisque déjk les hommes du monde commencent k l'effleurer et k en faire un idopicfi de conversation «

C'est k eux que s'adressent quelques chapitres de la petite brochure que nous livrons aujourd'hui k la publicité , tandis que dans les autres chapitres nous n'avons pas craint de soulever des problèmes importants , et de les résoudre après des re- ^'cherches sérieuses et un examen approfondi. Nous ne 'Savons si

par Ik ilfoàifc« été possible de désarmer la sévérité des lecteurs

"■■'*" les plus graves, et de gagner les suffrages de cette foule lettrée,

désireuse de se nieltre au courant de toutes les nouveautés in-^ telJectuelles. Sans nous être proposé ce but, nous avouons que nous serions heureux de Tavoir atteint , ou au moins d*en avoir approché. En réalité, nous n'avons fait que reproduire les pre*^ mières leçons de notre cours de grammaire comparée , ouvert Tannée dernière k la Faculté des lettres de Dijon, k la demande expresse de personnes notables de la ville, sous les auspices du chef émine.nt de notre Académie, H. Cournot, nom cher aux universitaires et bien connu dans la science.

L'ardeur avec laquelle ces leçons furent suivies ne s'est pas démentie un seul instant. Le professeur s'est vu constamment encouragé par un public choisi , et dont la valeur ne consiste pas dans le nombre. L'empressement de ce public à rechercher les principes et 1^ point de départ de la science qui nous occupe fut tel, que nous avons dû. annexer, cette année,' un cours de sanscrit à celui de grammaire compafrée.

Parmi ceux des auditeurs dont l'assiduité et le zèle n'ont jamais fait défaut au professeur, nous ne devons point passer sous silence M. Adolphe Grange, jeune homme studieux, esprit fin , journaliste distingué , dont la bienveillante et saine critique est justement appréciée des lecteurs dijonnais. Suivant nos leçons la plume k la main , souvent il nous les rapportait rédi'>gées et savamment ordonnées. D'autres fois il en faisait paraître des résumés rapides et substantiels dans les colonnes des journaux, heureux de constater que la vie littéraire et scientifique n'est pas encore éteinte en province. M. Grange avait su se concilier, depuis longtemps, la faveur et la confiance des autorités : aussi, lorsque M. Vernier, maire et député de Dijon, l'appela au poste de bibliothécaire adjoint, devenu vacant par la mort du bien regrettable M. Verguet, tout le monde aj^piaudit k ce choix aussi éclairé que libéral.

Il ne nous reste plus qu'un vœu à former, c'est que ces quelques feuilles trouvent auprès du grand public tin peu de cette bienveillance arec laquelle celui qui les a écrites fut accueilli par son auditoire dijonnais. Si ce vœu s'accomplissait , d'autres

feuilles ne tarderaient pas à suivre celles que iiious publions au-^ jourdhui^

Dijon, le 28 janvier lSi58.

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