Fabriques de soie. — On a tissé de tout temps
en Egypte des étoffes en soie et coton, mais Méhé-
met-Ali , à qui ce pays doit l'introduction du mûrier
sur une grande échelle , a donné un développement
très-considérable à cette industrie. Il a fait venir de
Constantinople des ouvriers afin de travailler la soie
comme on le fait dans cette ville et dans les Indes.
On compte aujourd'hui environ deux cents métiers
employés au tissage des soies et du fil d'or ; les ouïe.
â92 AGRICULTURE,
vriers travaillent à la tache ; ils sont assez habiles , font de bons tissus , et donnent à leurs dessins une certaine élégance.
27 . Corderies. — Le chanvre , qui est récolté en moins grande quantité qu'avant que la culture du coton eût pris Textension que lui a donnée le vice-roi, n'est pas employé à faire des tissus; on s'en sert exclusivement pour les cordages dont la marine a besoin. Il y a une corderie au Caire, d'où l'on envoie des câbles à l'arsenal d'Alexandrie.
28. Manufacture de draps. — Il y a à Boulac une fabrique de draps qui , quoique n'ayant pas donné dès le principe des résultats satisfaisants , a été trèsutile dans la suite , depuis que cinq Français , pris dans les fabriques de draps du Languedoc, ont formé, pendant une direction de quatre ans, des fileurs, des tisserands , des foulonniers, des tondeurs, des teinturiers et des presseurs indigènes. De plus, le vice-roi a envoyé s'instruire dans les fabriques de Sedan et d'Elbeuf de jeunes Arabes, qui, de retour dans le pays , ont pu mettre leur apprentissage à profit.
Les laines employées sont celles d'Egypte , dont les meilleures viennent de Damanhour et de la province de Minieh. On se sert aussi de celle de Tunis.
Les draps que l'on obtient sont forts et de bon usage ; ils sont employés pour les vêtements de l'armée ; les couleurs qu'on leur donne sont le bleu foncé, le bleu d'azur, la garance, le bronze , le vert foncé. Chaque mois on confectionne environ 13,540 mètres.
On fabrique aussi des tissus de laine pour vêtir les marins , ainsi que des couvertures de lit ; on se sert pour cela des grosses laines de la Haule-Égypte. Il y a en Egypte quatre mille métiers à tisser la laine.
29. Fabrique de bonnets. — C'est à Fouah que se trouve établie la fabrique de tarbouchs fondée par le vice-roi; cet établissement a parfaitement réussi. Il donne à peu de frais des produits excellents. Dans le principe, il fut mis sous la direction d'un négo-» ciant barbaresque , et les ouvriers qu'on y employa furent appelés dé Tunis , qui jouit dans tout l'Orient d'une réputation méritée pour la fabrication des fezs ou tarbouchs. Les Arabes ont été initiés à leur confection. Les laines employées pour ces bonnets sont celles d'Alicante; après avoir été tricotés et foulés, les tarbouchs sont teints en rouge avec du kermès, de la noix de galle, du tartre et de l'alun. La fabrique de Fouah donne par jour soixante douzaines de bonnets qui servent à la coiffure de l'armée et à la consommation du pays.
30. Fabriques de sucre. — Le sucre est produit en assez grande quantité dans la Haute-Egypte, mais les procédés, au moyen desquels on en fait l'extraction, sont encore arriérés; c'est à Reyremoun, dans lai province de Minieh, que le gouvernement établit en d818une fabriquesurle modèle de celles des Antilles] Plus tard, on en a établi deux autres à Sakiet-Moucév dans la province du Minieh, et à El-Roudah. A Rey* remoun, on a fabriqué, en 1833, douze mille neuf
29i AGmcuLTimiïy
cent quatre-vingt-quinze quintaux de sucre brul; à Sakiet Moucé, cinq mille deux cents; et à El-Roudab, trois raille deux cents. — On distiite dans ces usines d'assez grandes giianlités de rbmn.
31. Indigoteries . — Des fabriques d'indigo ont été récemment fondées, des Indiens ont été appelés en Egypte pour apprendre aux Arabes la préparation de l'indigo. Un dixième de la récolte de cette plante est oonsacré au besoin de ces febriques qui sont établies àSehoubra, Ghababyeh, dans la province de Kélioub, à Azaziebs , dans la province de Garbieh , à Midgamar, à Mansoorab^ à Maxouf, à Biar, à Achmoundn, à Birket-el-Kassab, à MehalIet-el-Kebîr, à Giseh, à Aboutig, à Tahta, à Syout, à Mellaouy, à Monfalout et à Fecbn.
32. MonHnsd^huile. — La Basse^Égypte contient cent vingt moulins destinés à extraire Thuile de la graine de lin. 11 y a aussi des machines pour extraire l'huile de sésame; quarante moulins sont consacrés, au Caire, à faire de l'huile de carthame. Dans la Haute-Egypte, on en extrait de la laitue. Les huil^ entrent dans le monopole du gouvernement.
33^. Fabrique de poudre , de salpêtre et de pro^ duits chimiques. — 11 y a au Mékyas, à la pointe de nie de Raondab , .une fabrique de poudre , placée sous la direction d'un Français , ancien employé de la poudrière de Saint-Ghamas , dans le département des Bouches du Rhône; le gouvernement en tire là poudre nécessaire à ses besoins.
M. Haim, chimiste français, a formé plusieurs éta-
INDUSTRIE, COMHEBCE. 2dSi
blîssements importants pour la fabrication des pro^ diiits chimiques des manufactures, et principateM ment de Facide sulfurtque* Il a sous sa direction plusieurs salpètrières, où^ comme je l'ai déjà dit (i)^ oa obtieia le salpêtre par le moyen de Tévaporatiosu Les fabriques de ce genre sont au nombre de six^. Je vais Jes énumérer en indiquant le chiffre des prat duits qu'elles ont donné pendant Tannée 1833 :
Fabrique du Caire, quintaux 9621
— de BedHchryn 168» '
-^ rfAchmouneyn 1533
— dnFayoom. 1279
— d'Hânas 1250
— de Térraneh 412
34. Fonderie de fer coulé. — Il y a à Boulac une magnifique fonderie dont F édifice seul a coûté la valeur d'un million et demi de francs ; elle a été éta-
blié sur lè plan de celle de Londres par un ingénieur anglais, M. Galloway, un contre-maître et cinq ouvriers anglais ont la direction des travaux ; ils ont sous eux une cinquantaine d'ouvriers arabes. On coule chaque jour environ cinquante quintaux de fèr destinés à là marine et aux machines nécessaires aux fabriques.
L'arsenal du Caire contient une fonderie qui pourvoit à tous les besoins de l'artillerie et de la marine. On y voit un laminoir pour les feuilles de cuivre employées dans les équipements des vaisseaux
(1) Tome 1, page 64.
et mis en mouvement par une machine à vapeur à haute pression de la force de vingt chevaux.
35. Manufacture d'armes portatives . — L'établissement manufacturier de TÉgypte le plus remarquable est, sans contredit, la manufacture d'armes portatives. Je ne crois pas pouvoir mieux faire que de citer le jugement qu'en a porté M. le duc de Ragusc, dont l'opinion compétente doit faire autorité :
« Ce qui ne peut être assez louange, dit le maréchal, c'est une manufacture d'armes portatives d'où sortent les produits les plus parfaits. Il y en a trois en Egypte. J'ai visité avec le plus grand soin celles de la citadelle; les armés que l'on y fabrique ont toutes la perfection de celles provenant4e nos manufactures : c'est le modèle français ; on prend les mêmes précautions que chez nous pour assurer la qualité des armes :.on a adopté la même division du travail, le même contrôle est établi. Tout est fait à la pièce et en entreprise, et d'après un tarif. Enfin cette manufacture est aussi belle, aussi bonne et aussi économiquement conduite que les meilleures que nous ayons en France. »
36. Considérations sur les manufactures en Egypte. — L'introduction des fabriques en Egypte a rencontré beaucoup de détracteurs. Les critiques ont allégué pour motif :
1° Que les machines nécessaires ne pouvaient être construites sur les lieux et que par conséquent l'Egypte serait toujours tributaire de l'Europe pour les moyens fondamentaux de son industrie.
2' Qu'il est très-difficile d'entretenir des machiiies dans un pays où la chaleur, la poussière, Thumidité sont tour à-tour des causes de détérioration inévitable.
3' Que le peuple égyptien manque de toutes les qualités qui constituent la vocation industrielle d'une nation; qu'il est nonchalant, imprévoyant, ennemi de toute précision, et n'est doué à aucun degré de ce génie inventif que l'industrie réclame dans ceux qui la cultivent.
A"" Que l'état n'est pas fait pour donner à l'in* dustrie son impulsion normale ; qu'elle exige pour se développer activement une concurrence disputée, et veut être activement dirigée par des hommes intéressés de près à ses progrès, et non par des agents subalternes que n'aiguillonne ni l'émulation ni le désir d'un bénéfice particulier.
5^ Qu'il est impossible aux Arabes dans l'état dé civilisation où ils se trouvent de produire aussi bien que les peuples occidentaux , chez lesquels les scien*> ces physiques et mathématiques sont communément étudiées et font chaque jour des progrès im«portants.
6' Que l'Egypte ne pourra jamais se servir des machines à vapeur, attendu qu'elle est tributaire de l'étranger pour le combustible, que , privée de chutes d'eau ou de fleuves au courant rapide , elle ne peut employer de puissants moyens hydrauliques, et que la forcé des animaux est insuffisante de notre temps pour les grands travaux et ne peut convenir qu'à une industrie (out-à-fait élémentaire.
2t8' A.GRICULTURE ,
7^ Enfin, que tout convie l'Egypte à ne pas sortir de sa sphère a]gricoIe , la fécondité de son sol et son climat, le caractère de ses habitants, etc.
On ne peut disconvenir que ces objections ne soient fondées. Elles sont sans doute vraies, si on les eni^isage à un point de vue absolu. Les faits d^ailleurs se sont chargés de les justifier en partie. Souvent des produits plus imparfaits que ceux d'Europe ont coûté davantage; et peut-ôtre que, séduit per un sentiment d'amour-propre et de gloire nationale, le vice*roi n'a pas été assez retenu dans ses expériences industrielles.
Cependant on doit reconnaître qu'une haute vue politique a inspiré Méhémet-Ali lorsqu'il a établi ses .nombreuses manufactures; il voulait donnera l'Egypte tous les éléments de l'indépendance; et-, dans ce but, il faut avouer qu'il ne devait pas négliger de lui assurer les moyens de secouer le joug industriel de l'étranger.
U ne faut pas non plus prétendre , au nom des lois rigoureuses de l'économie politique, déshériter l'Egypte de plusieurs produits industriels, pour lesi quels elle réunit des conditions trèsffavorables : tels sont, par exemple, les fils et les tissus de coton, de lin, de laine, etc. L'abondance des matières premièresetlebas prix de la main-d'œuvre rendent l'Egypte éminemment propre à ces productions. Toutefois ceux^mêmes qui sont le plus portés à approuver les idées manufacturières du vice-roi ne sauraient trop lui conseiller de laisser, pendant quelque temps enj*
core, la direction de ces fabriques à des Européens expérimentés. On ne peut pas se dissimuler, en effet, que si l'exploitation des usines a été souvent onéreuse, et n'a récompensé par aucun avantage sérieux les sacrifices qu'elle a causés , il faut en accuser la facilité trop grande avec laquelle le gouvernement égyptien a voulu s'affiranchir prématurément des secours des contre-maîtres et des directeurs européens, pour les remplacer par des Turcs ou des indigènes qui non^seulement n'avaient pas aeqois l'expérience nécessaire , mais encore n'avaient ni assez de capacité ni assez de science pour se tenir au courant S^ progrès industriels de l'Europe.
Il serait sans doute trè&-utite, afin dénaturaliser définitivement plusieurs industries importantes, d'eii permettre l'exploitation à des entreprises part΀tt(f liéres. Plusieurs offriraient assez d'avantages pour tenter les spéculateurs, et je crois qu'en entrant dans ce nouveau système le gouvernement égyptien ob^ tieEidrait deux résultats trèsrheureax : d'£j>ord ililoiis nerait un stimulant utile à l'industrie en la. plaçant soos l'ii^uence des intérêts personnels; ensuite: il appellerait en Egypte beaucoup de capitaux eufo^ péens qui trouveraient ainsi à s'y employer avec avantage.