‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 59 sur 110 · PETITE INDUSTRIE, ARTS ET MÉTIERS · texte numérisé non relu

PETITE INDUSTRIE, ARTS ET MÉTIERS

Gorporalions induslricUes. — Arts alimentaires : Préparation du blé, boulangers , — bouchers, — fours à poulets, — préparation des fèves,

— du vinaigre, — distillalion, — pileurs de café, — pâtissiers. — Arts qui servent à vêtir : Filature, — feutre, soie, blanchissage de fils et étoffes, teintures, lustrage, broderies, passementeries, — tanneries , — cordonniers , selliers , — tailleurs , — pelissiers. — Arts qui fervent à loger : Maçons, — forgerons , — charpentiers , menuisiers ,

— serruriers en bols, — tourneurs, — poterie, — verrerie, — bijoutiers, orfèvres, — armuriers, — . nattiers. — Industries diverses : Chibouquiers , — barbiers, — marchands.

37. Corporalions industrielles. — L'organisation de la petite industrie en Egypte se distingue par plusieurs caractères intéressants. Chaque profession manuelle forme une corporation à la tète de laquelle sont placés des cheiks particuliers qui en ont en quelque sorte le gouvernement. Ces cheiks s'adjoignent, des espèces de lieutenants nommés naqybs. Eux-mêmes sont choisis ou par les gouverneurs des villes dans lesquelles ils se trouvent, ou par l'autorité supérieure. Pour la police des corporations , pour le paiement des impôts que le gouvernement veut prélever sur elles, c'est toujours aux cheiks qu'il s'adresse. Celui-ci répartit lui-même entre les principaux artisans placés sous sa juridiction les sommes qui lui sont demandées. Ce ne sont pas seulement les professions utiles qui forment ces divers corps ; les baladins, les chanteurs publics (alalyeh) , les

conteurs, les escamoteurs, les danseurs, lesalméeSi les femmes publiques , sont réunis de la môme ma^ nière sous Fautorîté d'un cheik, qui les représente auprès du gouvernement, administre et défend leurs intérêts. Avant Méhémet-Ali , les voleurs eux-mêmes avaient des chefs avoués , qui se chargeaient de retrouver les objets volés moyennant une rétribution. C'était, comme on voit, après bien des siècles, la continuation de ce qui avait lieu chez les anciens Égyptiens (!)•

Il y a dans chaque métier un temps d'apprentissage. Lorsque l'apprenti , après s'être formé dans la profession qu'il a choisie sous la direction d'un ouvrier titré, veut pblenir lui-même le grade de maîtreouvrier, il se présente, accompagné de son patron, chez le cheik de sa corporation ; en s' adressant à lui, il le salue et lui dit : Récitons le falyhah (invocation qui est à la tête du Coran). Le cheik récite cette prière en même temps que l'apprenti et les autres assistants. Lorsqu'elle est terminée , il interroge sur le but de leur visite le jeune candidat et son patron; celui-ci déclare que son protégé , étant assez instruit dans le métier, désire, pour le professer lui-même dans un atelier particulier, être reçu maître. Le cheik fait alors approcher de lui l'apprenti , lui attache une ceinture autour des reins , et le proclame membre de la corporation. Pour témoigner sa reconnaissance , le nouveau maître Invite à dîner ,

(1) Yoy. tom, i,îutroduct. hist. , pag. xxxiii.

quelques jours après , le cheîk et les principaux artisans de son corps. Il n'a du reste aucune rétribution à payer.

Lorsqu'un apprenti quitte son patron , il ne peut être admis dans aucun atelier s'il ne fait auparavant une visite au cheik pour lui expliquer les motifs qui Tont déterminé à abandonner le maître chez lequel il travaillait. Si la rupture a eu lieu à la suite d'une altercation , il arrive assez souvent que l'intervention du cheik réconcilie le maître avec son apprenti ; si elle a été déterminée par une question d'intérêt, l'ouvrier entre , avec l'assentiment et l'entremise du cheik, chez un autre maître.

C'est surtout au Caire que l'on trouve avec leur organisation originale et complète tous les métiers. Les principaux , ceux qui occupent le plus de bras , sont ceux de meuniers, de boulangers, de fabricants d^huile, de vinaigre, divers tisserands, des tanneurs, des teinturiers, des tailleurs, des potiers, des forgerons , des menuisiers , des tourneurs , des brodeurs et des passementiers ; il y a également beaucoup de préparateurs de fèves, des fabricants de chaux, plâtre, briques, charbon.

Il est probable que la plupart de ces industries sont exercées d'après les procédés légués par l'antique Egypte , et que les résultats qu'elles donnent sont , quoique souvent dégénérés sans doute, analogues à ceux que les anciens Égyptiens produisaient. En effet, le caractère des Égyptiens de tous les temps se distingue par un respect invariable pour

les arx^ns usages, transmis traditionneliem^fit, et par Tabsenoe du génie inventif. En revanche, les Égyptrens sont d'excellents imitateurs, et reproduisent avec beaucoup de fidélité les modèles qu'on leur donne.

Les travailleurs demecrrent dans l'attitude orientale, la plupart accroupis, et exécutent des travaux dont nos ouvriers ne pourraient pas venir à bout dans cette positiiHi. Tous les voyageurs ont remarqué la dextérité avec laquelle ils se servent de leurs pieds.

Je ne crois pas, pour donner une esquisse rapide des principales professions qui composent la petite industrie , pouvoir suivre une division plus logique que celle qu'a adoptée M. Jomard dans la, partie de son beau Mémoire sur la description du Caire (1) qu'il consacre à l'industrie et aux professions mécaniques. A sotî exemple , nous diviserons les arts et métiers en quatre classes : la première rcnfernote ceux qui nourrissent l'homme; la seconde, ceux qui le vêtissent; les troisième et quatrième, ceux qui servent à l'abriter , à meubler ou orner sa demeure et à satisfaire ses divers besoins domestiques,

38. Arts alimentaires : préparation du hlé, Imh langers. — Les Égyptiens se servent pour moudre le blé d'un moulin 4;rès-simple. Le grain est broyé entre deux meules , qui sont mises en rotation par un manège auquel est attelé ordinairement un cheval ou un bœuf.

(i) Descript, de V Egypte^ torn. xviii, état moderuc.

Les indigènes font cuire leur pain dans des fours banaux, ordinairement deux fois par jour. Le maître du four y introduit les pains à mesure qu on les apporte , et les rend cuils au bout de quelques minutes.

39. Bouchers. — Les bouchers sont peu nombreux , cela vient sans doute de ce que la consommation de la viande n'est pas répandue chez le peuple.

40. Fours à poulets. — Les fours à poulets de l'Egypte ont acquis dès la plus haute antiquité une grande renommée ; on sait que, grâce à eux, les Égyptiens ont toujours fait éclore les poulets en grand, en substituant à l'incubation naturelle l'action d'une température chaude. Sans doute ce moyen artificiel a été découvert en Egypte , parce que , comme nous l'avons dit dans le premier volume de cet ouvrage (1) , les poules n'y ont aucune tendance à couver. Les établissements destinés à faire éclore les poulets portent le nom de mahmalfarougy , Ils renferment depuis quatre jusqu'à trente fours rangés sur deux lignes parallèles et séparés par un étroit espace. Le mahmal est une petite cellule haute d'environ trois mètres, à peu près aussi longue et large de deux mètres et demi ; il est coupé en deux étages , vers le milieu de sa hauteur , par un plancher recouvert en brique, percé d'une ouverture assez grande pour qu'un homme puisse passer d'une case dans l'autre. Chacune d'elles a une porte sur le

(i) Page 140.

corridor mitoyen et des ouvertures semblables dont les cloisons latérales font communiquer entre eux tous les fours placés sur la même ligne. Les cases inférieures sont destinées à recevoir les œufs; on place le feu sur le parquet des cases supérieures, disposé d'une manière particulière pour le recevoir. On* fait éclore, dans chaque four, trois à quatre mille œufs. On les étend dans la case inférieure du mahmal, sur une natte, des étoupes et de la paille sèche, de manière à en former plusieurs lits posés les uns sur les autres. On allume le feu, seulement dans un tiers environ des fours, en choisissant des intervalles à peu près égaux ; quatre à cinq jours après, on en allume dans d'autres , et quelques jours plus tard dans ceux qui restent. On a soin, en allumant de nouveaux fours, de laisser éteindre les premiers. On renouvelle le feu trois ou quatre fois par jour et on a soin de l'augmenter vers la nuit, à cause de la fraîcheur de la température nocturne. Un ouvrier entre plusieurs fois par jour dans les chambres inférieures pour retourner les œufs et les éloigner tour à tour des endroits les plus échauffés; vers le cinquième jour ^ il les examine à la lueur d' une lampe et sépare ceux qui n'ont pas été fécondés. La température nécessaire à la réussite de l'opération est d'environ 32 degrés Réaumur, Les Égyptiens, qui pratiquent l'industrie des fours à poulets, ne connaissent pas le thermomètre, mais l'habitude leur donne un tact très-sûr pour deviner le point de chaleur nécessaire. C'est là même le secret le plus

Page 1