‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 75 sur 110 · DE LA MÉDECINE DES ÉGYPTIENS · texte numérisé non relu

DE LA MÉDECINE DES ÉGYPTIENS

Premiers âges de la médecine en Êgypliè. — École d*Atexartdlrîé. «* Médecine à Tépoque des Ambes. -— Médecine à l'époque tctticlle*. :>- DisUnctions enlrc les médecins ei les chirurgiens. — Leurs foncUons. — Opérations que pratiquent les chirurgiens. — Des matrones.

38. Premiers âgés de là médecine. — Par ta fàîîsôh que la terre d'Égjpte fut le berceau des isciencès, beaucoup de personnes ont pensé qu'elle dul èirie

i;elui de la hiédëcine. La choâe, éti effet, paratlrâit assez probable^ ai l'on songe que T usagé si anciétl des etnbauHieitiénts implique des notions ttiëditià^ lels, et que b'est ssins douté dàH§ les écrîts éj^y^Uefié ^ue Mdysé puisa les pHhci^és d'hjgiêné qu'il côh- Bignâ dàii^ lés livres Sacrés. Cépendaîlt âuclihé pt^euve positive n'indique qU*à ces ét)0(JueS rèôuîéêé les sbience^ hiëdiéales aient fleuri eu Egypte , et \èi monunfiënts hiéroglyphiques, ées livres où est èôhàignéé l'histDîW dU IroyaUrùfe des Pharaous, li'ôffrent^ contrallrémeUt à ce tju'ont avancé (Jti'slijufei iiutéUrs, auCUii symbole qui se t*âppoHe à la Médecine oU à là chirurgie, tahdls t}Ue ces ét^Ulf)tUrés reproduisent deé détails coUlpIels sur lei artâ H Métiers, et §ur* là vie dbme^tique des anétëUb Égyptiens. Pendant le Voyage que J'&i fait dâtl^ là * Haute^Éigy|)le en 1897, j'ai visité tfès-âtleUlivémeHl tous lés mUtiUnaehts jusqU'aU-delà de la prerriiet^é iéalaràclë, et c*eSt en vain que j'y ai Cherché dès iiiscriplions itiédicales.

ttérbddié, et àptès lui ttiôdôire de Sicile parient bien des pratiques dé tnédeéïhe àdô[>tèës par les Égyptiens aux épbqUes les i)lusl'ecuiées; màisHen ttMhdique qii'âloré là science dôht nous parlons existât éh Egypte, aUtreUient que comme art iîiibrmê 'et grossiéi^. ÎNdUs he croyons pas sa Us intérêt dé citëf* titi passage de Diodore de Sicile où il parle de lâ mètletiué, telle qu'elle se t)ratiqUail datis les sièélês primitifs.

' « Lto Êgyjptiehii, dit-il, pHVientiebt les iuàtadies

du corps en le soignant par l'emploi de la diète, des lavements etdes vomitifs, dontquelques-uns font usagQ journellement , et d'autres seulement tous les trois ou quatre jours. Comme ils pensent qu'en général les maladies sont engendrées par une partie de la nourriture qui reste en excès sur celle qui a été dis* tribuée dans l'acte de la digestion, ils' croient , avec ce régime, détruire le principe de toutes les infirmités, et s'assurer une santé constante. Les médecins règlent le traitement des malades d'après les préceptes écrits, rédigés et transmis par les plus célèbres de leurs devanciers. Si, en suivant exactement ces préceptes qui sont consignés dans les livres sacrés, ils ne parviennent pas à guérir le malade, on ne peut leur faire aucun reproche ni les poursuivre en justice; mais s'ils ont procédé contre le texte des livres , ils sont mis en jugement et peuvent être condamnés à mort : le législateur supposant toujours qu'on ne trouvera jamais que peu de gens en état d'améliorer une méthode curative conservée pendant une si longue suite d'années , et adoptée par les plus habiles maîtres de l'art (1). »

Quoi qu'il en soit des notions et des pratiques médicales qui existèrent chez les Égyptiens, l'art ne prit son essor et ne devint dogme et science parmi eux, que quand il eut pris des développements en Grèce. Ce ne fut qu'après Thaïes, Heraclite, Pythagore, Hippocrale, que furent élevés en Egypte les premiers

(1) Bibliolh. hist. de Diod. de Sicile, Irad. par Miot, liv. i, pag. 16^.

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temples à Esculape, et la célèl)re école d'Alexandrie fut érigée à une époque où celles de Cos et d'Athènes florissaient déjà depuis longues années.

39. École d' Alexandrie. — La conquête de l'Égypte par Alexandre avait porlé dans celle contrée de rOrienl les arts et la civilisalion de la Grèce, et deux disciples d'Aristote, Hérophile et Érasistrale, venaient de jeter les fondements de Técole d'Alexan* drîe, école qui commence, à proprement i>arlcr, le développement de la science dans la icrre d'Egypte. L'école d'Alexandrie ne Tut donc que la continuation des écoles grecques ; à l'étude et aux théories d'Hippocrate elle ajouta l'étude de l'analomie. Plus tard cependant, diverses sectes médicales se formèrent dans son sein. L'école d'Alexandrie fleurit ainsi pendant plusieurs siècles , après avoir vu naître les dogmatiques, les empiriques, les galénistes et les éclectiques , jusqu'à l'époque où les guerres religieuses qui suivirent d'abord l'établissement du christianisme et riiivasion des Arabes vers le vi* siècle de l'ère chrétienne achevèrent de porter les derniers coups aui sciences et aux lettres en Egypte.

40. Médecine à l'époque des Arabes. — La médecine fut entraînée dans le torrent, et tout le temps que dura la conquête des Arabes, ces terribles soldats nese signalèrent que par les ravages et la destruction; Mais à mesure que leur puissance se consolida , ils j^uivirent l'exemple dé presque tous les conquérants qui soumettent leur intelligence grossière à celle des peuples civilisés qu'ils ont vaincus. Depuis quelques

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années ) les Nestpriens venaient de fonder à Dçhûn^ ^i^abeur une école où Ton enseignait la philosqpliM et la médecine. Bientôt qelte écple^vait vu s^ réfugî^e 4|ns son ppceinte les platoniciens d'Athènes qui fMïftîeiit 1^9 persécutions des prince de rOcçîd^pt^ Jels furent les élémént$ d'insftructipn qui s'ofFrifenb pq^ Aral)€8 quand ils arrivèrepl; dans le pay$. TêIIq fut h source où les sciences médicales naquirent iiR9 seconde fois, et où parurent les divers médecins arabes qui illustrèrent les règnes des califes. Parmi em médecins qui doivent être considérés comme les eou; tinuateups d'Aristote et de Galien dont ils adopté? rent les subtilités et les hypothèses, et dont l'histoirq nous a transmis les noms et les ouvrages, il faut ci|ep Rlmi^ès, Albucasis (AbourGassen) , Ali-Abbas, KfU cenne (Ebni-Cinna) , Avenzoar, Averrhoès et Dayic| (Baoud), etc. .

: A la cbiila des califes de Bagdad, les science^, qqî ti^uvérent quelque temps encore un asile chez lea Maures d'Espagne, abandonnèrent la terre d'Egypte. Les cours publics furent interrompus, les écoles se fermèrent, les ouvj>age§ des auteurs restèrent dana r oubli, et la seience, qui perdi( ce nom, tomba entre U^ mains de grossiers empiriques qui se livrèrent aux pratiques les plus ridicules, et de barbiers qui s'arrogèrent le monopole des opérations ^e chis rurgie^

4i. Médecim de P époque aclueUe. -rr Tel fut Fétat de la médecine chez les ^i^^bes après le dûuzièfii^ siàplâ) tp\ il m encore aujourd'hui en Egypte et (^isif

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jqqs le^ pays de F prient. Dans les contrées de Tisl^n^j^me^ daq^ j^s lieux ou existait la plu$ çéjèbre dç§ éfçq]^^ de Q)édeçine, h fîpble sçieiice e^t ^V!J9Uf : d'{)ui |e dqrqaine de quelques in4ividus qui e^plç^jr |ent à lei|r gré |a crédulité dq peuple, dont jls posr j|^d^n|. toute la ponfiq^^çe. Ces successeurs des ^Ibu- (i^siSi pl des ^^^ès se pjjftagent en deui^ classe^, dpnj; ' I^ ups s'qccupenj. iniquement de médecine, tçindlp q\ie les autres pe s'adonnei^t qu à la chifurgi^. L^s prprïûprs, désigi^és sous le nom d'ff^im, ont ^cq^if^ ]fs plus gouy^r^t par traditioni les pr^^ceptes qu'ils raet- \fi^i eq us^ge; d'autre§, un ppii plus in^truit^, opi pui§^ )eur science ejanslespiiYrages aqcjpps, et sup^pu^ H^^^ le Canon d'Avicenne, aux doctrines duqi|el ils opt djpqté de grossières pt ridicules pratiquent, Aln^i ils divisepl le^ mai)î)dies en chaudes et fifoide^ , ep sècltf^ et humifi^^ !e§ tgïPpéF^fPÇRts en gra^ et mism^ 4?yr âiagPftsMfi ^i ^fié prJBcipftlpmpRt wv Vém ^9

ppqls j pawr 1^ BrPB9§iig i ils ^'m pappwt^si h la ¥p-

j@n^é 4? OieM. gt qyap^ a» tFaitefflpqj, selon qq'Up jjlgent dq la n^lupp dg la pia)3(}ip, i|^ ajlffiînjgjFfint

ft'^iljçHrs |e§ ]ÊgypM^$i Mt paF iosti^ftfc pu f^^r #îfP^rienGe , ^c gHépis^^pl le plq^ souvent eu:f-mêmw,

#^Qii l'aidp dô leurs lïjédiiçastrcs , et par de$ moyeps

tfèçrraijonHelp. Oès q»'il§ ont la fièvre ils se rpettei|t ^ tlPfâ diète sévère et a l'usage de Tea», Mm ayant que la rnals^ J^ RP §f^ *pît développée, et q^i^nd }k resgentept les ppeiflifirs PJ^plArpe» mppbides qm

4 )IALADIES LT IIÉDC<:ii>E

se déclarent le plus souvent à la suite d'une modification dans les fonctions de la peau , ils courent au bain , où ils excitent une transpiration abondante, qui arrête souvent la maladie prèle à se développer. Cette manière de rappeler la transpiration et de ramener à la superficie du corps le degré d'irritation normale nécessaire à féquilibre général , est utk moyen très-rationnel et bien plus logique que tous ceux que nous employons ordinairement , tels que nos prétendus moyens sudorifiques qui n'agissent, par la sympathie sur le système cutané, qu'après avoir produit une excitation plus ou moins forte sur les organes intérieurs qui sont souvent le siège de la maladie.

La seconde catégorie, qui comprend les chirurgiens ou djerràhj se compose de toute la classe des barbiers réunis en corps, sous la direction d'un chef nommé djerrah-bachi. Ces hommes qui n'ont ni l'instruction préliminaire suffisante, ni les moyens d'étudier l'art qu'ils professent, parce qu'ils n'ont ni écoles, ni bibliothèques, et qu'ils ne se livrent pas à l'étude de l'analomie humaine; ces hommes n'ont aucune notion scientifique, ils n'ont pour les guider que l'expérience qu'ils peuvent avoir acquise au moyen d'une pratique plus ou moins longue, et les opérations qu'ils ont vu faire par leurs confrères ou quelques médecins européens avec lesquels ils se trouvent rarement en rapport. Quand j'arrivai en Egypte, le service de santé des hôpitaux était conlié a des barbiers, qui semblaient peu disposés à céder

leur place à des nouveaux venus, et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine que nous obtînmes du ministre l'éloignement de ces chirurgiens qu'on voulait nous adjoindre, à mes confrères et à moi, comme collaborateurs.

Les attributions des djerrah , sans être très-nombreuses, le sont cependant plus que ne pourrait le faire supposer le cadre borné de leurs connaissances; ainsi non-seulement ils s'occupent du pansement des plaies, du traitement des contusions, des luxations et des fractures; ils pratiquent encore diverses opérations que nous indiquerons ci^ après.

Les remèdes qu'ils prescrivent pour les plaies sont des onguents, des pommades, etc. , ordinairement composés de matières excitantes. Dans les fistules, ils ont l'habitude de placer une mèche dans le trajet ou le conduit anormal ; mais ils ne pratiquent jamais leur opération. Pour le traitement des contusions, des fractures, etc., l'Egypte possède des rhabilleurs qui sont en grande renommée, et qui ne s'adonnent généralement qu'à cette spécialité. — Les Égyptiens racontent de ces hommes des histoires merveilleuses, qu'ils citent avec la plus grande conviction qu'on puisse imaginer.

Mais les rhabilleurs d'Egypte , comme ceux qu'on

rencontre dans tous les pays,. ne sont que d'habiles

charlatans, sans aucune notion de leur art, et qui

ont le talent de faire croire qu'ils guérissent, comme

par enchantement, des fractures qui n'ont jamais n. 2»

existé, ou qui font prendre au patient une luxation pour une fracture.

42. Saignées et ventouses. — Ils font la saignée du bras et celle du pied, quelquefois celle de la languoi mais jamais la saignée du cou. L'instrument dont les chirurgiens se servent est une lancette à peu près comme la nôtre. Dans ces opérations des plus sim-ples, il leur arrive souvent de blesser Tarière; cela n'a rien d'étonnant, si Ton songe à leur ignorance <H)mplète de l'anatomie. Ils pratiquent les scariûca^ lions à l'aide du rasoir.

Les djerrah font un fréquent usage de ventouses , instruments qui sont chez eux d'une simplicité et d'une commodité très-grandes. Ces ventouses sont des aspèced de vases en corne, de forme conique, ter^ minés à leur extrémité supérieure par une ouverture auprès de laquelle se trouve une petite soupape qu'on fait agir à volonté pour ouvrir ou fermer cette ouverture.

On procède de la manière suivante à Tapplication de la ventouse. Le chirurgien , après avoir lixé son extrémité évasée sur la partie du corps où il veut agir, place sa bouche sur la portion supérieure de l'instrument, fait le vide dans son intérieur par une aspiration plus ou moins forte, et, sans changer de position, pousse avec la langue la soupape en cuir qui s'adapte à l'ouverture. Ces ventouses sont trèspuissantes^ et sont préférables à celles dont nous nous servons. On pourrait appliquer leur procédé à des ventouses en verre ^ et se procurer ainsi un ins*

trument bien plus simple et aussi commode que notre ventouse à pompe.

43. Exlraclion des dents. — Pour arracher les dents, les Égyptiens se servent de pinces très-fortes ou d'une espèce de levier dont ils placent le point d'appui hors de la bouche. Depuis quelque temps , la clef de Garengeot commence à se répandre chea eux.

44. Ouverture d'abcès. — Ils ouvrent les abcès le plus tard possible, et seulement après qu'ils les ont recouverts de divers onguents excitants, matur<i«tifs, etc. Us se servent pour cette opération de la Ian«> cette on du rasoir.

45. Paracentèse. — Les djerrab pratiquent assez souvent, dans les cas d'hydropisie , la ponction d6 Tabdomen. Ils se servent à cet effet d'une lancette |. et placent ensuite dans l'ouverture qu'ils ont faite une canule en roseau destinée à favoriser l'écoulement du liquide. On conçoit qu'il leur est souvent très-difficile de pratiquer cette seconde partie de l'opération , et que souvent même cela leur est impossible, à cause du peu d'étendue de l'incision.

46. Opérations poup les maladies des yeux. —Les chirurgiens pratiquent de la manière suivante l'opération de l'entropion , maladie que nous avons dit être assez fréquente en Egypte; lis prennent un mor^ ceau de roseau, long d'un demi-pouce à un pouce, le fendent à son centre par une de ses extrémités^ introduisent dans cette fente un pli de la peau des paupières, la pincent fortement par ce moyen, et

laissent cette partie de roseau appliquée sur la paupière] usqu'à ce que le lambeau auquel elle est attacliée tombe en mortilication. On conçoit tout ce quWrc de\icieux un pareil procédé; souvent même, malgré les pertes de substance qu'il occasionne, il reste sans efficacité, car on ne peut l'appliquer assez près du bord de la paupière, condition, avons-nous dit , nécessaire à la réussite.

Pour le IrychiasiSf les chirurgiens indigènes se contentent ordinairement d'arracher les poils dont la direction est vicieuse, ce qui n'est qu'un mauvais palliatif.

Il y a quelques chirurgiens qui opèrent la cataracte, et, bien qu'ils ne connaissent pas l'anatomie de l'œil et le siège de la maladie, ni enfin le mécanisme de l'opération, ils n'en obtiennent pas moins quelques succès ; ce dont j'ai été témoin moi-même. J'ai vu opérer la cataracte par les chirurgiens du

pays, et voici la manière dont ils procédaient : l'opérateur plongeait une lancette dans la sclérotique, à deux ou trois lignes de la cornée, et introduisait par cette ouverture un stylet mousse avec lequel il cherchait à déprimer le cristallin ou à déchirer sa capsule. Si celle-ci offrait de la résistance, l'opérateur remplaçait alors son stylet par une érigne , au moyen de laquelle il parvenait à son but. Ce procédé , quelque imparfait qu'il soit, a souvent réussi entre ses mains, et rarement l'opération était suivie d'ap^ citlents inflammatoires aussi intenses qu'on pourrait le supposer. Cela dépend peut-être de ce que l'hu-

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meur aqueuse et souvent même une partie de l'humeur vitrée s'échappent par l'ouverture pratiquée , ce qui, alors que l'inflammalion se déclare, prévient l'étranglement de l'organe. La méthode dont je viens de parler est aussi en usage parmi les nègres du Sennâr et de l'intérieur de l'Afrique.

47. Réduclion des hernies. — D'après ce que nous avons dit de la fréquence des hernies en Egypte, on devrait supposer que les chirurgiens, qui se trouvent souvent à même de traiter ces maladies, ont dû au moins , à défaut de connaissances théoriques , acquérir par la pratique une habitude assez grande pour opérer la réduction des hernies et pratiquer l'opération quand elle devient nécessaire. Cependant ils procèdent à la réduclion d'une manière très-défectueuse, et c'est ordinairement avec le doigt ou un morceau de bois émoussé qu'ils cherchent à refouler l'intestin dans l'ouverture où il s'est engagé. Quand la hernie est étranglée (chose qui, fort heureusement , est assez rare en Egypte), ils n'ont point recours à l'instrument tranchant, mais ils procèdent absolument de la même manière, c'est-à-dire qu'ils pressent à travers la peau sur la hernie de la même manière que pour le taxis ^ dans le but de repousser l'intestin dans le bas-ventre. On dit qu'ils ont quelquefois réussi par ce procédé; mais j'avoue que je n'ai jamais été témoin de pareils résultats.

48. Opération de la taille. — L'opération de la taille est une de celles que les chirurgiens indigènes pratiquent avec le plus de succès et de la manière

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]a plus rationnelle. Ils ont recours indistinctement à deux méthodes : Tune par le rectum, Tautre par le périnée, qui est, à peu de chose près, le procédé indiqué par Celse. —Dans la première méthode, ils introduisent dans le rectum le médius et Tindex de la main gauche ^ avec lesquels ils saisissent et fixent le calcul à travers les parties molles. Alors ^ entre ces deux doigts, ils glissent la lame d'un rasoir, et, quand celle-ci est arrivée au niveau de la pierre ^ ils font une incision, par laquelle ils retirent lecaU cul soit avec les doigts, soit au moyen d'un crochet mousse.

Dans la seconde méthode , ils portent également deux doigts de la main gauche dans le rectum , avec lesquels ils ramènent la pierre au-devant du périnée où ils la font saillir. Puis ils pratiquent sur le calcul une incision oblique ou perpendiculaire au rapkée ; après quoi, ils pansent simplement la plaie, ou réunissent ses lèvres par quelques points de suture.

. 49. Amputations, — L'amputation eist une opéralion que les djerrah ont rarement occasion de pratiquer , à cause do la répugnance très-grande qu'éprouvent les Égyptiens à se défaire d'un membre dont le sacrifice leur épargnerait des souffrances longues et douloureuses , et souvent leur sauverait la vie. J'ai vu maintes fois des preuves de cette répugnance, et j'ai pu observer des individus atteints de sphacèie repousser toute opération , malgré les dou-^ leurs qu'ils éprouvaient et qMçiqu'on leur fît com-«

prendre tous les avantages qu'ils trouveraient à se laisser opérer.

Il est vrai que la manière grossière et barbare dont les chirurgiens pratiquent les amputations (car il arrive quelquefois que les malades se décident à se livrer entre leurs mains) est bien faite pour inspirer une horreur profonde contre les opérations de ce genre. Outre qu'ils ne suivent aucune règle, qu'ils n'ont aucun lieu d'élection, et qu'ils procèdent avec une lenteur et une maladresse inconcevables , ils tie connaissent d'autres moyens, pour arrêter l'hémor^ rhagie , que de plonger le moignon dans la poix bouillante.

Ce que nous disons des moyens que les indigènes opposent aux hémorrhagies indique suffisamment que l'usage de la ligature est inconnu parmi eux. Aussi ne tentent-ils jamais ta guérison des anévris^* mes, et ignorent-ils complètement le moyen de lier un vaisseau.

50. Restaurations de la face. — Quant aux difformités de la face, ils n'entreprennent pas da** vantage d'y remédier; ils n'opèrent pas même le bec-de-lièvre, et la première fois que je pratiquai cette opération , j'attirai sur moi toutes sortes d'imprécations des assistants et du malade , qui ne cessaient de me répéter que l'affection que je voulais guérir avait été envoyée par Dieu , et que c'était imprudent à moi de vouloir y porter remède. Puis , quand quatre ou cinq jours après j'eus enlevé Tappareil et qu'on vit l'individu guéri ^ on se mit à

crier au sorcier , etc. Si je n'eusse pas été sous la protection du gouvernement, on m'eut probablement fait un mauvais parti.

51. Outre les diverses opérations que nous avons indiquées, il en est deux encore qui sont du ressort des attributions des djerrah. Je veux parler de la circoncision et de la mulilalion des eunuques.

La circoncision se pratique au moyen de pinces en fer avec lesquelles on saisit le prépuce de la partie antérieure du gland, et d'un rasoir qui sert à séparer d'un seul coup la portion de peau qu'on veut relrancher.

Nous avons parlé déjà de la mutilation des eunuques, cette horrible opération, qui est plutôt l'œuvre d'un bourreau que d'un chirurgien ;- nous avons dit de quelle façon barbare elle se pratique; nous ne reviendrons pas sur ce sujet.

52. Des matrones. — En Egypte, comme dans tous les pays de l'islamisme, les femmes ne sont traitées et soignées que p^r des individus de leur sexe. Ce sont des matrones qui pratiquent la circoncision chez les filles, et la suture des parties génitales chez les négresses esclaves ; ce sont elles aussi qui pratiquent les accouchements, et enfin qui font l'office de médecins auprès des musulmanes. Cette coutume, que la jalousie et une pudeur mal entendue ont établie, a des inconvénients très-graves, qui tiennent à l'ignorance des matrones sur la science médicale. On ne peut se figurer toutes les pratiques ridicules que ces femmes mettent en usage , toutes

les momerics qu'elles exercent suivant le but qu'elles veulent atteindre. Une de leurs grandes affaires, c'est de procurer des secrets pour rendre les femmes fécondes : si les moyens auxquels elles ont recours sont inefficaces, il n'en est point ainsi quand elles veulent produire l'avorlement, et malheureusement, comme la loi ne peut les atteindre, elles renouvellent fréquemment leurs manœuvres criminelles.

Le rôle dos matrones dans les accouchements se borne souvent à peu de chose, parce que la plupart des femmes d'Egypte accouchent naturellement et avec beaucoup de facilité. Cependant il arrive quelquefois que le travail est laborieux, ou que l'enfant se présente dans une position vicieuse. Dans ces circonstances, qui nécessiteraient la présence d'une personne éclairée, les matrones ne peuvent être d'aucun secours pour la malade, et elles sont réduites à recourir à leurs pratiques ridicules, qui sont toujours inefficaces et qui sont fréquemment nuisibles.

J'eus occasion un jour d'être témoin d'un fait, que je citerai pour montrer quels sont les expédients auxquels s'adressent les matrones, dans les cas embarrassants. Une femme était en travail depuis plusieurs jours, et l'accouchement ne se terminait point, malgré des expériences de toute espèce essayées par la matrone, quand il lui vint à l'idée de faire danser un enfant entre les jambes de la patiente; cette opération, disait-elle, devait incontestablement procurer la sortie de celui qui semblait peu disposé à abandonner le sein de sa mère.

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