ORGANISATION DU SERVICE DE SANTÉ EN EGYPTE
Formation d*un conseil de santé. — Adoption des règlements français.— Hôpitaux régimentaircs. — Fixation des grades et emplois. — Traitement. — Unirorme des odicicrs de santé. — Administration du ier« Yice médical. — Fondation de l'École de Médecine. — Manière dont elle est organisée. — Translation de TÉcole de Médecine d*Abou* Zabel au Caire.
53. C'est Méhcmet-Ali qui a eu la gloire de ramener à la fois en Egypte la pratique et renseignement de la médecine. J'ai déjà dit que la création d'une armée régulière fut la cause de celte restaura* tion dont la science et la philanthropie ont eu doublement à se réjouir. Après avoir formé des troupes réglées, le vice-roi voulut en soigner la conservalion et dut, dans cette pensée, demander à l'Europe des médecins.
Désigné en France , au commencement de 1825, par l'intermédiaire d'un agent du vice -roi d'Égyple, comme médecin et chirurgien en chef des armées de ce prince, je crus devoir accepter cet honneur, et je me rendis immédiatement à mon poste. A mon arrivée, je trouvai le service de santé n'offrant guère qu'un simulacre d'organisation. Informé bientôt des intrigues et des désordres auxquels il était livré, et surtout des contrariétés auxquelles avaient été en butte les deux chefs qui m'avaient précédé ,
je cherchai dès-lors à éviter le même sort en faisant établir de bons règlements qui fixassent les devoirs et les attributions de chacun. Toutefois , ne voulant point supporter à moi seul la responsabilité de cette mesure, avant de me saisir de la direction, je proposai au ministre de la guerre Tadoption des régiements français et la création d'un conseil de santé.
54. Conseil de santé. — Le ministre applaudit à ma proposition, et, peu de temps après, un conseil de santé fut créé et composé de cinq membres , médecins » chirurgiens et pharmaciens. J'en suis aujourd'hui le président. Les attributions de ce conseil durent nécessairement ôlre plus étendues qu-elles ne le sont en France. Comme il n'existait point d'administration pour le service de santé, le conseil dut éclairer le ministre sur tous les détails administratifs , tant pour ce qui est du personnel que du matériel. Cette nécessité ^ loin d'être nuisible au service, a évité, au contraire, en consacrant le prin cipe de l'unité, Jes conflits, des embarras, des longueurs.
55. Adoption des règlements français. — Dans la première séance qui se tint après sa formation , je crus urgent d'insister pour l'adoption dos règlements français de 1825 sur le service de santé. Du moment, en effet , où j'eus conclu un contrat avec l'Egypte, je me procurai les règlements des services de santé des autres nations, et je pus me convaincre que les nôtres étaient les plus parfaits de ceux qui avaient paru jusqu'alors. Ces règlements, du reste, se troib
\aient en harmonie avec Torganisation de l'armée , déjà instruite et réglée à la française. Cependant, quelques modilications étaient exigées par les loca* lités et une création nouvelle. Ainsi le petit nombre des médecins et des chirurgiens commandait impérieusement la réunion de ces deux sections d'officiers de santé. Cette mesure, réclamée d'ailleurs par l'état actuel de la science , offrait encore deux avantages précieux : la simplification du service et une économie considérable pour le gouvernement. Les trois sections d'officiers de santé furent donc réduites à deux.
56. Hôpitaux régimentaires. — Le système des hôpitaux régimentaires devenait indispensable à l'armée : des régiments, forts de 4,000 hommes, se trouvaient souvent en mouvement ou campés dans des lieux où ils ne pouvaient trouver aucune espèce de moyen pour les former. Il fallait donc qu'ils eussent à leur suite tout ce qui était nécessaire en matériel médical et administratif et on personnel pour établir des hôpitaux temporaires et des ambulances. Le matériel devait réunir toutes les conditions de simplicité et être aussi peu embarrassant que possible, les transports dans le désert se faisant à dos de chameau. Quant au personnel, qui n'abondait pas, il devait pourtant être assez fort pour pouvoir foire le service intérieur des corps et celui des hôpitaux mobiles : un médecinmajor, quatre aides et deux pharmaciens par régiment devaient suffire en temps de paix ; en temps de
guerre , on leur adjoindrait un chirurgien sousaide par bataillon, ce qui était 'suffisant pour le service des ambulances et portait une notable économie dans le personnel.
Dès cette époque, j'avais conçu le projet de ne pas admettre de pharmaciens pour les hôpitaux régimentaires; je sentais en effet qu'il élait plus convenable d'avoir deux sous-aides c p lus par régiment et de faire faire le service pharmaceutique par eux. Je désirais aussi que les choses fussent établies de la même manière pour les hôpitaux permanents; qu'ils n* eussent qu'un pharmacien en chef et un aide, et que les sous-aides fussent chargés de faire, sous leur direction, le service. Il y avait à cela avantage réel : on formait les officiers de santé à la pratique de la pharmacie , pratique qu'il est toujours très-utile de connaître, et dont les médecins ne s'occupent généralement pas assez ; d'un autre côté, on se procurait par ce moyen des sujets aptes aux deux services. Ces considérations acquièrent encore plus de valeur appliquées à l'Egypte, où il sera toujours très-difficile, quand les médecins seront répandus dans les villes et les villages, d'avoir des pharmaciens sous la main.
57. Grades et emplois. — Un point important à régler dans le principe, c'était la fixation du sort des officiers de santé.
Je savais que depuis long-temps les médecins militaires réclamaient, en France, une amélioration dans la position qui leur a été assignée. Les
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longues études qu'ils ont faites avant d'entrer dans la carrière médicale, les années laborieuses qu'ils ont dû passer dans les facultés, dans les hôpitaux^ dans les amphithéâtres, pour acquérir le grade de docteurs; les sacrifices de temps et d'argent auxquels ils ont dû consentir pour acquérir une science variée, solide, et si utile à la société; tout cela n'e9( ni compensé ni récompensé par l'avenir que leur ouvre dans les armées la carrière médicale. Combien ne voit-on pas en effet d'hommes de mérite, aprè$ dix ans, quinze ans, vingt ans d'exercice dans cette carrière et de campagnes pendant lesquelles ils ont eu souvent à braver doubles périls , ceux de la guerre et ceux des épidémies, obtenir à peine un grade qui les assimile aux capitaines, tandis que leurs compagnons d'armes ont pu arriver, dans le même espace de temps , aux grades de colonel , de général de brigade, de lieutenant-général. Frappé d'une telle inégalité, je dirais presque d'une pareille injustice ^ je voulus éviter, autant que possible, de la consacrer dans une création nouvelle.
Je m'occupai donc d'abord de l'avancement, et^ pour accélérer, pour aiguillonner l'émulation et pap là améliorer en même temps le service, je créai deux nouveaux grades, celui d'inspecteur d'armée et celui de major de seconde classe. Trois inspecteurs particuliers formèrent, d'après mon plan, le conseil de santé d'une armée ou d'un corps d'armée, et je fis par là un grade de ce qui n'est en France qu'une
fonction. Les majors de seconde classe furent chat»-*
gés de services moins importants que les majors de première classe. Voici comment Favancement, devenu plus rapide par Tintroduction de ces deux nour veaux degrés , a été fixé pour les officiers de santé :
Après cinq ans d'études, Télève sort de Técole avec le grade de sous-aide.
Trois années forment le passage de ce grade à celui d'aide; de ce dernier à celui de major de deuxième classe, deux ans et demi ; de major de seconde à major de première classe, deux ans et demi; de major à principal, six ans.
La période de transition du grade de principal à celui d'inspecteur particulier n'a pu ni dû être déterminée; elle est fixée par les besoins seuls du service. Il en est de môme pour le passage au grade de membre du conseil général de santé; mais dans les choix qui sont faits, pour remplir les cadres de ces deux grades, on suit autant que possible l'ordre d'ancienneté.
58. Traitemenl. —Je fis tous mes efibrts pour rendre entèrement convenable, sous le rapport des ap* poinlements, la condition des officiers de santé ; mais les traitements alloués ne le furent pas dans la propor tion que j'aurais désiré. Voici celle qui fut adoptée :
Les membres du conseil général de santé
ont 5,000 p. par mois , environ 9,000 fr. par an.
Les inspect. part., 2,000 — 6,000
Les principaux, 1,500 — 4^500
Majors !'• classe, 1,000 — 5,000
Aides-majors arabes, £00 — 900
Sous-aides arabes, 230 — 730
400 MALADIES ET MÉriECliMC
A tous ces grades sont alloues, dans dos pro|M)rr lions différentes , des rations de vivres cl de fourrages.
. 59. Costumes des officiers de santé. — Lors de la formation de Técole de médecine qui fut organisée militairement cl Test encore , on donna aux professeurs le grade de principaux et ils en touchèrent le trailement.
L'uniforme du corps des officiers de sanié dut aussi m'occuper. Dans tous les pays, et surtout chez les Orientaux, à la richesse du costume se trouve attachée une certaine considération ; je ne poussai pas mon ambition jusqu'à demander que Tuniforme des médecins fût, à grade correspondant, plus riche que celui des autres officiers de Tarmée , mais je ne voulais pas consentir qu'il le fût moins. J'avais observé en effet, que, même chez nous, Ihabit des officiers de santé, auquel on n'accorde que par grâce quelque peu de broderies, n'était pas, à beaucoup près, aussi considéré que l'épauletle que portent les officiers de l'armée. J'obtins donc que les médecins auraient exactement le môme coslunje que les officiers de l'armée, qui est très-riche. Les distinctions furent établies de la manière suivante :
Le sous -aide porte l'habit de sous - lieutenant ; l'aide-major, de lieutenant; le major do deuxième classe, de capitaine*, le major de première classe, d'adjudant major; le principal, de chef-de-balaillon; l'inspecteur particulier, de chef-de-balaillon également ; lemembredu conseil de santé, de lieutenant-colonel.
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La seule différence qui existe se irouve dans les insignes : nous avons vu que, pour les officiers de Tarmée, l'étoile dans le croissant fait le même office que Fépaulette chez nous. Au lieu de cet insigne on a adopté, pour les officiers de santé, le caducée médical formé par un serpent qui entoure une massue et placé entre deux palmes. Le sous-aide porte le tout en argent; les aides ont le serpent en or et le reste en argent ; les majors de deuxième classe ont de plus une palme en or; les majors de première classe les deux palmes en. or; pour les principaux le caducée entier est en or; les inspecteurs particuliers ont le caducée garni en diamants; les membres du conseil de santé ont de plus une palme en diamants; le grade d'inspecteur-général (c'est celui que j'occupe) et le grade de médecin particulier de S. A, ont le caducée en diamants. Les titulaires en sont beys ; suivant qu'ils sont colonels ou généraux, ils ont dans leur insigne une ou deux étoiles.
Ce fut un très-grand point de discussion, que l'admission des chrétiens à l'uniforme et aux insignes. Les chirurgiens arabes furent les premiers â les porter. Dès que j'eus reçu le titre de bey , en 1831, je réclamai la réalisation du projet que j'avais vainement sollicitée de tous mes vœux. Je m'efforçai
de faire comprendre que puisqu'on avait franclii à mon égard la barrière des préjugés, on ne devait pas faire une distinction pour moi seul, et laisseï! en dehors des insignes et de l'uniforme militaire le corps des officiers de santé européens. Je réussis, et