‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 77 sur 110 · II · texte numérisé non relu

II

j'avoue que ce fut pour moi une trèsrgi^itde satis-* filçtioQ que d'avoir coutribué à faire donner au corps iBé(}iç9l la considération dopt il jouit en Egypte ^ ^t que plusieprs puissances d'Europe ne lui ont pas (^ocore accordée.

I^a sournission des officiers de sapté européens à 1^ discipline inilitjiire fut encore un point vivement discuté. Us i^' étaient pas de simples instructeur^ po de simples professeurs, ils faisaient partje ii^t^r^i^te de Tarmée. Il fallait 4Qnç nécessairement les astreip? dre à la 4Uçipline milit^irp. Celle des réglemeMit^ français leur fut strictement appliquée pour (qu( ce qui regprd^i Texécution du service, les devoirs» d^ subordination et 1^ discipline des corps. Qiiant aux ç}élits graves 4QPt ils juraient pu se rendre çqii? p$bl^9 ils conservèrent leur droit de nationalité , c'estrà-dirç qu'ils den^urèrent sous la j uridictiqn dQ leurs consuls.

Mes fonctions ne furent pas seulement limitée^ au service médical \ le manque absolu de personnes qui fussent au fait de Tadministration des hôpitaux m'a obligé de m'en Qçcuper spécialement. Ici, çomfRe pour la partie ipédiçalp, les règlements fraBç§i§ fi'pnt pu êtr§ te}^ti;ell£imeq^ pratiqués. H a fallu le^r faire subir de$ çbangiements , afin de les mettre en rapport avec les autres branches de Tadministration militaire, incompatibles avec ces règlements par leur grande simplicité. Lç mipi^li'i^ de la guerre faisant lui-même directement les achats pour toutes lei; fournitures, tant m lipg^s qu'en ustensiles, ameur

DES )g;GYPT)f:NS. 403

éléments, aliments^ niédic^pigqisf, ^^c, les agents de l'administration conime les chefs c}es corps p'qnt qu'à veiller ^ ce que chaque objet, conservé je ti^iiipç exigé par les réglen^pntç, et $pu^tf£fit à toute dilapidation, soit touJ9^r3 employé 2|u nj^rflfp uçagie,

J'aj doric dû ipe charger du ^oin ji'instruire gj; de former des o^icier^d'a4wQistr^tJQn, des compijs^ de$ ipfirmiers , etc. ; pe qui n'^ pas été la poindre des difficultés que j'ai reflcontréps.

f}0. 4dmini§iraHon du ^çrpicç tnéidicçif. — Yctici commiept fyt QFg?iniçée radnaJR|?tr?tipn du çpfvfoe médical :

On Bom||)a hb inçpepfppr génépal 4'3dïflinistra-

tipp, qui ept m hnv^»^ ftuprès 4n fï}ipi§tre de |^

guerre. Cp fut k |ui qp'abqiitjrent tqu§ les détail? dp la pî^rtie administf^ativp, et il eut à s'entppdFe fjirepr tpmppt avec le copspil de g^ptjé gur \mi ce qgi regarde les besoins du seryjp^. Qp é^abljt soqs ça dijfecljpn trois plagg^sije ^QVftpt^Uss- Cew^ (Je pperpjére cjas^e fièrent ijoinBiég ^hef? dan^ les pripcipaqjf lij^pitau?p i^édentaires, ^ap? Ip§ ^^fnges qy j^^Rs 4e§ çprps d'arrfl^eg. Ceuç ^® f^^wxièfpç c}3|^e f^re"!^ placés çqmiïje phe^g daps le$ bôpifayï 4§ «egpi^^ or^pç , yp cpiprpe #(ijointg 4aP§ |# Ijôpitaux gppgrieijrs. C^px d^ Mrpjsièfpe classe ffJF^»t affeciiés îjwx |fARl^^«? régfm.ep^ir«? , op adjoint 4i»fl? }^^ h<ip^mi^ sMept^ir^s dis prfirqier ^|t # |?ecQR4 pf^dre. J^He fHj ï^ N.^r^f-

ss.

401 MALADIES ET MÉDECIi%E

France. Mais les hôpitaux régimentaires durent èlro organisés d'une manière spéciale. L'officier d'adini^ nistration placé à leur tète a sous sa garde et sous sa surveillance tout le matériel ; il est secondé par Un commis, quatre inQrmiers-majors, et des infirmiers ordinaires. Ceux-ci sont pris en général parmi les soldats. L'expérience a prouvé, en efTet, qu'il y a toujours à la suite des régiments des hommes que quelques infirmités rendent impropres au service actif; et ce sont ceux-là que l'on charge des fonctions d'infirmiers. On obtient, par ce système, simplification et économie.

Le matériel des hôpitaux régimentaires méritait quelque considération. Il devait réunir les conditions suivantes : Avoir le moins de poids et de volume possible, et présenter en même temps les avantages de la commodité et de la solidité. Voici comment on a satisfait à ces conditions :

Le fer-blanc a été le métal choisi pour les ustensiles de salles. Ainsi les écuelles, les pots à tisane, les verres et autres vases ont été fabriqués avec cette matière, et on leur a donné la forme conique, de manière qu'ils pussent entrer les uns dans les autres. Cette forme a donc procuré pour ces objets l'avantage de l'économie d'espace et a assuré leur solidité. L'économie d'espace obtenue est telle qu'une seule caisse, de trois pieds de longueur sur un pied et demi de hauteur et un pied et demi de largeur, contient tous les ustensiles de salle nécessaires à deux cents malades. Les ustensiles de cuisine se composent

de quatre marmites coniques qui entrent les unes dans les autres, et auxquelles sont joints des trépieds brisés sur lesquels on peut les poser, de quatre casseroles de même forme , et que Ton introduit dans la dernière marmite, ainsi que les cuillers, les passoires, les écumoires, les couteaux, etc.; ils forment une seconde caisse. Quatre seaux pour la distribution des bouillons, des vases de nuit, au nombre de 2S , également de forme conique, entrent avec plusieurs autres objets dans une troisièm^e caisse.

Le linge des hôpitaux régimentaires est toujours calculé pour deux cents malades, et il y a pour chaque malade un. sac à paille, un coussin, deux chemises, deux caleçons, deux bonnets en toile, trois linceuls , une couverture ; tous ces objets sont placés dans des caisses étiquetées.

Chaque bataillon a quatre brancards pour le transport des blessés. Chaque régiment a à sa suite quatre grandes tentes d'hôpital, afin d'y placer les malades, dans les lieux où il n'y a point de logement.

Les moyens de transport du matériel qui nous ont paru les plus commodes et les plus praticables pour les armées égyptiennes sont les bêtes de somme , les chameaux et les mulets. Les équipages d'ambulance seraient très-embarrassants et ne pourraient avancer que difficilement à travers les déserts de l'Afrique et les montagnes de la Syrie.

Au commencement de l'organisation , j'eus la pensée d^ donner aux chirurgiens de petites gibernes pour y placer leurç trousses. Elles sont faites en

406 MALAmfcd crr médecine

mât^ro^uili et portent im Caducée niédifeâl, bt^erdé eh fil d'or, et une îtiscriplioii que Peircy àtail mise sût les lêtîèt^fes des b^attca^dlêM : SeèdUl^s des braVëS. J*âi vu atec plaisir plua lard que eëlie inhdTSltiOh avait été adoptée ien Fraiiceé

Les médicaments i fet tout be qui les bbiiëteriié^; formaient natiii^llemetit une branche e^iséhtiellê dii service mëdibal. Nous simpliOâmés le ptus pbssibtë la liste de eeu* qui dut^ént être eitiplôifés daud tes hôpitaux. Un formulaire Ait rédigé â cet erfet. H a été retU depuis pat* le cdhseil de santé d'Ég^jpte, et publié en Franbe. OU ô'éSt proposé; dahà »à rêdâc^ tion, de n'adbptérque les rtlédibametits d'une acttoh généralement reconnue; de suppléer aux ejiotiqùëÀ për les indigènes, dé substituer à céUx d'tiil j^tik très-élevé les succédanés d*Uri prix inférieur; de àè sertir des (brrrtutes les moins compliquées , et d'exposer les modes de préparation les plus simples. On a voulu aussi qu'il pût servir en même teiUps aux pharmaciens , comme aux médecins et aUx chil'urgiens des hôpitaux et des corps, en indiquant les fonctions que chacun d'eux serait dans le cas de rèthplîr dans les différentes positions où il pourrait Se trouver, et bn y donnant les instructions et leS tableaux nécessaires pour la comptabilité, aihsi qUé des modèles de demaude, d'inventaires, de reçus, etU:

Une pharmacie centrale, établie au Caire j esi chargée de préparer les médicaments pour toutes les armées. Des dépôts de pharmacie sont établis ^ pour l'Egypte^ à Alexandrie ; pour la Syrie, à Saiittr

DBS ÉGYMIENS. 401

lean-d'Âcre, à Alep; pour T Arabie ^ àOeddâ; fK^nf le Sennâr, à Gartouti; pdui^ la Crète, à Gatidié^

Autant que cela peut se faire ^ les médidarbetlts sont fournis tout confectionnés pour les hôpitmit té^ gfimentaires ^ afin d'épargner les embarras ailitqUëlâ des préparations trop compliquées seraient etpOséëS dans les voyages et surtout au milieu des àrméëè; On dose tout ce qui peut Têtre ; el les qùs^ntitéâ ^ après avoir été pesées, sont mises eh paquet. Oh a dû aussi avoir soin de ne bhoisir, pour les phârmii^ cies d'ambulance^ entre les matières équivalentes d(i de même nature , que celles qui ont le moins dé fo^ lume; Aihsi les sels, les extraits sont préfêréé aux substances et les substances solides le sont aux It^ quides.

Les caisses d'ambulance ont reçu la forme la plUS commode peur que, dans le traasport ei sahs dé^ charger 1^ bêles de somme ^ on puisse s'en servir ad besoin. L'iine est exëlusitement destinée aux instruments , aux ustensiles et aux objets de pansemëiii: L'autre est affbctée aux médicaments ; elle eèntièrit des tiroirs dans lesquels chaque chose eM. placée dans un ordre précis et de la manière la plus sûre, afin que lés accidents dd transport ne puissent rien endommager. Chaque bataillon a ses deux caisses d'ambulance; Il y a aussi un approvisionhément àë quatre caisses de médicaments. Elles sont plaiêëe^ séiis la garde du pharfUacien.

Tout le personnel et le matériel du service rttédical des régiments onl^ dû reste ^ été disposés éé

manière à pouvoir se diviser en quatre parties, afin de suivre aisément les bataillons dans le cas où ils seraient séparés ou détachés. Dans chaque régiment, au premier bataillon restent attachés le major , un aide et un sous-aide, Tofijcier d'administration et son adjoint, et, à chacun des autres bataillons, un aide, un sous-aide, et un infirmier- n\ajor faisant fonction d' officier d'administration.

Le service de la marine a été organisé sur les mêmes bases que celui des troupes de terre. Il est dirigé par un conseil de santé de la marine établi à Alexandrie.

Telle a été l'organisation du service militaire en Egypte; elle était nécessitée par les lieux. L'expérience a prouvé qu'elle était bonne. Ejle réunit en effet toutes les conditions de simplicité qu'exige la rapidité du service militaire. Le duc de Raguse et tous les hommes compétents qui l'ont vue de prés lui ont donné leur assentiment. J'avais d'ailleurs, en 1832, pris en France les avis des chefs de médecine et de chirurgie militaire sur cette création, et je puis dire qu'ils l'approuvèrent et voulurent bien lui accorder des éloges.

Cette organisation , introduisant un ordre sévère là où il n'y avait auparavant qu'anarchie et gaspillage , dut froisser des intérêts. Comme elle me fit quelque honneur et me donna la confiance des autorités et des personnages influents du pays , elle irrita des amours-propres. Mais , en dépit des criUques jalouses , elle produisit les résultats heureux

que Ton devait en attendre. Grâce à elle , la mortalité/auparavant effrayante, diminua : cette diminution fut due autant à Tamélioration des hôpitaux et du service, qu'aux moyens hygiéniques etaùxnouivelles méthodes de traitements qui furent employés;

L'hôpital d'Abouzabel a en quelque sorte servi de modèle à tous ceux qui ont été créés depuis. L'ordre, la propreté qui y régnaient et rexactitude avec laquelle le service y fut fait, ont mérité , indépendamment de la beauté du local , les éloges de tous les voyageurs qui l'ont visité.

61. Fondalion de Vécole de médecine. — Encouragé par les succès dont mes premiers efforts furent couronnés , je conçus bientôt Tidée de fonder en Egypte l'enseignement médical , et je fis part de mon projet au gouvernement. Je lui fis sentir les avantagés qui résulteraient de l'instruction d'un grand nombre d'Arabes et de leur agrégation à l'armée eh qualité d'officiers de santé militaires. Méhémet-Ali comprit aisément ces avantages; mais dès « que mon projet fut connu , il rencontra de toutes parts des adversaires qui s'efforcèrent de détourner le vice-roi de mon projet. Ils grOvSsirent à ses yeux les obstacles déjà, bien assez grands qui se présentaient à sa réalisation. Ils prétendirent que les Arabes n'avaient ni l'intelligence, ni l'aptitude des autres hommes ; comme si l'histoire iie se chargeait pas de les démentir. Ils dirent que c'était folie d'espérer parvenir à instruire des hommes qui ne comprendraient pas la langue de leurs professeurs. Ils atta-

440 MALADièS ET 1IÉI>K€INE

quèrent ensuite la capacité de ceut-ci ^ ti se ûttSBIt surtout une arme de Topposition que les ititiiieiblëé préjugés de la religion opposaient à T étude indhM pensable de Tanatomié sur le cadavre.

Mais le vice^roi, à Taide de sa sagacité btrlin^t^; eut bientôt démêlé les vrais molift que êdUvl*ài6nt ces objections, et Fécole fut fondée en 1897^ ëû dépit de tous les opposants , qui n'ont jamais ^bêisè tonteTois de la dénigrer inlpitoyableniént et de cheffi cher à lui porter atteitite jusque dans ses bases.

La première difficulté était de détidef en c|iieltë langue aurait lieu renseignement. L'impo^siliiKté de trouver des élèves connaissant le français,' tel temps qu'il eût fallu pour les instruire dufflsAiiimeut dans cette lapgue, et plusieurs autres ttlb^ tift me démontrèrent la nécessité de leur trans« mettre la Science médicale dans leur propre idiome; H s'agissait donc de fournir à des professeurs toulà-fait étrangers à la connaissance de la langtid .arabe les moyens d'opérer cette transmission 5 je crus possible de surmonter cette difficulté à l'aide de traducteurs possédant également bien la langue des élèves et celle des professeurs ; traducteurs qirf devraient être eux-mêmes les premiers élè\nes et k qui l'on enseignerait la science afin qu'ils pussent la communiquer.

Une autre difficulté non moins grande était l'introduction des études anatomiques pour laquelle il fallait vaincre les préjugés de la religion, La religion musulmane commande, en effet, le plus grand res-

bfis ÈGYPflfiNô. 414

pect t>bti^ lés Hdorts, et adhiôl qtfilà regSfeHterit todtes fëà muUlatioriis ijùe Vbn exerce feur eiii; Gôrrimë dé ce point seul dépéhdalt presque le succès entier dé Fèhti'etîHse, j'èttiployài toutes les i^essoutHceà JibUb obtenir la permièëidh dé disséquer. Elle ttië Wt cônétâmîtlent refusée p>ar ratitorité ; ttaâîs Je parvins, ktôtce dfe ^aisontietttents ^ à avoir uh cbnsentehiteht secret de là part dë^ ûlértias , sous la cbttdl^ lion exjjrtessé d*en user avec réserve et toutes I6à p^écâlltîon^ pôôsibleà. Aussi , daiiâ le cdnlnien'dëi' ment, fimes-nous les autopsies à Tiri^u du [îtiblîc et en éËtOtiranl râmphithêâtrë dé gardée qui eussent Jifetit-êtrè êlé les pretnîër^ â iibui assaillir s'ife s'étaient doutés de ce dont il s'agissait. Peu à |Jëti; les élèves surmontèrent tout préjugé, toute répugnahcé j et se soni containeus de l'indispeiisablé hëcëssiiêderéttidédèrdriatomie. lisent porté ënstiitè cette feonVlcUbri chez leurs parents , là leiir dttt fait (lârlâgef , et aujourd'hui le piiblic est complètenlerft accoutumé à Tidée de la dissection de$ cadaVMéS.

L'école fut établie à rhOpîlal d^Aboiizabel.

Cent jeunes gens versés dàhs la fàfrgue ài*abe y furent réunis et soumis à une discipline sévèt^. Il* furent distribués en sections de dix qui eurent chacune pour chef le plus instruit. Ces élèves, Idgéîi) ftounis, Vêtus ^ payés même par l'État j formèrent plutôt un collège qu'une école dans le sens que iilovs donnons à ce mot eii Europe.

Le mode de l'enseigiiement fut établi de la manière suivante :

1*" La leçon était d'abord traduite en présence du professeur qui donnait toutes les explications nécessaires aux traducteurs, afin de leur en faciliter l'in^ telligence et de s'assurer de Texactitude de la traduction en en faisant faire le thème.

2*" La leçon ainsi traduite était dictée aux élèves.

3"" L'explication détaillée en était faite par le professeur ; les chefs de sections étaient autorisés à faire des demandes sur tout ce qu'ils ne comprenaient pas, et chargés de répéter après les cours les leçons à leur section respective.

4*" Chaque mois les élèves furent examinés sur ce qui leur avait été enseigné, et les places de chef de section mises au concours.

Cette méthode, qui est en quelque sorte celle de l'enseignement mutuel appliqué à la médecine, exige beaucoup de peine , tant de la part des professeurs que de la part des élèves ; mais elle a l'avantage de forcer ceux-ci à se livrer au travail et d'entretenir l'émulalion parmi eux.

Les cours professés furent ceux-ci :

1** Les éléments de physique, de chimie et de botanique;

2® L'anatomie générale, descriptive et pathologique ;

3» La pathologie et la clinique chirurgicale, et les opérations;

4** La pathologie et la clinique internes ;

5° La matière médicale, la thérapeutique;

6' L'hygiène , la médecine légale ;

7° La pharmacie.

Ces matières furent réparties entre sept professeurs. Afin d'éviter pour une école naissante les inconvénients de la diversité des opinions médicales qui pouvaient exister parmi ceux-ci , il fut établi que les matériaux de l'enseignement seraient puisés dans les meilleurs auteurs, et que Tinstruclion , pour être uniforme dans la théorie et dans la pratique , serait fondée stir les principes de l'école physiologique. Les ouvrages de MM. J. Cloquet, Broussais, Lallemand , Magendie , Roche, Sanson , et des autres auteurs remarquables de l'école française, furent pris pour base de l'enseignement.

Chaque année eurent lieu des examens publics , qui durent faire connaître les progrés des élèves et décider de l'avancement des plus capables.

Lors de la création de l'école de médecine, je fis sentir la nécessité d'y comprendre l'enseignement pharmaceutique pour former des pharmaciens militaires. Cette branche importante ne tarda pas en effet à lui être annexée ainsi qu'une école d'enseignement préparatoire, où cent jeunes Égyptiens de dix à quatorze ans, sachant lire et écrire l'arabe, devaient, pour se préparer à l'étude de la médecine, acquérir préalablement les éléments de l'arithmétique , de la géométrie , de la cosmographie , de l'histoire. Je fis établir aussi une école de langue française , afin de faciliter les rapports des élèves avec les professeurs et de leur permettre de puiser la science dans ses sources mêmes. Enfin je joignis à l'établis-

sèment d'Abouzabel une école de sages-femifies et u|ie Maternité, sur laquelle je m'étendrai davantage tout à r heure.

Mes eflbrts et ceux de mes collaborateurs fur^jt^^ couronnés de succès. Cinq an^ après h fond^tfQ^ de l'école , il y avait déjà un assez grand flqi|)i)rQ de bons élèves , que l'on put distribuer dans ]^ hôpitaux et dans les corps. Toutefois , iU ne f|irfia( placée que dans les grades de sous-aides et d'a|(|P$ et sou$ la direction de médecins européens, |^e$ vingt sujets les plus distingués furent retenus ; |tt|i( restèrent attachés à l'école comme répétiteurs^ pt douze furent conduits à Paris pour perfpptipnnpr leur instruction et être mis à même de devisnir profjpss^urs dans rétablissement. C'était là en eOet }e but que nous devions npos proposer; il fallait^ pour fonder qpelque chose de solide , n^^tionaliser la médecine en Egypte , et , dans ce but , former de^ professeurs indigènes , qui transmissen}; la science sans avoir besoin de l'intermédiaire embarras$ai}|; de traducteurs. J'eus aussi en vue^ en conduisant cps douze élèves à Pariç, de faire authenliquernenj; pQn§tater le degré d'instruction qu'ils avaient ^cquiiç d?ins l'établissement d'Abouzabel et de répondrp aux reproches non mérités des détracteurs 4^ l'école fqf^dée par nous. Ces élèves soutinrent lionprablempnt en langue française un examen devant l'Apadémie ^ médecine de Paris ( 1 ) ; ils ont reçu plus tar4 Ip grade de docteurs dans la Faculté de la capitale.

{i) ypir le çopapte-readu d^ 1^55.

DES ÉGYPTIENS. 4i5

Les luUcs que j'eus à soutenir, les obstacles que j'eus à surmonter pour fonder l'enseignement mé- 4ical pn Egypte, n'ont pas été, certainement, les seules luttes qu'il m'a fallu engager, les seuls o)^star clés que j'ai d\i vaincre. Le lecteur le compren4ra fi^pilemept, il lui serait fastidieux que je les énunïé* rasse; je rappellerai seulement que, pour rpener ippu entreprise à An, il m'^ fallu plus que de l'activité ^ de la persévérance et du dévouement ! Je ne s^^is si p'est l'envie ou le fanatisme qui mit dans les main^ d'un élève le fer assassin dont je fus frappé à {.rois epdroits, dsfns l'amphithéâtre même 4^ l' école, ^^ moment où je faisais une leçon de chirurgie. Je 4P" clare que je ne dus la vie qu'à l'intervention des assistants qui désarmèrent ce misérable.

Je dois dire ici quelques mots des disposjtipfis et du caractère des élèves auxquels nous avpQs eu à faire.

C'est aprps ayqir bjep étudié les Araires , et bien reconnu qu'ils étaient essenUellement indolents e|t ^rtement enclins à l'ipsubordinatiop , qi^e je crus pouvoir ^opter et éti^blir upe discipline sévère; d'entant plus que quelqiies mqis d'^xpépi^ncg fp'^r vaipnt déjà prouvé qu'avec la douceur $eule je r|,e pourrais rien obtenir.

J'ai souvent été blâmé de cette rigueur, ipais eU^ était $i impérieusement réclamée par l'état moral 4^§ Égyptiens , qne peux qui §'y étaient le plus opppsi^ç dans le principe , finirent pi^r en recppnaitre la x^r cessité, et sont aujourd'hui bien convaincus que leç mioeurs 4^s nations eurppépnnes np peu«^e^t i^tre

410 5I.\LAI»E$ ET MKDECIiNK

adoptées qu'inscnsibleinont chez un peuple dont la civilisation commence à peine. Aussi me suis-je relâché de cette rigueur a mesure que les élèves ont acquis plus de connaissances, et ont mieux senti la dignité de Thomme et de leur condition.

En général , les Arabes sont doués de beaucoup d'intelligence et d'une mémoire très-heureuse, mais ils sont extraordinairement portés aux idées merveilleuses, et singulièrement attachés à leurs "préjugés. Il a été assez difficile de leur faire abandonner, par exemple , les théories et les systèmes astronomiques et médicaux des anciens. Ils professent une très-grande admiration pour Aristote.

Les Arabes sont susceptibles de beaucoup d'émulation, ils aiment la gloire et s'enthousiasment avec facilité. J'ai profité de ces dispositions, et j'ai excité chez eux ces sentiments, en faisant établir, dans l'école, des classes, des grades et des insignes. Le succès a parfaitement répondu à mon attente. Dans les examens, les concours, les élèves font des efforts incroyables pour mériter de l'avan-r cément. Un jour, un élève qui n'avait pu obtenir le grade de sous-aide pour lequel il venait de concourir, s'écria devant l'assemblée, « que la mort était préférable à un pareil affront, et qu'il voulait sortir de l'école. » Ceux au contraire qui sont couronnés manifestent la plus grande joie, et sont embrassés, complimentés, fêtés par leurs parents et leurs amis.

Il est de mon devoir de rendre ici à mes collabo*

rateurs le tribut d'éloges dont les succès de l'école d'Abouzabel les rend dignes. Dans l'organisation de cette école, je me suis toujours aidé de leurs lumières. J'avais appelé dans le principe au professorat les hommes les plus distingués parmi ceux qui se trouvaient en Egypte. Nous avons demandé ensuite à l'Europe les spécialités que nous n'avions pas sur lés lieux. En remplissant la fonction qui lui avait été assignée dans l'œuvre commune, chacun a bien mérité de la science et de la civilisation. Je crois n'être que juste en mentionnant les noms de ceux de mes confrères auxquels l'école égyptienne doit le plus. Je citerai , parmi ceux qui ont contribué à la formation de l'école, d'abord M. Gaëtani , médecin espagnol, élève distingué de Vacca, devenu plus tard membre du conseil-général de santé, médecin particulier du vice-roi et élevé à la dignité de bey, il y a deux ans; M. Duvigneau, de la Faculté de Paris, à qui son solide talent a valu plus tard d'être mis à la tête de l'école; MM. Celesia et Figari, qui jouissent en Italie d'une réputation méritée, et MM. Bernard et Barthélémy, que leurs lumières et leurs honorables antécédents rendaient éminemment aptes aux fonctions dont ils furent chargés. Dans la suite, l'établissement a joui des services de MM. Pruner, jeune médecin bavarois de très-grand mérite, Fisher, autre médecin bavarois, Perron, chimiste remarquable de l'école de Paris, Pachtod, Seisson. On voit que j'ai recherché les hommes de mérite, et que je les ai appelés, à quelque nation qu'ils appartinssent.

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