‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 8 sur 110 · MUSIQUE · texte numérisé non relu

MUSIQUE

Musique arabe. ^ BisposHions des Égyptiens pout la ttiullqilt. — Leurs instruments de musique. — Gtianteurs égyptiens. — Introductioa de la musique européenne dans les régiments.

62. Musique arabe. — Les Égyptiens aîment beaucoup la musique ; mais ils regardent comme indigne d'un homme sérieux de consacrer une partie de son temps à l'étudier. Le prophète d'ailleurs l'a condamnée ; néanmoins» leur goût naturel l'emporte, et tous, hommes^ femmes et enfants, se plaisent i égayer par 1q chant leurs loisirs ou leurs travaux. On fait même chanter le Coran dans les écoles.

On sait que les Arabes ont reçu et augmenté l'héritage musical que les anciens ont laissé. Ils ont même conservé à l'art le nom que les Grecs lui donnaient; lis l'appellent encore mousicka y on pense qu'ils ont emprunté aux Indiens et aux Persans plusieurs de leurs expressions techniques; on a remarqué des similitudes frappantes entre quelques-uns des airs populaires de l'Egypte et ceux de l'Espagne, que les Maures ont si long-temps occupée; ce sont les Arabes qui ont inventé le tambour, c'est à eux que l'on doit les orgues,

La musique des Égyptiens actuels n'est plus qu'un art dégénéré, corrompu; elle se distingue par les

divisions et les subdivisions de la gamme , et par la notation, qui est toute différente de la nôtre, et dans laquelle le système des clés est inconnu. Les Arabes accusent notre division du ton d'être défectueuse , ils le décomposent , eux , en tiers , et quelques-uns en quarts. et en huitièmes. Ces intervalles sont si petits qu'il est diiScile à l'ouïe de les apprécier; des grada^tions aussi délicates rendent la musique égyptienne impossible à imiter aux gosiers européens , quoique les indigènes la saisissent très-facilement. En générait les Européens n'éprouvent qu'un sentiment pénible à entendre de la musique arabe ; cependant , le caractère mélancolique qui lui e$t propre, la sin^r plicité de ses mélodies , qui ne se composent , pour plusieurs lignes de chant, que d'iin trèîj-petit nombre de notes , lui donnent souvent une douceur qui n'est pas sans agrément, Quelle que soit d'ailleurs l'opinion qu'aient les Occidenlau^^ sur Iç charme ou la barbarie de la musique arabe, tpys reconnaissent ce qu'il y a de graye, dç majestueux, de solennel, dans les chants despoiue^czins, qui | souvent doué^ de vpix adn)irables^ psalmodiept lentement du haut des minarets l'appel à la prière. Quant aux Égyptiens, leurs chanteurs les émenvept profondément ; ils les encouraient par de fréquentes exclamations , et téjmorgnent leur approbation véhémente en répétait le mot d'iiUah, et $ Dieu t'approuve, pieu qonserre li^yoix, »

63. Dispositions des Égyptiens pour fa musique, *r Il parait quç^ dès l'antiqujitéf Ig^ %yptiens put moi^-

84 MOEURS ET USAGES DES MUSULMxVNS.

tré beaucoup de goût pour la musique; ils ont conserve jusqu'à ce jour leurs dispositions naturelles pour cet art. Ils ont l'instinct de la cadence et de la mesure; lorsque plusieurs hommes travaillent ensemble, ils doivent à cette aptitude de régler leurs mouvements avec précision et d'accélérer ainsi leur l)esogne. Dans tous les travaux qui démandent plusieurs bras et de l'ensemble dans l'exécution, ils obtiennent cet accord en chantant en chœur. Plusieurs métiçrs ont des airs particuliers affectés à ce but; il en est pour les bateliers, les puiseurs d'eau , etc. Et si l'on se souvient que d'anciens poètes (Eschyle, Martial, Ovide) ont parlé de la beauté des chants du Nil, on peut présumer que ceux que nous entendons encore sortir de la bouche des mariniers de ce fleuve sont les mêmes qui retentissaient sur ses rivages, il y a plusieurs milliers d'années. Les ulémas, à qui il ne convient pas de chanter des romances amoureuses, ont- aussi leurs chants particuliers plus dignes, plus graves, plus sévères.

64. Instruments de musique des Égyptiens. — Les Égyptiens ont un assez grand nombre d'instruments qui leur sont propres; ce sont, parmi les plus élémentaires , le tambour du pays {tebl heledy) , qui est. en cuivre et ressemble à un grand chaudron dont on couvrirait l'ouverture d'un parchemin ; des espèces de timbales {noukakir ),àoxïi on fait usage dans les processions; des cymbales {kas)j employées dans des circonstances semblables; des castagnettes de cuivre qui ont la forme de toutes petites cymbales ^

et du cliquetis desquelles les danseuses accompagnent leurs mouvements ; le far, espèce de tambour de basque; \e daraboukah , autre tambour qui est en général de forme conique et terminé par une espèce démanche creux par lequel on le tient, d'une main tandis qu'on frappe de l'autre sur la peau qui cou- \re la grande ouverture : on dirait un grand entonnoir. Le daraboukah est très-répandu , les Égyptiens en tirent des sons assez agréables, qu'ils combinent avec beaucoup d'originalité.

Les instruments à vent des Arabes sont une espèce de flûte nommée nay , le chalumeau, le haut-bois (zamir) et une sorte de flageolet à double pipeau , appelé zoumarahs aimé surtout des mariniers du Nil.

Le plus simple des instruments à corde est le monocorde {rehah)y c'est sur lui que les conteurs et les improvisateurs s'accompagnent. Le rebab est trèsv remarquable : c'est une espèce de basse sans caisse; les Égyptiens en tirent des sons mélodieux que l'on prendrait souvent pour des notes émises par la voix humaine : on en joue avec un archet. Les autres instruments de ce genre sont : le kemengeh, sorte de violon à deux cordes, composées chacune de plus de cinquante crins de cheval roulés ensem-^ ble, dont la caisse est faite avec les trois quarts d'une noix de coco, et percée de petits trous; la lyre éthiopienne {kissar)y qui ressemble au luth antique; une sorte de harpe dont on joue avec leplectrum, appelée canoun\ Voud^ guitare à sept cordes que l'on fait également vibrer avec le plectrum.

dd HttUHS EU tlSÂÛÊS 6Ëâ MUSULltÀNg.

65. Chanteurs égyptiens. — Les chanteurs de profbfôion sont appelés àlaly (au siûgutier) et nlaXyeh (au pluriel). Ils forment une Câste méprisée et de môeUrs dissolues. Lorsqu'on les l^it venir dans une maison privée , on leur paie environ trois ou quatre francs pour une nuit d^ exécution, et les invités ajoutent eux-mêmes leurs dons à ce salaire; on leur donne aussi de l'eau-de-vie et des liqueurs qu'ils boivent quelquefois jusqu'à ce qu'ils tombent dans une ivresse complète.

Les Égyptiens ont des {[Cantatrices nommées muatem et au singulier aïmée (1); mot que les Européens ont appliqué improprement à toutes les danseuses. Les Égyptiens estiinent beaucoup le talent des doualems; les femmes riches les font venir dans leurs harems où elles chantent en s'accompagnant du tar ou du daràbouka , tandis que le mettre de là maison et ses convives se rendent dans la cour, pour écouter leurs accents. Les aoualems de mérite sont très-bien payées.

Le chant des aimées est en général glapissant et monotone; on ne trouve dans leur voix rien qui ressemble à la fraîcheur , à la pureté , à la sonorité de celles de nos cantatrices.

Parmi les chanteurs, il en est qui ont des voix assez belles; les hautes sont les plus communes. Ils aiment les sons aigUs; se gonflent et font des ciTorts extraordinaires pour soutenir, pendant très-long-

(i) Mmie signifie femme lettrée.

temps des notes élevées. Ils sont curieux à voir dans cet état , la tète inclinée , les deux mains aux oreilles qu'elles entourent en forme de conque , et s' égosillant de toutes leurs forces.

66. Introduction de la musique européenne dans les régiments. — Lorsque l'armée égyptienne eut été formée, le gouvernement, sachant qu'en Europe chaque régiment avait une musique militaire, voulut se mettre, sous ce rapport comme sous tous les autres, au niveau de l'Occident; il fit donc venir en Egypte une compagnie de musiciens français , à la tête desquels fût placé un habile compositeur espagnol , et forma à Kankah, où se trouvait le camp d'instruction et l'état-major , un conservatoire de musique. Deux cenlsélèvesy furent réunis; ils apprirent notre musique vocale, et à jouer de nos instruments. De même que l'on avait adopté les batteries de nos tambours, de même on nous emprunta nos airs guerriers; mais j'avoue que quel que fût le plaisir que j'éprouvais à entendre résonner nos marches et retentir les accents de nos hymnes nationaux , dans les lieux même ou, trente ans auparavant, ils avaient conduit à la victoire nos héroïques brigades, je n'approuvai pas au fond le nouvel emprunt que nous faisait l'Egypte. Notre musique n'exerce aucune influence sur les Aral>es; la Marseillaise, elle-même, qu'ils remarquent seulement parce qu'ils l'appellent la chanson de Bonaparte, ne fait rien vibrer dans leurs âmes: en imposant aux Arabes nos instruments et nos airs, on manqua donc entièrement le but naturel des musi-

quesde régimehls. Lorsqu'on les a créées en Europe, on a voulu agir sur les soldats par un puissant moteur d'enthousiasme; sans doute la musique est une langue, une langue éloquente qui produit d'immenses effets sur les masses ; mais en forçant les Arabes à exécuter et à entendre nos airs, on a commis la même faute que si l'on voulait émouvoir un peuple en lui faisant apprendre et répéter de sublimes paroles dans un idiome qu'il ne comprendrait pas. Aussi les Égyptiens, qui s'évanouissent presque de plaisir en écoutant les monotones cantilènes de leurs alatyeh, bien loin d'être exaltés par les. orchestres militaires, n'éprouvent à leur jeu que de l'ennui, que du malaise; parmi les instruments qui concourent à ce qu'ils appelleraient volontiers une cacophonie, la grosse caisse seule trouverait peut-être grâce à leurs yeux. Il eut été plus raisonnable d'appeler en Egypte des artistes de talent qui auraient pu saisir et s'approprier le génie de la musique arabe, et qui auraient combiné une orchestration spéciale dans laquelle les instruments nationaux auraient trouvé place. Par là on serait sans doute parvenu à exercer une influence musicale réelle sur les troupes égyptiennes.

Du reste, comme on le pense bien , notre musique ne peut pas être bien rendue par des hommes qu' elle laisse tout au moins indifférents. Le conservatoire de Kankah, qui fournissait des sujets capables, a été supprimé. On a placé dans chaque régiment un maître de musique européen; mais il lui est impossible de posséder assez bien la théorie et la pra-

tique de tous les .instruments pour les enseigner; aussi le^ musiques militaires sont-elles loin d'être au niveau de celles de T Europe, et lorsque les Arabes seront livrés à eux-mêmes elles dégénéreront infailli* blement.

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