‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 87 sur 110 · SITUATION DE L'EGYPTE ENVERS L'EUROPE · texte numérisé non relu

SITUATION DE L'EGYPTE ENVERS L'EUROPE

Après avoir exix)sé rapidement ce qu'est l*Égypte , ce qu'elle est devenue sous la main de Méhémet-Ali, et ce qu'elle promet d'ôtre dans l'avenir, il me seaible qu'il convient d'examiner dans quels termes sa situation nouvelle la place envers l'Europe.

Cette question est délicate parce qu'elle touche à des intérêts politiques divers ; mais je ne veux pas l'envisager du point de vue éphémère et variable sous lequel elle se présente à ces intérêts ; je veux la voir en elle-même , en me plaçant uniquement au point de vue des intérêts généraux de l'humanité ; c'est celui qu'adopte la postérité impartiale pour juger les événements historiques; c'est de là qu'elle fait planer sur les événements , sur les révolutions , ses arrêts sans appel.

L'Egypte, la Syrie, l'Arabie, leSennâr sont, par leur position géographique, complètement séparés du groupe des provinces asiatiques et européennes ,

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dont Conslantinople est le centre naturel et qui forment la Turquie. Au nord du Taurus, les Turcs; au. midi, les Arabes. La scission est encore plus prononcée sous le rapport des races, des mœurs et de9 langues des peuples qui habitent ces contrées. 11 y a d'ailleurs, dans le cœur des Arabes, une profonde antipathie contre la domination des Osmanlis.

En jetant un coup-d'œil rapide sur F histoire, on voit que ces provinces, toutes les fois que Tune d'elles a joui de quelque puissance, ont formé, réunies ^ un empire indépendant. Il en a été ainsi , pour la dernière fois, sous les califes.

En réalité, Tempire turc n'a jamais possédé ni J' Egypte ni la Syrie. On sait que ce fut au xvi*' siècle que Sélim P' les soumit. Mais dès qu'il s'en fut éloigné , la Porte n'exerça plus sur elles de vrai pouvoir. Nous en avons fourni la preuve pour TÉgypte, en parlant de Tespéce de constitution que Sélim lui donna, constitution qui rendait illusoire l'aotorité de la Porte. Le sultan n'avait pas plus d'influence sur l'Egypte que sur les États barbaresques. Quant à la Syrie, n' était-elle pas indépendante à peu près, elle aussi? La puissance du sultan ne venait-elle pas s'y briser vainement contre celle de pachas , tels que le Djezzar et Abdallah ? L'Arabie était au pouvoir des imans et du chérif de la Mecque. Elle était sans cesse déchirée par des guerres. Le pèlerinage ne pouvait s'eflectuer qu'en payant d'énormes rançons, et encore fallait-il que la Porte tint à la disposition' des caravanes des escortes considérables. Le Sennâr n'avait

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jdmais appartenu aux musulmans avant Méhémet- Ali.

Tous ces pays étaient livrés à Fanarchie la pluflf absolue. Chaque année, les paehas y étaient renversés, expulsés, massacrés : aucune espèce de scienoe ou d'art n'y fleurissait, l'agriculture y était aban-^ donnée, le commerce qui vit d'ordre y dépérissait tshaque jour. Les malheureux cbrétiensqui végétaient dan$ ces contrées étaient tombés au derliier d^ré dé l'abjection , et avaient à subir toutes les avanies dont il plaisait à leurs fanatiques oppresseurs de les abreu^ ver. Le caractère des consuls européens était méprisé; quelquefois on ne respectait pas même leur ▼ie. Agents déguisés , souvent il ne leur était pas per«mis de se revêtir de leurs insignes ni de leur habit -fiational. Avant que Méhémet-Ali se fût emparé de Damas^ la puissante Angleterre n'avait pas pu y fair^e admettre un consul. En Egypte, nous l'avons déjà dit , des bandes de brigands Bédouins infestaient le désert entre la mer Rouge et la vallée du Nil. On ne pouvait pénétrer jusqu'aux Oasis, arriver jusqu'à la première cataracte, bien plus, aller visiter sans escorte les Pyramides. 11 suffit de lire Y Itinéraire de Chateaubriand ou les récits de quelques voyageurs , pour voir à quel horrible désordre la Syrie était ea proie. Personne n'était admis à visiter les saints-lieux, sans payer au fameux Abogosh un tribut honteux y le dazzio del poreo. Il n'était pas permis de parcourir les rues à cheval; les irmans de la Porte n'obtenaient aucun crédit. Que de voyageurs ont péri sous le règne

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àe ce régime barbare ! Les indigènes, au reste , n'é-^ (aient pas plus heureux que les étrangers. Les Arti*^ bes Hanezé, les Kurdes yenaient enlever aux pays&ns teuré récoltes» ^ aùt paiteurs leurs troupeaux i aussi ne cuhivait-on presque plus. La plus graiide partie des terrains était abandonnée. Les dissensions intes* tinés seifnblaient éternelles. Plusieurs émirs , espèce de tyrans féodaux, guerroyaient sans cesse entre eux/ èi se mettaient souvent en révolte contre les paehas impuissants.

Les personnes qui auront présent à leur mémoire ie tableau énergique que Volney à tracé de l'état misérable Où se trouvaient de son temps T Egypte et la Syrie, comprendront combien les lignes qui précèdent sont loin d'être exagérées. Je pourrais remplir de âombreuses pages de citations qui feraient ressortir, par la peinture des effets des administrations qui ont précédé Méhémet-Ali , les avantages qu'il a procurés aux pays qu'il gouverne; je ne saurais me refuser néanmoins à transcrire le passage suivant du voyage de Volney :

« Tout ce que l'on voit ou que l'on entend (eii Egypte) annonce que Fon est dans le pays de l'esclavage et de la tyrannie. On ne parle que de troubles civils , que de misère publique , que d'extorsions d'argent , que de bastonnades et de meurtres. Nulle sûreté pour la vre ou la propriété ; on verse le sang* d'un homme comme celui d'un bœuf. La justice même le verse sans formalité. L^officier de nuît, dans ses rondes, l'oiBcier de jour ^ dans ses tournées , ju-

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gent, condamoent et font exécuter en un clin d'œi| et sans appel. Des bourreaux les accompagnent, et, au premier ordre, la tète d'un malbeurçux tombe dans le sac de cuir. Encore si Tapparence seule du. délit exposait au danger de la peine ! Mais souvent,, sans autre motif que l'avidité d'un bomme puissant et la délation d'un ennemi, on cite devant un bey un bomme soupçonné d'avoir de l'argent ; on exige de lui une somme , et s'il la dénie , on le renverse sur le dos, on lui donne deux et trois cenls coups de bâton sur la plante des pieds, et quelquefois on l'assomme. Malbeur à qui est soupçonné d'avoir de l'aisance, cent espions sont toujours prêts à le dénoncer. Ce n'est que par les debors de la pauvreté qu'il peut écbapper aux rapines do la puissance, f

Telle était l'Egypte sous les Mamelouks. La Syrie était tout aussi malheureuse sous ses pachas ; qu'on en juge par la citation suivante , que j'emprunte à V Itinéraire de notre grand écrivain , M. de Chateaubriand :

« Jérusalem est donc livrée à on gouverneur presqu' indépendant ; il peut faire impunément le mal qu'il lui plaît, sauf à en compter ensuite avec le pacha. On sait que tout supérieur, en Turquie, a le droit de déléguer ses pouvoirs à un inférieur , et ses pouvoirs s'étendent toujours sur la propriété et la vie. Pour quelques bourses, un janissaire devient un petit aga, et cet aga, selon son bon plaisir, peut vous tuer ou vous permettre de racheter votre tête» Les bourreaux se multiplient ainsi, dans tous les viU

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