‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 89 sur 110 · SITUATION DE L EGYPTE · texte numérisé non relu

SITUATION DE L EGYPTE

une famille, et bientôt il ne reste plus que le ciibcitière pour indiquer le lieu où le village était. »

Est'Ce là Tétat de choses, que l'on veut voir revenir en Egypte et en Syrie ?

.La Porte aurait-elle pu parvenir à rétablir Tordre dans ces pays? Mais, depuis deux cents ans, pourquoi ne Tavait-elle pas tenté? Qui croira d'ailleurs qu'elle en fût venue à bout, lorsqu'on la voit dans l'impuissance de pacifier les provinces qu'elle a sous la iii'iin, l'Albanie, par exemple : sous elle, l'Egypte et la Syrie seraient restées éterHellenient en proie à l'anarchie qui serait toujours allée en empirant. Il fallait , pour l'anéantir, pour la faire fuir devant rprdre et la sécurité, un homme énergique qui eût sa puissance concentrée et enracinée sur les lieux mêmes,

. Du reste, que rapportaient au gouvernement turc l'Egypte et la Syrie? Les tributs lui étaient-ils^ exactement payés? H tire aujourd'hui de Mébémet-AU, avec une régularité constante, vingt fois plus qu'il ne recevait de ses prédécesseurs.

Les gouvernements européens avaient-ils quelque avantage à voir durer l'état de choses que le vice^roî a remplacé? Nous avons vu que cet étal de chose$ con)promettdit la vie, la fortune de leurs sujets e( leurs relations commerciales, soumises à mille

chances périlleuses et diminuant sans cesse.

Ne pourrait-on pas dire de la puissance fondée par le vice*roi, que si elle n'existait pas, il faudrait la créer. Il faudrait la créer aussi bien dans l'intérêt de

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la Porte que dans Fintérèt de l'Europe. Méhémet* Ali, en effet, a travaillé réellement pour la Porte, N'a-t-il pas organisé une force musulmane dans des provinces qui n'appartiendraient probablement plus aux sultans, s'il ne les eût réunies à son autorité vigou* reuse? Méhémet-Àli a donc été un puissant auxiliaire du gouvernement turc , et c'est bien parce que, dans son vaste génie, il comprenait la faiblesse de la Porte et son insuffisance à contenir toute seule les éléments musulmans qui se dissolvaient, qu'il a pris son œuvre si fort à cœur. Il a sauvé à sa manière, et sa manière est la bonne, l'unité et l'intégrité de l'empire. Cette grande, cette patriotique, cette généreuse pensée se révèle bien aujourd'hui où nous le voyons demander seulement l'hérédité de ses possessions , rien de plus , rien de moins. Rien de plus, parce qu'il ne veut pas briser l'unité de l'empire; rien de moins, parce qu'il veut conserver, par l'hérédité de la vice-royauté, le nerf de l'autorité qu'il, a fondée ; etqu'avec cette haute vue politique, il peut concilier un sentiment bien légitime, l'amour de sa, famille, dans laquelle il veut à juste titre perpétuer la jouissance de la position qu'il a conquise.

L'Egypte sera toujours pour la Porte la meilleure des alliées ; leurs intérêts comme leur religion sont identiques. Il est évident que l'Egypte préférera tou- . jours le patronage de Constantinople à celui d'une puissance qui pourrait lui faire sentir le poids de son. influence. 11 est évident qu'au besoin les forces ma-,

ritimes et militaires de l'Egypte seroat plus facile- .

aiA SITUATION DE L'ÉGlrl»TE

ment et à moins de risques à la disposition du ÈixU tan y que celles d'une nation chrétienne.

Je demande ce que lés gouTcrnements européairt peuvent , dans leur intérêt propre , désirer de plus? Ils veulent T intégrité et la force de l'empire ottoman i La puissance de Méliémet-Ali conserve son intégrité et le fortiQe. Ils veulent que l'équilibre soit solidement a^sis en Orient. Il y a en Egypte une barrière qui s'est élevée d'elle-même et qui arrête toutes les ambitions étrangères. Les puissances profitent dès avantagés que l'œuvre de Méhémet-Ali a produits; L'Angleterre a, parla mer Rôuge, la routé de l'Inde ouverte et libre. Des milliers de chameaux sont mis à sa disposition pour transporter à bas prix , de Sue« ait Caire , ses voyageurs et tes marchandises. Les autres natioiis sont admises à jouir des bénéfice que TÉgyJpte et la S^rié ôfflhettt ali commerce j et de la sécurité que le vice-roi a procurée aUx échanges, siux transactions 9 aux voyages. La seule chose que lès J>uis8slnces aient à feire est donc de protéger les efforts dtivlcé-roi, de l'aider à relever complètement lès pays qui lui sont sotimis ; en un mot, de coiisa-* crer son exîstéface.

Là question qui à'agite , étant posée dans ces termes , ne pleut être résolue que dans un sens favorable à Méhémet-Ali. Qui oserait, en effet, au mépris de toutes les idées généreuses , au mépris même des intérêts les plus évidents , vouloir foire rétrograder la civilisation égy^^tienhe ? Mettre dans les maiiis de pathdii iNSt^cableâ , iAné racines dans le pays , tôni

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connaissance des hommes ni des choses de T Egypte, une puissance qui n'a été fondée que par un homme^ et ne pourra être maintenue que par une dynastie qui se sont identifiés avec les contrées sur lesquelles elle s'exerce, c'est se déclarer en faveur de la barba* rie contre le progrès. Marchander à Méhéraet-Ali len concessions qu'il réclame, c'est vouloir détruire sA force, c'est encore agir en faveur de la barbarie. Exposer à la mort les germes de civilisation qui viennent de s'enraciner en Egypte, c'est rappeler l'anarchie que Méhémet-Ali en a chassée; et quelé que soient les intérêts divers qui dirigent le$ pul^* sances entre les mains desquelles est placé le sort de l'Orient, je n'en sais aucune qui osât avouer de pâ* reils desseins.

Qu'on se représente par la pensée Tétat de choséÉ qui suivrait immédiatement le renversement de Méhémet-Âli ou de sa dynastie. Ce funeste événement serait le signal d'une dissolution générale^ d'un vrai cataclysme politique. L^anarchle envahirait 8Ur«lé«^ champ toutes les parties de cet empire qu'une auto^ rite vigoureuse iie retiendrait plus sous sa dottiltia'' tion tùtélaire. Toutes les ambitions, tous les intéfèts, toutes les passions déchaînées s'en disputeraient à l'envi les tambéatix. Là, ce serait le Setinâr, retètiti aujourd'hui dans la soumission par une polgtiéd d'hotnmes et rascetidàttt d*un grand âom, ûôûi lé gouverneur pourrait proclamer impunément Tindé^ pendànce; ici, l'Arabie^ dont les ihdotnptables trtbus, qui frémissent même sous l'autorité de Méhémet-Âlf,

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relèveraient, avec toute Icnergie d'un ranalisnio long-temps comprime , le drapeau de la secte waha-» byle, horreur des musulmans orthodoxes; la Syrie, autrefois morcelée en six pachaliks, autreibis à I;^ merci de ses montagnards belliqueux , de ses Bé* douins déprédateurs , verrait tout-à-coup ses montagnes et SCS déserts lancer contre elle leurs hôtes barbares , et deviendrait de nouveau la proie do leurs brigandages, le théâtre de leurs guerres sans un. En Egypte, les grands établissements scienlifi* ques et philanthropiques seraient détruits^ le mouvc* ment civilisateur arrêté pour des siècles peut-être. Partout une réaction violente emporterait les Européens couverts d'honneur par Méhémet-Ali ; partout les chrétiens paieraient cher T audace de leur émancipation.

Que gagnerait à ce bouleversement la Porte ellemême? Pécuniairement, elle perdrait, c'est évident; comment, au milieu de tout ce désordre, pourraitelle recueillir en tributs Féquivalent de celui que le vice-roi lui paie aujourd'hui? Sous le rapport politique, elle perdrait également, car à ses embarras actuels s'ajouteraient des embarras bien plus inextri* cables encore. De deux choses l'une : ou elle voudrait avoir sur les possessions de Méhémet-Ali l'autorité illimitée que celui-ci exerce sur elles , ou elle se contenterait d'une vaine suzeraineté. Dans le dernier cas, à quoi lui aurait servi de renverser le vice-roi? Dans le premier, pour réfréner les mauvaises passions , pour réprimer les désordres qu'elle aurait

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encouragés, il lui faudrait envoyer et entretenir dans de lointaines provinces des armées dont la présence est d'une utilité vitale aux environs de sa capitale. Ainsi , en éparpillant ses forces aux extrémités , elle affaiblirait d'autant le cœur de l'empire ; mais probablement, même à ce prix, elle n'obtiendrait pas la soumission de la Syrie, de l'Arabie et de l'Egypte. — Voyez ce qui est arrivé pour Tripoli. — Tripoli était autrefois une régence héréditaire ; le sultan en a fait un pachalik. Elle se consume depuis lors peu à peu dans d'interminables dissensions intestines. La souveraineté prétendue que la Porte exerce sur cette province , désastreuse pour le pays , est sans bénéfice pour elle-même. Depuis trois ans , elle y a envoyé quatre pachas, et ces mandataires du sultan, emprisonnés dans Tripoli , voient chaque jour l'autorité de leur maître impunément insultée dans leur personne. — Je ne poserai pas la question : Que gagneraient les puissances à la chute du vice -roi? car il serait odieux de supposer qu'un gouvernement européen quelconque pût exploiter à son profit les échecs de la civilisation. Qui gagnerait donc au renversement de la dynastie égyptienne ? La barbarie , rien que la barbarie.

On ne conçoit vraiment pas , quand on se livre à ces considérations , dont la justesse ne peut être contredite , que l'existence politique de Méhémet-Ali tarde plus long-temps à être placée sous la sauvegarde de l'Europe.

Que l'hérédité lui soit donc promptement accor-

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dée» que la position du vassal à T égard du souve-i* raio soit nettement définie et solidement as^isa» que l*on permette ainsi aux pays qu'il gouverne de développer toutes leurs ressources, de satisfaire à tous leurs besoins , de gagner , au profit de Tagri* culture , les bras oceopés aujourd'hui par les arme^ monts eKtraordinaires que la nécessité force Méhé^ inet*Ali à maintenir ; que les puissances exercent enfin leur patronage , et elles auront bien mérité d^ la civiiisatbn»

Pour moi , je pense que les prétentions du vice^ roi sont au-dessous de celles qu'il aurait pu mani* lester. 11 aurait pu , ralliant autour de lui toutes les provinces ottomanes qui parlent arabe , réela-^ mer l'indépendance absolue» L'idée de la formation d'un empire arabe n'est pas chimérique, comna? quelques personnes ont voulu le prétendre. Cette idée , d'ailleurs , a la sanction de Napoléon ; à défaut d'autres , celle-là suffirait amplement à lui donner de la valeur. Ce grand homme , qui a porté sur toutes choses des jugements qui étonnent par leur profonde sagacité et leur admirable précision , dictait à Sainte-Hélène les lignes suivantes au général Gourgaud :

« Depuis la décadence de l'empire ottoman, la Porte a fait des expéditions contre les Mamelouks ; mais ceux-ci ont toujours fini par avoir le dessus , et ces guerres se sont terminées par un arrange^ment qui laissait le pouvoir aux Mamelouks, avec quelques modifications passagères. En lisant avec

aUenlion V^isloire des événements gui ^e sont passés en Egypte cfppuis deux cent^^ans^ ii^ est oéhontrî que, si le pouvoir y au lieu d'être confié à i^QQQ Mor meloukSji teût été à m pacha qui ^ comme celui d'Ah banifi I se fiU recruté dans le pays même , F empira arabe s composé (ïune nation tout-àfait distincte y qui a son esprit, ses préjugés , son histoire et son lang^gp à parts qui om)ira$6e TÉgypte, T Arabie et une partie de r Afrique, fût devepu indépendant comme ci^Iu^ de Maroc (!)• n

Je ne crois pas que jamaisi prévisipn politique ait aussi sûrement prouvé rinfaillibilité du génie que celle que je viens de citer. Napoléon meurt en 1821; en 1823 et 24 , un pa^ha qui a conquis en Egypte le pouvoir sur les Mamelouks organise une armée régulière, il la recrute dans le pays même, et, quelques années plus tard, il dicte des conditions à la Porte , il fonde l'empire arabe , et il est maître de proclamer et de Soutenir par les armes son indé^ pendance.

Napoléon comprenait aussi la Syrie dans l'empire arabe, quoique le paragraphe cité n'en fasse pas mention. Dans une note sur son expédition de Syrie, il ajoute : « Les provinces de Tempire ottoman qpi parlent arabe appelaient de leurs vœux un grand changement, et attendaient un homme (2). »

Depuis lors, presque tous ceux qui ont vu TOrient et qui ont médité et écrit sur sa situation n'ont-ils

(1) Mémoires de Napoléon, tom. i, pag. 228. (â) /difii., ihid., pag. 501.

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bris en augmente encore la valeur et présente un attrait de plusâ iS^carlosité. On sait que, deux niille ans avant notre ère , la plupart des colossaux monuments qui couvrent TÉgyple étaient déjà construits; on sait que TÉgypte a donné , pour me servir de l'expression de Tillustre Fourier , un caractère sublime à son arcliitecture, dont les proportions grandioses frappent à la fois de stupeur et d'admiration. Le grandiose est leur qualité spéciale; le triomphe des efforts de l'homme sur l'étendue , sur les forces de la matière , est le grand fait qui ressort à leur vue. Certes , ce n'est pas le lieu dans ce livre de parler longuement de ces monuments dont une étude approfondie a suffi à remplir la vie de plusieurs savants et a nécessité de nombreux volumes ; mais je ne puis néanmoins passer sous un silence absolu l'un des côtés les plus intéressants de l'Egypte. Pour adapter ce sujet à l'étendue de cet ouvrage , voici donc le plan que je me propose de suivre j je veux, me bornant au* antiquités que l'on rencontre jusqu'à la première cataracte, c'est-à-dire dans 1'^gyple proprement dite, indiquer, en remontant depuis Alexandrie jusqu'à l'île de Philœ, les principaux lieux où elles se trouvent. Je pense qu'ainsi conçu ce chapitre pourra être de quelque utilité aux voya-» geurs et leur servir en quelque sorte de guide.

2. U architecture égyptienne en général. — On sait que les principaux matériaux dont se servaient les anciens Égyptiens sont le calcaire, le grès rouge, et le granit. On sait aussi dans quelles dimensions

HONUIfENTS ET EUINBS. 533

énoripes Us employaient les blocs que leur fournie saient leurs carrières, et quelle prôfuiioh ils faisaient des monolithes. Ils ont eu des obélisques de cent pieds de hauteur, des statues de cinquante-ôinq et de soiiante-dix pieds de proportion. Peut-être faut-il attribuer à la facilité que leurs moyens mécaniques leur donnaient d'avoir ces grands blocs, Tabsencedu système des voûtes que Ton remtirque dans leur aPfchitecture. Leurs plates-formes et leurs plafonds, d'une vfl^te surface, $t formés de ces énormes pièces de pierre, ont pu être établis sans le secours de voûtes ) soutenus seulement par de fortes colonnes. Sans doute s'ils n'avaient eu à leur disposition que des matériau]^ de petites dimensions , et qu'ils euesent voulu néanmoins unir dans leurs édifices la grandeur à la solidité ^ la nécessité les eût forcés à découvrir et à employer le système des voûtes. Cependant on a reconnu des voûtes à voussoirs dans quelques constructions de la Haute-Egypte , et on a découvert sur les bords du Nil des quais à voûte horizontale, dont la concavité tournée du côté de l'eaii oppose une inébranlable résistance à la poussée dés terres. Il est donc probable qu'il eût fallu peu d'efforts d'invention aux Égyptiens pour employer la voûte dans leurs constructions. — Du reste , certaines parties de rarchitecture égyptienne se ressentent nécessairement de l'absence des voûtes; ainsi les colonnes de l'Egypte, répandues en très-grand nombre dans les édifices, présentent un caractère particulier ; elles diminuent d'une manière anifcMPOie

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de la base au chapiteau ; c'est une condition de solidité dont la durée des monuments a prouvé Tim*^ portance. Une chose bien remarquable dans ces mouumetils , c'est l'immense quantité de sculptures et d'ornements dont ils sont surchargés. Ainsi le mur de circonvallation d'un seul de ces temples est décoré de cinquante mille pieds carrés de sculptures symboliques ou religieuses. On est étonné du ciéFaut apparent de symétrie qui se trouve dans la disposition des colonnes : on dirait, à les voir, que les Égyptiens furent privés du sens précieux de la régularité.

Les principaux monuments que Ton rencontre en Egypte sont les temples, les palais, les nécropoles, les obélisques, les pyramides, les colosses, les autels monolithes.

3. Obélisques. — Les obélisques, les plus simples des monuments de l'architecture égyptienne, étaient placés ordinairement sur le front des temples et des palais. Ils n'étaient jamais isolés , mais accouplés , chacun occupant l'un des côtés de l'entrée principale. Us portaient des inscriptions annonçant la destination de l'édifice auquel ils avaient été annexés ; ils en faisaient en quelque sorte l'histoire, car on inscrivait sur leur surface les diverses réparations, les embellissements variés que ces édifices avaient reçus. On tirait ces beaux monolithes des carrières de granit rose de Syène. Leur forme est celle d'un tronc allongé de pyramide quadrangulaire , se terminant en une petite pyramide appelée pyramidion. Les plus anciennes de ces aiguilles aujourd'hui exi$-

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tantes remontent au dix-neuvième siècle avant notre ère. Un grand nombre d'obélisques ont été transportés dans diverses villes de l'Europe; Auguste en fit venir trois à Rome, et cette ville en contient aujourd'hui quatorze. On en trouve dans plusieurs villes d'Italie. Constantin en plaça à Gonstantinople. Paris admire sur la place de la Concorde l'un des deux qui figuraient devant le pilône du temple de Louqsor (4).

4. Pyramides. — On rencontre en Egypte un grand nombre de pyramides; les plus imporlantes sont celles de Giseh et de Sakkarah. Nous indique^ rons , en remontant le Nil , celles que l'on trouve dans le désert à peu de distance du fleuve. On a formé sur ces monuments beaucoup de conjectures. Les masses de ceux de Giseh sont tellement colossales qu^on a été jusqu'à croire qu'ils ne sortaient

(1) L'obélisque de la place de la Concorde a été donné à la France par Méhémet-Ali sous la restauration. M. le baron Taylor fut chargé de le demander au vice-roi. M. le. baron Taylor, cet homme d'esprit , de science et de goût éclairé , (|ui a recueilli pour la France de si belles moissons artistiques, ne pouvait manquer de réussir auprès de Méhémet-Ali. L'expédition du Louqsor et les travaux de ringénieur, M. Lcbas, chargé d'enlever le monolithe, ont occupé, depuis, l'attention publique. M. le baron Taylor venait pour la seconde fois en Egypte, lorsqu'il alla y demander l'obélis-. que. Il visita ensuite la Syrie. Nous devons à cet heureux voyage deux beaux volumes, où les mœurs^ les moimments, les paysages de la Syrie et de l'Egypte sont décrits avec une scrupuleuse exactitude, et reproduits par de magnifiques gravures. Cette publication de M. le baron T.iylor est une des plus importantes et des plus préT, cieuses qui aient été faites sur cette partie si intéressante de l'Orient.

pas de la main de Thomme. Sans nous arrêter à cette absurde opinion, nous rappellerons qu'il y a ou beaucoup de controverses sur la destin^ition des pyramides; quelques-uns ont cru qu'elles étaient des observatoires astronomiques, et ils proyaient trouver un argument en faveur de leur opinion dans Texaçittude avec laquelle leurs quatre fac0s soqt tournées vers les quatre points cardinaux. D'autres ont pensé que c'étaient des temples d'une espèce difTérénte où les prêtres cachaient les mystères les plus profonds de leurs initiations. Un écrivain a prétendu que la grande pyramide n'était qu'un immense réservoir pour les eaux du Nil. Ces hypothèses sont toutes plus ou moins invraisemblables; niais la plu$ gé<* néralement répandue eist celle qiii veut que les pyramides n'aient été que des tombeaux. On s^ trouvé, dans quelques-unes de ces pyramides, des sarcophages. — La forme pyramidale a été adoptée parce que c'est la plus solide. Elles sont construites en général en assises de pierre calcaire, et quelquesune^ en briques. L'extérieur en était couvert d'un revêtement plus ou moins poli. On a cru que les Égyptiens ont du , pour élever à de si grsiades hauteurs des masses aussi énormes de pierre i posséder des moyens mécaniques qui nous sont demeurés inconnus; mais il n'en est rien. C'est avec le nombre et la force des bras que tout a été fait. Nûu^ voyons dans les peintures et dans les sculptures des temples que les monolithes étaient transportés sur des traîneaux auxquels étaient attelés une immense quanlité

d'hommes. Il est probable que, pour porter ces pierres sur le haut des monuments, ils formaient des monticules en plans inclinés sur lesquels ils les fai-« saient glisser.

Voici comment Hérodote raconte la manière dont fut opéré le revêtement de la plus grande pyra* mide :

t D'après le procédé employé dans la constructiori de la pyramide, ses faces représentaient d'abord un es« calier en forme de gradins. Quand elle eût été achevée sur ce plan et qu'il fut question de la revêtir, on emr ploya , pour élever successivement les pierres qui devaient servir à ce revêtement, des machines faites en bois et d'une petite dimension. Une de ces machines enlevait la pierre du sol même et la transportait sur le premier rang de gradins. Lorsqu'elle y était parve-^ nue^ une autre la portait sur le second ^ et ainsi dd suite, soit qu41 y eût autant de machines que de rangs de gradins , soit que ce fût la même machine qui, facile à déplacer, servit au transport de toutes les pierres j comme l'un et l'autre m'ont été dit j je dois les rapporter. De cette manière, on commëhi^ par le revêtement de la partie supérieure , et Tôh continua de travailler en descendant pour finir à la partie inférieure qui touche le terrain. »

Lorsqu'on songe à l'origine des pyramides y aux moyens oppresseurs qui ont été employés pour é^U ger ces monuments de luxe, on ne peut se défehdre d'un sentiment d'horreur et de dégoût qiii est bieil juète, di le récit suivant d'Hérenlote est véridique.

A28 MONUM^iMS ET RtliN£;$.

« Clicops fit d'abord fermer les lemples et prohiba loule espèce de sacrifices ; ensuite il condamna les £g}'plicns indislinclement à des travaux public^. Les uns furent contraints à tailler des pierres dau^ les carrières de la chaîne Arabique , et à les traîner jusqu'au Nil; d'aulres, à recevoir ces pierres, qui traversaient le fleuve sur des barques , et à leis conduire, dans la montagne , du cote de la Libye. Cent luille hommes, relevés tous les trois mois, étaient çonlinuellement occupés à ces travaux ; et dix années, pendant lesquelles le peuple ne cessa d'êlre accablé de fatigues de tout genre, furent employées à faire ^ulement un chemin pour voiturer les pierres, ou:» vrage qui ne parait pas inférieur même à rélévalioq d^une pyramide. La longueur de cette chaussée était de 5 stades (256 toises), sa largeur de 10 orgyes ( 56 à 57 pieds ), et sa hauteur, dans la position où elle est le plus relevée, de huit orgyes (45 pieds et demi). Elle était recouverte en pierres polies ornées de divers dessins sculptés. Dix années furent^ donc employées à celte construction et à celle de plusieurs chambres souterraines, ménagées dans la colline où sont élevées les pyramides. Ces souterrains étaient destinés par ce roi à sa sépulture, qu'il avait placée dans une île formée par un canal tiré du fleuve. La construction de la pyramide qui porte son nom coûta vingt autres années de travaux.

» Chéops , pour subvenir à ces dépenses , en vint à de tels excès qu'il exigea que sa fille se prostituât et qu'elle lui procurât de cette manière autant d'ar-

gienl qu'elle le pourrait. On ne m'a pas dîl quelle somme elle ainassa par ce moyen d'après les ordres de son père; mais on m'a assuré que, ayafit formé le projet de laisser après elle un monument sous son propre nom , elle avait exigé que chacun de ceux avec qui elle avait eu commerce lui fit don d'une pierre propre à être employée dans les ouvrages qui s'exécutaienl alors , et qu'elle avait fait élever avec ces pierres la pyramide qui se trouve au milieu des trois , en face de la grande. Lés côtés de cette petite pyramide ont chacun un piètre et demi dé long (1).»

5. Antiquités d'Alexandrie. — Les monuments ou les ruines qu'on voit à Alexandrie sont : la colonne de Pompée, les aiguilles de Cléopàlre, les catacombes et l'hippodrome. La colonne, vulgairement connue sous le noiih de colonne de Pompée , est haute de. Ii4. pieds, l^ fût est un monolithe de 00-pieds de long sur 9 de diamètre. Celte colonne, surmontée d'un chapiteau d'ordre corinthien d'environ 10 pieds de haut, devrait être justement appelée colonne dé Dioclétien ; car il parait que'c'est cet empereur qui l'a érigée. Elle se trouve à quelques minutes de l'enceinte des Arabes , au sud de la ville , qu'elle domine majestueusement. Elle sert de signal aux vaisseaux qui arrivent.

Les deux aiguilles de Gléopâtre sont des obélisques de trois colonnes de caractères sur<^haque face. Les savants ne sont pas fixés sui* leur origine; les un^ . . . > « . ' - ■

(I) HÉKODOTB , ElJTERPB , CXXIV, CXXVI.

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