‹ Aperçu général sur l'Égypte (volume 2)Chapitre 117 sur 142 · L: oe · texte numérisé non relu

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musulmans sont nombreuses , ainsi que leurs fêtes, qu'ils célèbrent avec pompe. Les mosquées sont toujours extrêmement propres. Elles ne contiennent point de décorations. Elles ne renferment mi chaises ni bancs. Le sol y est couvert, en été, de nattes, en hiver, de tapis, sur lesquels les musulmans se tiennent assis sur les talons. On sait qu'ils déposent leurs chaussures avant d’entrer dans les mosquées. Leurs gestes, leurs regards y sont calmes et modestes, leur attitude est recueillie. Dans les plus grandes, on voit néanmoins, pendant une partie de la journée, des hommes qui causent ensemble, mangent, dorment, travaillent même. Quoique s’y livrant à de pareilles occupations, les musulmans ont pour leurs mosquées le plus grand respect. Avant l'expédition française, il en était plusieurs devant lesquelles il n’était pas permis aux chrétiens et aux juifs de passer à cheval. Bonaparte fit cesser cet usage, en opposant aux ulémas un argument sans réplique : « Si c'est par respect pour vos mosquées, leur dit-il, que vous ne laissez pas passer devant elles à cheval les membres des religions différentes de la vôtre, pourquoi ne vous astreignez-Vous pas, vous aussi, à cette loi? Est-il raisonnable d’exiger pour les objets de votre culte, et de la part des étrangers, des témoignages de vénération que vous ne leur donnez pas vous-mêmes ?» Aujourd'hui, la tolérance est arrivée à un tel point, que les Européens peuvent entrer sans danger dans les mosquées. Il est à regretter que plusieurs d’entre eux n'aient pas assez de déférence pour les préjugés du pays, et dédaignent de se soumettre à la tenue décente que réclame la destination de ces lieux.

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Ce qu'il y a d’intéressant surtout dans les mosquées, ce sont les fondations qui leur sont agrégées. Aux plus importantes sont annexées des espèces d’hôtelleries, des écoles publiques et des colléges appelés médressés, où l’on forme à l'étude de la religion ou des lois les imans et les muezzins pour le service du culte, les cadis et les naïbs pour la judicature.

Le nombre de ces temples est très-grand, trop grand même, en Égypte. On en compte quatre cents au Caire, dont le plus célèbre est celui d’'El-Azhar *. Ils sont tous anciens , et la plupart d’une très-belle architecture. On en construit très-peu aujourd’hui ; on ne fait plus de beaux édifices tels que ceux qu’élevaient les califes.

16. Nazirs , imans, cheiks , katifs, muezzins , cayyins. — Chaque mosquée est dirigée par un nazir, qui à la manutention des fonds qui lui sont alloués pour son entretien , ou des legs pieux qu’elle possède, et qui nomme les ministres de la religion, aussi bien que les serviteurs inférieurs. D’ordinaire deux imans sont employés à desservir la mosquée. Ils ont charge de prêcher ou de réciter , aux heures fixes, les cinq prières quotidiennes, appelées namaz. Au surplus, les ministres de l’islamisme ne forment pas un corps ab-

1 La mosquée d’El-Azhar est cumme la Sorbonne de l'Égypte; on y vient pour s'instruire, de tout l'Orient. La philosophie d’Aristote, les éléments de la langue arabe, l’interprélalion de l'histoire des califes y sont enseignés. On trouve dans l’intérieur de cet édifice des quartiers appelés roudes, vù logent les étudiants. Il y a celui des Syriens, celui des Persans, des Kurdes, des Nubiens, des Tures, des Indiens, des Moghrebins, des habitants de l'Hedjaz, ete. Tous sont entretenus aux frais de la mosquée.

solument distinct dans la société. Le caractère dont ils sont revêtus n’est pas ineffaçable comme celui des prêtres de la religion catholique. Renvoyés , en effet, par le nazir , ils perdent , avec leur place, leur titre d’imans. Ils se marient; et comme le salaire qu'ils gagnent au service de la mosquée est très-petit (1 piastre ou 95 c. par jour), ils pourvoient à leur entretien et à celui de leur famille en exerçant une profession, quelquefois un métier. Il en est qui sont droguistes ou parfumeurs ; quelques-uns maîtres d’école. Ceux qui n’ont pas d'occupation spéciale vont réciter le Coran , moyennant récompense , dans les maisons particulières. On les choisit principalement parmi les pauvres étudiants de la mosquée d’El-Azhar.

Les imans ne forment que la classe moyenne des ministres de la religion musulmane. Au-dessus d’eux se trouvent, dans la hiérarchie de ceux des ulémas qui sont chargés des fonctions religieuses, les cheïks, auxquels est spécialement dévolue la prédication du vendredi , et les katifs, qui disent, dans ce jour sacré , les cinq prières que les imans récitent pendant le reste de la semaine. Au-dessous de ceux-ci sont les #uezzins , qui, du haut des minarets , annoncent la prière, et les cayyins , serviteurs subalternes de la mosquée.

17. Ramazan. — Une pratique très-connue de nom en Europe est le jeùne du ramazan. Ce jeùne dure pendant un mois ; on ne voit pas dans son institution la valeur hygiénique du carême chrétien et juif, car il n’est pas affecté à une saison fixe ; il passe alternativement par les différents mois de l’année, et accomplit son évolution à travers toutes les saisons ,

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dans l’espace de trente-trois ans. Le ramazan n'est pas, comme on se le figure chez nous, un mois de bacchanales pour les musulmans; c’est un temps de jeüne sévère. Arrivé à l’âge de quatorze ans, chaque mahométan est astreint à le pratiquer. « Ce mois , dit le prophète , dans lequel le Coran est descendu du ciel pour être le guide, la lumière des hommes et la règle de leurs devoirs , est le temps destiné à l’abstinence. Le manger et le boire vous sont permis jusqu'à linstant où vous pourrez, à la clarté du jour, distinguer un fil blanc d'un fil noir. Accomplissez ensuite le jeûne jusqu’à la nuit. » Les prescriptions de la loi sont observées avec un scrupule au-dessus de toute expression. Bien peu de personnes se permettent de l'enfreindre , encore n’osent-elles le faire qu’en secret. L’abstinence n’est pas bornée seulement à la privation, pendant le jour , de toute boisson ou de tout aliment; on l’a poussée jusqu’à défendre de priser , de fumer ou de respirer les parfums. Les plus fervents n’avalent pas même leur salive. Les femmes enceintes ne sont pas soumises au jeûne. Le voyage, la maladie en dispensent aussi; mais, même dans ces conditions , il en est bien peu qui veuillent profiter de l’adoucissement que la religion fait en leur faveur à la rigueur du commandement sacré. Il est des dévots qui, faisant les voyages pénibles du désert, au milieu des plus fortes chaleurs, refusent une goutte d’eau à leur palais desséché et résistent à la soif la plus ardente. J'ai vu moi-même des malades altérés par la fièvre ne pas vouloir consentir à prendre des médicaments et trouver la mort dans observation fanalique du jeüne.

18. Le grand et le petit Baïram. — Le ramazan est suivi d’une fête qui dure trois jours, désignée sous le nom de petit Baïram. Pendant cette fête, l’austérité du mois de carême fait place , chez les musulmans , à l'effusion de joie la plus vive. Dans ces trois jours de bonheur , les musulmans se font les souhaits les plus heureux et se pardonnent leurs torts réciproques. Le grand Baïram ou Courban-Baïram vient soixante et dix jours après et en dure quatre. Il célèbre la mémoire du sacrifice d'Abraham. Le grand et le petit Baïram sont les seules fêtes de l’année pendant lesquelles tout travail est suspendu.

19. Pélerinage de la Mecque. — Il est commandé aux musulmans de faire, au moins une fois dans leur vie, le pèlerinage de la Mecque et du mont Arafat. Deux cas les en exemptent : la pauvreté ou la maladie. Ceux de la secte hanéfy peuvent envoyer à leur place aux lieux saints un représentant dont ils payent les dépenses. Beaucoup se dispensent d'accomplir cette prescription religieuse. c

Les pèlerins qui obtiennent , après avoir visité la Mecque et le mont Arafat, le titre de hadjis, prennent deux points de départ pour aller en Arabie : Damas ou le Caire. Les musulmans de l'Afrique, les Turcs de l'Albanie et de la Roumélie se rallient ordinairement dans cette dernière ville. Les Turcs de l'Asie Mineure, les Persans se réunissent à Damas.

C’est ordinairement le 27 du mois de chewal que s'achemine la caravane du Caire. Quelques jours avant a lieu la procession du mahmil, caisse carrée en bois, dans laquelle sont contenus deux exemplaires du

Coran, qui sont envoyés annuellement à la Mecque.

Le mahmil, le bagage de l’émir el hadji (chef des pèlerins), la caisse qui contient le trésor envoyé par le sultan au tombeau du prophète, le kishwe, chemise de soie noire damasquinée, brodée au Caire, et qui est destinée à recouvrir la sainte Caaba ; toutes ces choses sont porlées par la procession dans la plaine de Haschouï, au nord du Caire, et de là sont dirigées vers le lac des Pèlerins (Birket-el-hadii), dernière halte où se réunissent les pèlerins pour le départ définitif. {ls se partagent en trois caravanes : l’une suit la route de terre par le désert; elle marche principalement la nuit ; elle campe d'ordinaire le matin , deux heures après le lever du soleil, pour se mettre encore en route le soir, deux heures après qu'il s’est couché. Le voyage par terre dure environ quarante jours. Ceux qui redoutent les périls ou les fatigues Cu désert vont à Djedda par la mer Rouge; ils s'embarquent à Suez ou à Kosseyr.

C’est pendant les fêtes du Courban-Baïram , dans les premiers jours du mois de zel-hedji, que les pèlerins doivent se trouver réunis à la Mecque. La Caaba surtout est l’objet de leur dévotion : on sait que c’est un petit édifice d'environ 56 pieds de long sur 48 de large et 80 de hauteur. Les Arabes prétendent qu’il fut bâti par Ismaël, qui eut pour sa construction deux auxiliaires descendus du ciel : Abraham et l'ange Gabriel. C’est celui-ci, d’après eux, qui porta au patriarche la fameuse pierre noire conservée depuis si longtemps dans la Caaba , et qui n’est autre chose qu’une basalte.

C’est au mont Arafat, à six heues de la Mecque, que,

d’après les traditions arabes, a eu lieu le sacrifice d’Abraham : le pèlerinage n’est accompli que lorsque l’on s’est rendu au sommet de cette montagne pour assister, pendant la nuit du 9 zel-hadji, à la prière qui s’y récite. Le jour suivant les pèlerins doivent se rendre dans la plaine de Mouna, où ils achèvent les pratiques prescrites par de nombreux sacrifices de chèvres, de chevreaux, de chamelles. On évalue à 30 ou 40 mille le nombre des bêtes à cornes qui sont immolées en cette circonstance.

L’époque du retour au Caire de la caravane de la Mecque est le commencement du mois de safer, surnommé, à cause de cela, Mislet-el-hadji (arrivée des pèlerins). Les parents ou les amis des hadjis vont à leur rencontre et les ramènent joyeusement chez eux, ou mêlent leurs cris de douleur à la musique triomphale qui fête la caravane, s'ils apprennent que ceux qu'ils brülaient de revoir ont succombé aux privations et aux fatigues du pieux voyage. Les hadjis survivants sont entourés de respect ; on les regarde comme empreints d’un cachet de sainteté ; on invoque leur intercession auprès de Dieu.

Les femmes ne sont pas soumises au pèlerinage de la Mecque ; elles peuvent l’entreprendre , mais, chose bizarre ! il ne leur est pas permis de monter au sommet de l’Arafat si elles ne sont accompagnées de leurs meris. Celles qui ne sont pas mariées doivent prendre un époux dans cette circonstance. Il est vrai que c’est une pure formalité ; et que ces fictives unions sont rompues après la cérémonie par un facile divorce. On a vu néanmoins quelques-uns des maris improvisés

QUI EXISTENT EN ÉGYPTE. 309 ainsi abuser de leurs droits fortuits et éphémères. 20. Santons. — Les musulmans ont une multitude de saints qu’il vénèrent , auxquels ils élèvent des monuments, et qui sont connus sous le nom de santons. Mais il n’y a pas, comme chez nous, de formalités de canomisation. L'opinion publique est le tribunal souvent peu éclairé qui proclame la sainteté. Les ulémas instruits ne se prêtent pas à ses écarts et ne reconnaissent pas le genre de saints qu’elle institue.

Les insensés, les maniaques ne sont pas nécessairement saints, comme on le croit ; le Coran ordonne pour eux le respect, mais il ne les sanctifie pas; les préjugés seuls ont forcé jusqu’à ce point le sens de la loi.

21. Les quatre rites orthodoxes. — On sait que les musulmans sont divisés en quatre rites orthodoxes , le Hanéfy, le Schafiy, le Maleky et le Hanbèly. C’est le premier de ces rites qui est le plus communément suivi en Égypte comme dans le reste de l'empire ottoman.

29, Pratique de la religion chez les musulmans. — Ce qui frappe chez le musulman c’est l’imperturbable solidité de sa foi. Elle est tellement enracinée en lui, qu'aucun doute ne vient jamais l’assaillir dans son esprit. il a de sa croyance une si haute idée qu’il ne comprend pas comment le monde entier n’embrasse pas lislamisme. Les musulmans nous appellent infidèles, parce qu'ils ne nous voient pas observateurs scrupuleux des pratiques religieuses ; ils nous appellent impies parce qu'ils ne nous voient pas prier. Ils ne sont jamais retenus par le respect humain ni pour laveu de leurs croyances n1 pour l'exécution de ses pratiques. Ils dé-

fendent hautement leur foi lorsqu'elle est attaquée. Chaque lieu leur est bon pour faire la prière : la rue, un champ, une maison privée ; ils la récitent dans une assemblée , füt-elle même composée de gens étrangers à leur religion.

On a préjugé en Europe des progrès de l’incrédulité chez les musulmans, surtout par l'infraction que quelques-uns d’entre eux ont faite au texte du Coran qui leur défend l’usage du vin. Cette prohibition , que le prophète prononça , dit-on, après avoir vu létat d’abrutissement d’un homme ivre, est, du reste, conçue sous un excellent point de vue d'hygiène, et sa pratique est des mieux entendues dans des climats comme ceux de l'Arabie, de l'Afrique, où du reste le vin et les liqueurs fermentées ne sont pas indigènes. Mais quoique quelques Turcs des classes élevées l’aient violée, il ne faut pas croire que l’incrédulité, renfermée dans le cercle étroit d’un petit nombre d’esprits forts, qui s'imaginent avoir acquis notre civilisation lorsqu'ils ont imité notre indifférence en matière religieuse, mine sérieusement l’islamisme.

95. Aliments prohibés. — C’est un des mérites de Ja religion mahométane que le soin qu’elle a pris de faire de pieuses obligations d’une multitude de précautions et de mesures hygiéniques d’une très-grande utilité. Ce soin, quoique aboutissant quelquefois à des détails trop minutieux et gratuitement vexatoires, n’en est pas moins très-bon dans son principe. En même temps qu’il atteignait les boissons et transformait des mesures de propreté extérieure en rigoureuses pratiques, on conçoit qu'il devait embrasser aussi la nourriture.

ll a scrupuleusement pourvu à ce point important. Des aliments ont été défendus aux fidèles comme immondes : ce sont, ainsi que pour les juifs, la chair du porc, et de plus celle du cheval, du mulet, de l’âne, de la tortue et de l'éléphant; sont également immondes tous les animaux carnassiers, les oiseaux de proie et les reptiles. Le lait des juments et des ânesses est prohibé. On ne peut le boire qu'après un temps de séquestration déterminé, jugé suffisant pour sa purification. Dans aucun cas on ne doit faire usage des parties naturelles, ni des reins, ni des entrailles des animaux. Le sang est sévèrement défendu ; aussi la loi religieuse ordonnet-elle d’égorger les animaux, c’est-à-dire de leur couper la tête avec toutes les artères et de leur faire perdre tout leur sang avant de les manger *. Les musulmans goütent peu le plaisir de la chasse et sont peu friands de gibier à cause de la difficulté qu'il y a de le saigner complétement.

24. Devoirs religieux des femmes. — Les femmes ne sont pas astreintes comme les hommes aux devoirs religieux. Elles vont rarement dans les mosquées. Le prophète ne le leur a pas défendu , mais il a dit qu’il était mieux qu'elles priassent dans leurs maisons. Les musulmans, qui semblent penser que la présence de leurs femmes est propre à inspirer des idées toutes différentes de celles qui conviennent à la sainteté du tem-

: Cette prohibition du sang vient sans doute de ce que les fondateurs des législations religieuses juive et musulmane croyaient que cette humeur était celle qui était exposée à s'allérer le plus dans l’économie animale. La doctrice de l'Aumurisme est celle qui a dû régner la pre-

iniére.

ple, ont presque fait une prohibition du conseil de Mahomet.

25. Infractions aux lois morales. — L'observation des formes religieuses ne coïncide pas toujours, chez les musulmans , avec celle de la morale. Le fanatisme entretenu par l’ignorance allie souvent le vice aux plus austères pratiques. On en voit qui, en même temps qu'ils se privent d'un peu d’eau pour étancher leur soif lorsque cela leur est permis, volent sans scrupule, si l’occasion s’en présente, et commettent même des crimes plus coupables. Ainsi, malgré les menaces religieuses les plus sévères, ils s’'adonnent à la pédérastie ; ce vice, il faut le dire, est moins commun parmi les Arabes que parmi les Turcs, mais on rencontre davantage chez les premiers un vice plus inconnu encore à l'Europe, la bestialité. Ils sont enclins à la dissimulation et au mensonge. Les serments par Dieu et par le prophète sont la chose du monde à laquelle il faut le moins se fier dans leurs bouches.

26. Tolérance envers les chrétiens recommandée par le Coran. — Les musulmans sont renommés en Europe pour leur haine contre les chrétiens. Si des actes de férocité, commis pendant les fureurs de la guerre, leur ont mérité cette réputation, ce n’est pas sur les principes de l’islamisme qu’il faut en faire peser la responsabilité. Le Coran recommande souvent à ses sectateurs la tolérance pour les chrétiens; les versets suivants, écrits dans ce sens, me paraissent mériter d’être cités : u

« Les chrétiens seront jugés d’après l'Evangile. Ceux qui les jugeront autrement seront prévaricateurs.

« Chante la gloire de Marie, qui conserve sa virginité intacte. Nous soufflâmes sur elle notre esprit : elle et son fils firent l'admiration de l’univers.

« O fidèles, votre religion est une. Je suis votre Dieu. Adorez-moi! Les juifs et les chrétiens sont divisés dans leurs croyances ; tous reviendront à nous.

« Nous avons prescrit à chaque peuple ses rites sacrés. Qu'ils les observent , et qu’ils ne disputent point sur la religion. Appelle-les à Dieu ; tu es dans le véritable chemin. .

« Ne disputez avec les juifs et les chrétiens qu’en termes honnêtes et modérés. Confondez ceux d’entre eux qui sont impies. »

Malgré la tolérance prêchée , comme on le voit, par le Coran, et quoiqu’on puisse dire qu’elle soit pratiquée en un certain sens, puisque les musulmans ne persécutent pas les chrétiens, ils professent néanmoins pour eux un souverain mépris. Les actes publics s’en ressentent; le témoignage d’un chrétien n’est pas admis contre un musulman. Le mékemet (tribunal), dans ses décisions , accole souvent au nom d’un chrétien l’épithète d’infidèle et même celle de damneé, s’il est mort. Jadis les chrétiens ne pouvaient pas occuper de places et étaient exclus des honneurs sociaux. Si l’un d’eux était condamné au supplice, c'était le plus infamant qu'on lui infligeait.

Il faut dire que le fanatisme de la populace a souvent empêché l'effet des bonnes intentions des gouvernants en faveur des autres religions. Les Arabes sont en général plus tolérants que les autres nations musulmanes , et les Égyptiens , soit à cause de la douceur natu-

relle de leur caractère, soit à cause des rapports qu'ils ont eus avec les Européens lors de la conquête de Bonaparte, le sont encore davantage.

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