‹ Aperçu général sur l'Égypte (volume 2)Chapitre 38 sur 142 · LIL INTRODUCTION HISTORIQUE · texte numérisé non relu

LIL INTRODUCTION HISTORIQUE

nombre de vaisseaux nécessaires pour la transporter en France, armes et bagages. Mais, au moment où les Français allaient sortir du Caire, l’amiral Keith signifia à Kléber que l’Angleterre ne consentirait à la capitulation qu’à la condition expresse, pour l’armée française, de mettre bas les armes et d'abandonner ses vaisseaux, ses munitions, ses bagages. Kléber répondit à cet ultimatum en le publiant et en le faisant suivre de la phrase suivante, adressée à son armée : « Soldats! on ne répond à une telle insolence que par la victoire : préparez-vous à combattre. »

Il fallait en effet, pour demeurer, battre et disperser une armée de soixante et dix mille Osmanlis : c’est ce que firent neuf mille Français dans l’immortelle journée d’Héliopolis. Mais, tandis que Kléber chassait en Syrie les débris fugitifs de l’armée du grand vzzir, la population du Caire, soulevée par des fanatiques, avait massacré les Francs qui se trouvaient dans cette ville et tenait bloqués dans un palais cent quatre-vingts Français, restés seuls pour la garde de la capitale, qui tinrent en échec pendant deux jours une multitude acharnée, appuyée par plus d’un millier de soldats. Ces braves allaient succomber faute de munitions, lorsqu'un détachement de notre armée victorieuse vint les délivrer. Mais la présence de nos troupes et de Kléber ne suffit pas pour comprimer le soulèvement. Les révoltés n’implorèrent la clémence du vainqueur que lorsque plusieurs quartiers de la ville eurent été réduits en cendres.

Contraint de garder l'Égypte , Kléber, raffermi par la victoire d’Héliopolis, débarrassé des Turcs, n'ayant

INTRODUCTION HISTORIQUE. Lili

rien à craindre des Anglais, dont l'attention se concentrait sur l’Europe , émue par la victoire de Marengo ; soutenu d’ailleurs dans le pays même de l’alliance de Mourad-Bey, auquel il céda le gouvernement de la haute Égypte; consolidait de plus en plus sa domination, lorsque, victime de la gloire qu’il avait imprimée au nom français, qu’il représentait si noblement, il tomba sous le poignard d’un assassin fanatisé par les ulémas.

Kléber était peut-être le seul général qui eût pu conserver l'Égypte. Sa belle renommée agissait sur le moral des soldats , et la confiance de l’armée dans son chef doublait ses forces. Mais aucun gouverneur n’était plus fait pour perdre notre conquête que celui qui lui succéda, Menou. Ce général n’avait aucun mérite comme militaire, aucune aptitude pour l’administration. Il mécontenta les officiers supérieurs que leur capacité aurait appelés à occuper dignement sa place. Il voulait faire en toutes choses le contraire de ce qu'avait fait Kléber. Du reste, il fut loin de satisfaire les indigènes , que vexaient ses innovations puériles. Hautement blâämées par la partie la plus considérable de l’armée, ses opérations, souvent ridicules, ne furent jamais exécutées qu'avec mollesse ou avec défiance. Il était bien évident que, sous un tel chef, l'Égypte était perdue pour nous. Les Anglais le comprirent : ils firent une descente à Aboukir, débarquèrent six mille cipayes à Kosseyr, appelèrent une nouvelle armée turque , et forcèrent l’indolent et inhabile Menou, enveloppé par une coalition formidable, à capituler dans Alexandrie.

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