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vant les cheïiks de se préparer au départ. Mais ceux-ci. qui voyaient en lui un protecteur, firent tout pour le retenir. S'étant assuré par cette feinte adroite des sentiments de la population du Caire, Méhémet attendit l’occasion d’en profiter. Elle ne tarda pas à se présenter. Des soldats de Kourschyd mirent le Caire au pillage; les cheiïks poussés à bout se réunirent et déposèrent le pacha , qui ne savait ou ne pouvait plus protéger la tranquillité publique. Ils conférèrent la vice-royauté à Méhémet-Ali, que la Porte venait depuis peu de nommer pacha de Gaddah, afin de l’éloigner de l'Égypte. Méhémet refusa d’abord, mais se rendit à des instances réitérées. Le 9 juillet 1805 un firman de la Porte vint le confirmer dans sa dignité de vice-roi d'Égypte.
Poussé au pouvoir par les cheiks qui, par leur influence religieuse et traditionnelle, étaient les représentants naturels des populations, Méhémet-Ali y prit dès le principe de vigoureuses racines. Du reste, 1l sut tourner l’écueil contre lequel avaient naufragé ses prédécesseurs, le besoin d'argent, besoin sans cesse alimenté par l’avidité insatiable des troupes. Il était soutenu par le peuple qui l'avait vu, faisant lui-même la police du Caire , souvent arrêter et punir quelquefois de sa main ses soldats qui se livraient au pillage. Plein de déférence envers les cheiks, il leur faisait part des difficultés de la situation , et les forçait ainsi à lui procurer les moyens d'y parer. Leurs intérêts étaient identifiés avec ceux du vice-roi, dont la puissance était leur ouvrage. Aussi se prêtèrent-1ls aux levées de contributions qu'il fut obligé de faire, et qui
EXIT INTRODUCTION BISTORIQUE.
l’auraient dépopularisé s’il n’eüt obtenu leur sanction et leur concours.
Si Méhémet-Alhi n'avait pas eu d'appui dans la population du Caire, il eùt probablement succombé. Dès que Kourschyd fut renversé, l'Elfy, qui avait puissamment réorganisé son parti, lui offrit de se joindre à lui pour combattre le nouveau vice-roi. Il enxoya aussi des députés au capitan-pacha, qui se trouvait alors à Alexandrie , et lui promit de se soumettre à la Porte si elle voulait prendre des mesures pour chasser Méhémet-Ali de l'Égypte. Il fut soutenu dans cette négociation par des agents anglais, qui menacérent l'amiral ture d’uue invasion anglaise en Égypte si cette province restait au pouvoir des Albanais et de Méhémet- Ali, qu'ils peignaient sous des couleurs odicuses. Mais le cousul français à Alexandrie, M. Drovetü, se fit noblement auprès du capitan le défenseur de Méhémet, et commenca cette politique bienveillante que notre pays a toujours employée à l'égard du vice roi. Les tentatives de l'Elfy et des Anglais échouèrent; ceux-ci ne se tinrent pas pour battus. L’Elfy leur avait promis les ports de l'Égypte dans le cas où il viendrait à bout de ses projets. Attiré par cet appât, le gouvernement britannique fit demander à la Porte par son ambassadeur à Constantinople le rétablissement des mameluks, à la tête desquels il voulait mettre l'Elfy ; il allait même jusqu’à se faire caution de celui-ci pour le tribut qu’il s'engageait à payer. La Porie céda à ses sollicitations : elle envoya en Égypte une floite commandée par un nouvel amiral, qui devait travailler à la restauration des mameluks et por-
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tait à Méhémet un firman par lequel il était nommé au pachalik de Salonique. Le vice-roi feignit de vouloir se soumettre aux ordres du gouvernement ottoman ; mais les cheiks et les soldats le retinrent. D'ailleurs les beys du parti de Bardissy, qui, fidèles à la politique de Mourad-Bey , étaient demeurés les alliés de la France, pe pouvaient assister paisiblement au triomphe de leur ennemi l’Elfy, fort de lappui des Anglais. Menacés comme Méhémet, le péri! commun les porta à se rapprocher de lui. Le consul de France aidait aussi le vice-roi, qu'il continuait à servir de ses bons offices. 11 détacha de F'Elfy vingt-cinq Francais qui marchaient sous le drapeau de ce bey ; il écrivit à l'ambassadeur de France à Constantinople de prendre auprès du divan la défense du vice-roi. Quant au capitan-pacha, dès qu’il se fut mis au courant des affaires d'Égypte, il ne tarda pas à voir que les rivalités qui divisaient les mameluks étaient un obstacle radical à la réédification sérieuse de leur puissance. Il contribua pour sa part à faire changer la politique de son gouvernement envers Méhémet-Ali, et la Porte finit par envoyer à celui-ci un firman qui le rétablissait dans la viceroyauté d'Égypte , à condition qu’il enverrait au sultan un présent de 4,009 bourses (7,500,000 fr.).
Sorti de cette crise, Méhémet-Ali vit son pouvoir se fortifier de jour en jour. Les deux chefs des mameluks, Osman-Bardissy et Mohammed FEIlfy, moururent tous deux presque en même temps (19 novembre 1806, — 50 janvier 1807), et lui laissèrent le champ libre. La même année les Anglais, qui avaient vu avec peine la Porte se réconcilier avec le vice-roi ,
LIV INTROBUCTION HISTORIQUE.
et qui voulaient entretenir en Égypte l'anarchie des mameluks, firent à Alexandrie une descente dont la malheureuse issue est devenue célèbre. Après s'être emparés d'Alexandrie le 17 mars, ils furent complétement défaits le 21 à Rosette, le 50 à Hamag. Les mameluks, sur lesquels ils comptaient , leur firent défaut ; les uns en effet trailèrent avec le vice-roi, et les autres, battus à plusieurs reprises, furent refoulés dans la haute Égypte, où Méhémet les livra à la poursuite des Bédouins. Les troupes britanniques occupèrent Alexandrie pendant six mois et l’évacuèrent le 14 septembre 1807. Dans cette circonstance, le consul de France, M. Drovetti, aida utilement le vice-roi de ses avis. Ce fut lui qui traça le plan de défense dont les résultats furent si heureux. A la gloire de ses succès Méhémet-Ali ajouta celle de la générosité : il rendit sans rançon aux Anglais les prisonniers qu'il leur avait faits.
Il n’entrait pas dans la politique de la Porte de laisser jamais le vice-roi jouir paisiblement de la puissance qu'il avait si laborieusement acquise. Déjà à plusieurs reprises, elle lui avait ordonné de faire marcher des troupes contre les Arabes wahabites. Les Wahabites, hérétiques de l’islamisme, qu'ils voulaient reporter à sa simplicité primitive, s'étaient produits au milieu du xvru: siècle et s'étaient rapidement emparés de toute l'Arabie. Médine , la Mecque, ces lieux saints des musulmans, étaient tombés entre leurs mains ; ils en avaient pillé les richesses. Les pieuses caravanes qui allaient accomplir le pèlerinage de la Mecque et de Médine n'étaient plus en sûreté; souvent elles ne pou-
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vaient atteindre le but religieux de leur voyage. Aussi le monde musulman était-il plongé dans la désolation. Animés d’ailleurs de toute la verve d’un fanatisme novice, les Wahabites pouvaient se rendre redoutables aux sultans au delà même des limites de l'Arabie. Déjà ils avaient menacé le pachalik de Bagdad , lorsque les ordres de la Porte, qui enjoignaient à Méhiémet-Ah de les combattre, devinrent plus pressants que jamais.
Avant de commencer cette guerre sainte et de dégarnir l'Égypte de troupes , le vice-roi devait anéantir dans leur source tous les dangers qui menaçaient son autorité et la tranquillité du pays. Les mameluks avaient repris les armes en 1808. Méhémet-Ali en défit une partie et accepta les offres d'alliance de la puissante maison de l’Elfy. Mais on ne pouvait jamais compter avec eux sur une paix sûre. Voyant que le pacha allait être privé de ses meilleurs soldats, ils complotèrent de l’attaquer et se flattèrent d’avoir bon marché de lui, lorsqu'il ne serait plus soutenu par ses défenseurs naturels. Leur trame fut découverte. C’était une question de vie ou de mort qui s’agitait entre eux et Méhémet-Ali. Le vice-roi usa du droit de légitime défense : menacé par les mameluks, il les prévint. Le 4er mars 1811 fut le jour choisi pour cet acte de terrible justice. Ce jour-là, les mameluks furent invités à assister, dans la citadelle du Caire, à linvestiture du fils du vice-roi, Toussoun-Pacha , qui allait commander l'expédition contre les Wahabites. Cernés au défilé par les soldats albanais, ils furent fusillés sans merci, Cette exécution eut de lécho dans toute
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l'Égypte. La plupart des mameluks furent exterminés dans les provinces. De faibles Gébris de ce corps se réfugièrent en Abyssinie. Du reste, lorsque la masse fut détruite, le vice-roi empêcha que l’on poursuivit ceux qui avaient échappé au premier mouvement. C'était à la caste qu’il faisait la guerre, non aux individus. Il reprit à son service plusieurs de ceux qui survécurent. Il leur laissa les richesses qu’ils possédaient ; il accorda même des pensions aux femmes et aux enfants de ceux qui succombèrent. Ainsi Méhémet-Ali atteignit en une seule et terrible journée le but auquel tendait, depuis deux siècles, la politique de la Porte Ottomance.
La guerre contre les Wahabites fut longue, difficile et mêlée d’abord de succès et de revers. Après six années de lutte, ces sectaires furent beaucoup affaiblis, sinon entièrement domptés par Ibrahim-Pacha. Méhémet-Ali fit lui-même une campagne dans l’'Hedjaz; mais pendant qu’il défendait de sa personne la cause de l’islamisme, la Porie, qui tramait sourdement son renversement, donna secrètement un firman d’investiture ‘le Égypte à Lathif-Pacha, qui devait sa fortune à Méhémet-Ali. Cet ingrat parvenu essaya, pendant l'absence de son bienfaiteur, de se faire un parti au Caire. Mais le ministre de la guerre du vice-roi, Mohammed-Bey , qui feignit d'entrer dans ses vues, l’amena à se déclarer publiquement et le fit décapiter (déc. 1815).
Les guerres d’Arabie ont sans doute beaucoup coûté au vice-roi. Îl faut reconuaitre cependant que sous plusieurs rapports elles lui ont été très-utiles. Ses vic-
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INTRODUCTIOX HISTORIQUE. LXVII
toires contre les Wakabites rendirent son nom populaire dans l'empire. D'un autre côté le déploiement de forces qu’elles exigèrent fut le prétexte à l'abri duquel il put organiser son armée régulière, base de sa puissance.
Méhémet-Ali avait compris, dès son avénement au pouvoir , limportance de la tactique européenne. Une première tentative qu'il fit en 1815 pour organiser des troupes régulières ne réussit pas. Un moment même, son autorité fut sérieusement compromise par le soulèvement des soldats turcs et albanais qu'il voulait discipliner. il fut obligé de différer l'exécution de ses projets à cet égard et d'employer d’autres moyens. Il se débarrassa de ses bandes facitieuses à son double profit, en leur faisant faire des conquêtes dans l’Arabie, le Sennaar et le Kordofan. Ces deux dernières contrées furent soumises pendant l’année 1820. Méhémet-Ali perdit dans le Sennaar son fils Ismaïl-Pacha. qui périt d'une mort cruelle dans un guet-apens que lui tendit un chef indigène. Le Befterdàr-Bey, gendre du vice-roi, tira une éclatante vengeanec de cet assassipat.
Dès lors, Méhémet-Ali, dont l'empire s’étendait sur un immense rayon, travailla à développer toutes les ressources intérieures que contenaient ses possessions. Déjà il avait donné à la propriété la constitution unitaire qui a été entre ses mains son moyen d'action le plus puissant. Par l'introduction de la culture du coton , il opéra une révolution agricole sur le sol de l'Égypte. 1! donna au coPimerce une large extension . et ses revenus s’accrurent rapidement. (était le mo-
EXVIII INTRODUCTION HISTORIQUE.
ment d'organiser l’armée. Il établit à Assouan un camp d'instruction : où par ses efforts persévérants et grâce à la direction active de M. Sèves (Soliman-Pacha), plusieurs régiments disciplinés à l’européenne furent formés. Il appela de France des généraux, des officiers , des médecins, et fonda des écoles, des hôpitaux et des fabriques. Il connaissait trop bien la politique de la Porte pour se fier jamais à ses intentions, pour travail ler à son profit exclusif. Il savait que, quelque service qu’il lui rendit , elle ne le respecterait qu’autant qu’il serait fort. Il savait que le jour où il viendrait à chanceler, le divan n’hésiterait pas à lui envoyer le cordon ou un successeur. Acquérir de la puissance était donc pour lui moins une affaire d’ambition qu'une question vitale. Il a pris bientôt envers Constantinople une position semi-indépendante ; maïs tout ce qu'il a fait sous ce rapport lui a été commandé par le besoin de sa conservation, et non, comme on l’a prétendu, par une soif insatiable d’agrandissement. En présence de la tortueuse politique de la Porte, un homme de cœur et de génie ne pouvait agir autrement que Méhémet- \li.
Les rapports de l'Égypte avec l’Europe devenaient de jour en jour plus directs et plus fréquents; le viceroi commençait à attirer sur lui l'intérêt de l'Occident, auquel il demandait les modèles de ses réformes et d'utiles auxiliaires ; novateur éclairé et hardi, il envoyait à Paris, pour s’instruire à l’école de la France, de jeunes musulmans destinés à répandre plus tard
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5 J'oyez le $ consacré à l'armée, t. 11.