INTRODUCTION HISTORIQUE. LXXVII
ce qu'on peut dire. Non-seulement 1l s'occupe toute la journée, mais il ne dort que quelques heures pendant la nuit, et encore son sommeil est-il très-agité. À quatre heures du matin, il est sur pied. Il reçoit tous les jours les rapports de ses différents ministres, et dicte toutes les réponses : puis il passe des revues, visite les chantiers , les grands travaux, etc. Doué d’un tact précieux pour les affaires, d’un jugement droit, d'un coup d’æœil sûr et rapide, généralement, dans les discussions les plus difficiles, et même sur des matières qui lui sont étrangères, c’est Jui qui a la meilleure manière de voir les choses, et qui se forme sur elles les opinions les plus justes. L'histoire de sa longue carrière politique le prouve à chaque instant.
Il calcule admirablement , sans avoir jamais étudié les mathématiques: On sait qu’il n’a commencé à apprendre à lire qu’à quarante-cinq ans. Ce fut là un beau trait de sa vie. Il n’eut, du reste, ni beaucoup de temps, ni beaucoup de peine à dépenser pour arriver à son but. Il s'adonna ensuite à l'étude de lhistoire. Celles d'Alexandre et de Napoléon lont le plus occupé. Il ne connait aucune iangue étrangère; mais telle est sa perspicacité, que dans ses conversations avec les Européens il devine souvent dans leurs yeux ce qu'ils ont voulu dire, avant que la traduction n’en soit achevée. C’est, au surplus, un grand et vrai plaisir pour lui que de causer avec des Européens et des hommes instruits. Il traite avec eux les questions les plus relevées, et les saisit avec une précision remarquable.
Le vice-roi observe sa religion sans fanatisme m bigoterie. Il a toujours montré la plus grande tolérance
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pour tous les cultes. Il est le premier souverain musulman qui ait couvert les chrétiens d’une large protection , qui les ait fait sévèrement respecter , qui ait accordé à plusieurs d’entre eux confiance et amitié, qui leur ait donné des grades, des commandements, et les ait élevés à la dignité de bey. Pour se placer ainsi au-dessus des préjugés les plus enracinés, il lui fallut braver avec courage les critiques de sa cour et de son peuple , jaloux des faveurs qu'il accordait à des etrangers.
Comme je l'ai déjà dit, Méhémet-Ali est simple dans son intérieur. Il s’y livre aux plaisirs les plus innocents. Il aime beaucoup les jeux d'échecs et de dames, dans lesquels il est assez fort. Il joue sans prétention avec des officiers de grades peu élevés , quelquefois même avec de simples soldats. J’ai eu plusieurs fois l'honneur de faire avec lui la partie aux cartes. Il se plait à monter à cheval, et s’y tient fort bien, avec beaucoup de grâce et d'élégance.
Je n’ai pas parlé des qualités guerrières du vice-roi. Il me semble que, sur ce point, son histoire, qui nous l’a montré sortant des rangs de l’armée et parvenant par sa bravoure et son mérite à la première position, en dit assez. J'aurais pu ajouter néanmoins que le courage poussé jusqu’à la témérité non-seulement à la guerre, mais dans les circonstances ordinaires de la vie, a toujours été l’un des traits les plus saïllants du caractère de Méhémet-Ali. Il semble que le sentiment de la peur lui soit inconnu. Dans le commencement de sa carrière, il a affronté tous les périls. L’année derrière ne l’a-t-on pas vu, malgré son âge, entreprendre