‹ Aperçu général sur l'Égypte (volume 2)Chapitre 79 sur 142 · ARBRES FRUITIERS INLIGÈNES · texte numérisé non relu

ARBRES FRUITIERS INLIGÈNES

Amandier (Amygdalus communis), Louz.

Les deux variétés qui produisent les amandes douce etamère sont cultivées ; mais ellessont peu abondantes et leurs fruits de médiocre qualité.

Bananier (Musa paradisiaca), Mouz.

On ne le trouve que dans la basse et moyenne

Égypte, encore n'est-il guère cultivé que dans les jardins. En pleine terre, le tronc herbacé, qui porte les immenses feuilles du bananier, serait trop exposé aux coups de vent. Les figues bananes sont de très-bonne qualité; mais c’est un fruit encore rare et recherché que l'on voit seulement sur la table des personnes riches ou aisées.

Dattier ou Palmier (Phænix dactylifera, Linn.). Les Égyptiens donnent à la femelle le nom de Nakhleh et au mâle celui de Dakar.

Le dattier est l'arbre que l’on rencontre le plus souvent sur tous les points de la haute et moyenne Égypte. Il croît aussi dans les oasis et il s'élève jusque sur les limites du désert. Il a existé de tout temps en Égypte; les chapiteaux des colonnes des anciens monuments paraissent n'être qu’une imitation du bouquet évasé que forment ses palmes et ses frondes. Cet arbre vient sans culture; mais, pour en obtenir de beaux fruits , il faut en arroser le pied et le tailler annuellement. Les dattiers sont souvent réunis en forêts immenses, où on les compte par centaines de mille. L'aspect de ces forêts est majestueux el mélancolique; lorsqu'on les

parcourt, on se croirait sous les voûtes d’un temple sévère. À voir ces troncs nus et allongés s’élancer à des hauteurs de 60 à 80 pieds, on dirait les colonnes légères et hardies que larchitecture du moyen âge répand dans ses édifices avec une si riche profusion. Les touffes larges et épaisses qui couronnent ces füts effilés marient entre elles leurs palmes en élégantes ogives, et achèvent de compléter cette poétique ressemblance.

On compte vingt-quatre espèces de dattiers , qui se distinguent surtout les unes des autres par la couleur, ia forme, le volume et la qualité de leurs fruits. On peut les diviser, sous le rapport de la couleur , en trois catégories : ceux qui produisent des daties de couleur rougeâtre, ceux à fruits jaunes et ceux dont les fruits sont blanchâtres.

Le palmier isolé a un aspect gracieux. Il est curieux de voir, au milieu du panache de frondes qui le surmonte , suspendues à la base des palmes, d'énormes grappes qui fournissent ensemble plusieurs quintaux de dattes. Ce fruit est, comme on le sait, excellent. très-sucré , et, par cela même, très-nutritif. On en trouve de diverses qualités. Celles de la haute Égypte et des oasis sont les plus délicates. Elles commencent à mürir, dans la haute Égypte, vers la fin du mois de juin , et, à peu près un mois plus tard, dans je reste de la contrée. On ne les laisse pas mürir sur l’arbre. Après les avoir cueillies et les avoir gardées assez longtemps pour qu’elles puissent arriver au point de maturité convenable, on va les vendre dans les villes , où tout le monde s’en nourrit. Mets économique, à la por-

tée des plus pauvres, on peut dire que la datte est un bienfait du ciel pour les habitants malheureux de l’'Égypte. Toutes les dattes ne sont pas mangées dans leur état de fraicheur; il en est que l’on pétrit en pain que l’on consomme dans le courant de l’année. On tire des dattes trois liqueurs, qui forment des espèces d’eau-devie, de vinaigre et de sirop de mélasse.

Ce n’est pas seulement à cause de ses fruits que le palmier est un arbre béni ; toutes les parties qui le composent sont utilisées; toutes rendent les plus grands services.

Avec les feuilles on prépare des nattes. On fait aussi avec elles des corbeilles qui servent aux usages domestiques, et de jolis chasse-mouches, que l’on apporte quelquefois en Europe comme objets de curiosité.

Les gaines membraneuses de Ja base des feuilles ont des fibres appelées /yf, dont ont fait des cordes qui servent aux usages de l’agriculture, aux transports, etc.

Les grappes fournissent aussi des cordes. On les déchire, on les bat pour en séparer les fibres, qui sont longues et très-tenaces; on les tord avec des feuilles minces de dattier, et l’on obtient ainsi des cordes trèslisses.

On se sert des branches pour les placer entre les poutres, dans la couverture des maisons, en guise de planches et de travelles. On fait encore avec elles des cages pour la volaille ou le gibier; on forme aussi, en les travaillant de la même manière, des lits, des chaises, des grillages, etc., etc.

La grosse extrémité de la palme, qui est attachée à

l'arbre, est filandreuse : on la bat avec une masse, on en écarte les fibres, et l’on en fait des balais.

Lorsque le dattier est en fleur, les pistils produisent une espèce de filament qui est plus épais que le crin du cheval, auquel 1l ressemble. Il est crépé. On s’en sert dans les bains pour frotter et savonner le corps.

Le tronc du dattier est le bois qui est employé ordinairement comme poutre dans la construction des maisons et les autres travaux qui en nécessitent l’'emploi. Ces poutres se plient très-facilement lorsque le bois est encore frais; mais elles résistent très-bien plus tard.

Enfin les noyaux des dattes servent de combustible, et en outre on les donne à manger aux chameaux.

On comprendra aisément qu'un arbre aussi utile que le dattier doit être rarement sacrifié. On ne coupe en général que les palmiers qui ne portent pas de fruits. Lorsqu'on les abat, au sommet du tronc où les palmes se réunissent, on trouve une substance bonne à manger, d’un pied de longueur , appelée le cœur du dater; elle est formée de couches écailleuses superposées ; elle est blanche, tendre et de la consistance d’une amande fraiche, dont elle a le goût. Les Arabes en sont très-friands. On l’envoie en cadeau, et ce petit présent est beaucoup apprécié.

On sait que les dattiers n’ont d’autres branches que les longues palmes qui s’épanouissent en parasol au sommet de la tige, et qui sont placées circulairement par cinq ou six rangées. Chaque année on taille la rangée inférieure de ces palmes : de là les grosses écailles, dressées de bas en haut, qui couvrent toute la

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surface de l’arbre. C’est par le nombre de ces anneaux écailleux qui entourent le tronc que l’on peut supputer l’âge d’un dattier ; il n’est pas rare d’en trouver dont l’existence remonte à plusieurs siècles.

On conçoit que l’on ne peut monter sur un arbre dont le tronc est si élevé de la même manière que sur les autres. Aussi les Égyptiens emploient-ils, pour arriver au sommet du palmier, un moyen spécial : ils nouent autour de leur corps et du dattier une corde, dont le milieu est élargi, en forme de fronde, s’asseyent sur cette partie, posent leurs pieds sur les aspérités écailleuses de l’arbre comme sur des échelons, et, s’aidant des pieds et des mains, font remonter peu à peu la corde, en l’accrochant aux crans que présente le tronc. Ils emploient le même moyen, en sens inverse, pour redescendre.

Doum (Crucifera thebaïca, Delile), Doum des Arabes.

Le doum diffère essentiellement du palmier ordinaire, d’abord parce que son tronc est lisse, ensuite parce qu'il se divise en deux grandes branches, qui se subdivisent à leur tour, et dont les rameaux ont aussi leurs bifurcations. Ses fruits sont de beaucoup différents de ceux du dattier : comme ces derniers, ils se suspendent en grappes ; mais ils ont à peu près la grosseur d’une orange d’une forme irrégulière et un peu allongée. Ce fruit est couvert d’une enveloppe rougeàtre, sous laquelle on trouve une substance spongieuse d’une saveur sucrée, mais fade. Au centre est un noyau assez gros. Cet arbre donne des fruits deux fois par an. [1 n’y à pas de doums dans la basse et moyenne

HISTOIRE NATURELLE. 171 Égypte; ce n’est guère qu’à 70 lieues du Caire qu’on commence à le rencontrer, aux environs de Tantah. Il est loin d’avoir le même degré d'utilité que le palmier. Sycomore (Ficus sycomorus), Gimmeyz, arabe.

C’est l'arbre le plus gros de l'Égypte; il paraît y être indigène; car les historiens de l’antiquité en ont parlé et les caisses de momies sont toutes faites avec son bois. Il acquiert un développement tel que l’on en voit qui ont de 20 à 50 pieds de circonférence. Son tronc est ordinairement très-court ; ses branches s'étendent presque horizontalement et forment de superbes ombrages. Ses feuilles ont une très-belle verdure, qu’elles conservent toute l’année ; les anciennes ne tombent en effet que lorsque la saison amène les nouvelles. Cet arbre est donc providentiel pour un pays chaud. Il produit des espèces de figues; mais, par une singularité remarquable, elles ne sont pas suspendues, comme Îles fruits des autres arbres, aux extrémités des branches; elles naissent sur le tronc même et sur les branches les plus grosses. Ces figues sont de couleur jaune; elles ont la même forme que celles des figuiers ordinaires ; mais il s’en faut de beaucoup qu’elles soient aussi savoureuses. C’est au mois de juillet qu’elles commencent à mürir : afin de les faire parvenir plus tôt au point de maturité convenable, lorsqu'elles ont atteint leur grosseur naturelle, on en coupe la partie supérieure, et, dans peu de jours, on les cueille parfaitement müries. Le bois du sycomore passe pour incorruptible. Nous en avons des morceaux travaillés qui datent de ja plus haute antiquité et qui sont encore intacts. On s’en sert aujourd’hui pour faire des affüts de canons.

172 HISROIRE NATURELLE.

Abricotier (Prunus armeniaca), Mech-mech.

Pêcher (Amygdalus persica), Khouhh.

L’abricotier atteint à une belle hauteur, il arrive jusqu’à 56 ou 40 pieds. On fait sécher ses fruits et on les méle à divers mets dans lesquels ils forment un assaisonnement excellent.

Les pêchers sont peu abondants ; ils mürissent environ vers le moi de mai.

Prunier (Prunus domestica), Barqgoug des Arabes. Il en existe plusieurs variétés.

Poirier (Pyrus communis), Komitrih.

Pommier commun (Malus communis), T'effahbeledy.

Coignassier (Cydonia vulgaris), Safargel.

Ces pomacées n'obtiennent pas le même développement qu’en Europe, et leurs fruits n’ont pas la même beauté ni la même saveur.

Fiquier (Ficus carica), Tyn.

Les figuiers sont peu abondants. On en compte trois variétés , le 7yn Bersoum, le Tyn Potlizan, le Tyn Beledy, dont les fruits sont délicieux.

Le Figuier d’Inde (Cactus opuntia, Linn.), Tyn Choqui.

Cette plante est très-répandue. On s’en sert pour former des haies autour des jardins. On mange ses fruits, qui sont recouverts d’un écorce épineuse.

Le Jujubier (Zizyphus vulgaris, Linn.), 4nnab.

Le bois de cet arbre est très-dur, et pourrait être employé aux ouvrages de charpente et de menuiserie. On trouve des jujubiers parmi les arbres qui entourent de leurs ombrages les sakiès.

Le Caroubier (Ceratonia siliqua, Linn.), Karroub.

Il est très-rare en Égypte, où on ne le trouve que dans les jardins.

Le Lotier (Ramnus spina Christi, Linn.), Nebgah.

Arbre assez grand qui fournit une espèce de petite pomme, du volume à peu près d’un gros grain üe raisin. Ce fruit est très-acerbe lorsqu'il est vert; mais il est fort agréable au goût lorsqu'il est arrivé à sa maturité. Les Arabes l’aiment beaucoup. C’est le fruit si renommé dans l'antiquité sous le nom de lotus, qui charma tellement, d’après Homère, les compagnons d'Ulysse. Le nebqah est assez répandu.

Le Grenadier (Punica granatum, Linn.), Rouminan.

Il en existe deux variétés : l’une, nommée simplement Roumman , se distingue par la douceur de ses fruits; son péricarpe est rouge ; l’autre, le Roumman Heggasy ; ses fruits sont acides et doux ; son péricarpe, rouge obscur.

L’Oranger (Citrus aurantium, Linn.), Bortogän.

Cet arbre précieux forme l’ornement de tous les jardins de la moyenne et de la basse Égypte, Les oranges y sont si communes qu’elles composent, à elles seules, l’unique production de plusieurs villages. On en compte plusieurs variétés; il en est une dont la pulpe est d’un rouge sanglant; elle est encore rare ; on la nomme Bortogan-el-Dacin.

Le Citronnier (Citrus medica, Linn.), Leymoun Beledy. e

Il donne beaucoup de fruis petits, pleins de jus et peu mucilagineux. Le citronuier à gros fruits s’est propagé par la greffe.

Le citronnier à fruits doux, Leymoun Heloueh, est très-estimé des indigènes. Mais ce fruit n’est pas à la portée des classes pauvres.

Sébestenier (Cordia mixa, Linn.), Mokharyet.

C'est un arbre haut ordinairement de 30 pieds. II porte au mois de mai des fleurs d’une odeur excellente ; ses fruits sont peu délicats.

Petit Sébestenier (Cordia crenata, Linn.), Mokhayet rumr.

Plus petit que le Cordia Mixa, il produit de meilleurs fruits.

Vigne (Vitis vinifera, Linn.), E°neb.

Les raisins et les vins de l'Égypte jouissaient, dans l'antiquité, de beaucoup de réputation. Les Romains en faisaient le plus grand cas ; ils transplantèrent même en Italie la vigne qui les produisait. Mais la conquête des musulmans, amenant avec elle la sévère prohibi- . tion du vin prononcée par Mahomet, dut nécessairement influer sur la culture de la vigne, qui depuis lors fut négligée. On laissa subsister néanmoins dans les jardins quelques plants , afin d’avoir du raisin. Ce fut le Fayoum qui en conserva le plus : cette province approvisionnait de raisins le Caire et Alexandrie. Les raisins indigènes sont très-bons ; ils ne contiennent que de très-petits pépins, quelquefois ils n’en ont qu’un seul ; il existe une variété qui n’en a même pas du tout : elle est connue des Arabes sous le nom d’'E’neb Eenaity.

Depuis le gouvernement de Méhémet-Ali , l'Égypte a recouvré la culture de la vigne. Le vice-roi et son fils ont introduit toutes les espèces qui existent en Europe

et en Grèce ; elles ont presque toutes fort bien réussi. Jusqu'à présent , quelques Européens ont seuls essayé d'en tirer du vin; il est d'assez bonne qualité, mais fort alcoolique.

Les Orientaux ont l'habitude de cueillir le raisin en verjus. Ils emploient les feuilles de vigne dans la cuisine ; ils en font des boulettes avec du riz.

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