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LES COPHTES

Conséquences de la conquête des musulmans sur leur situation, — Leur caractère, — Leur costume, — Leur esprit religieux. — Leurs églises.

Pélerinage à Jérusalem. — Leur clergé. — Mariages et funérailles. — Professions des cophtes.

91. Conséquences de la conquête des musulmans sur leur situation. — Les cophtes sont les habitants les plus anciens de l'Égypte. Ils diffèrent peu des Arabes au milieu desquels ils vivent depuis la conquête d’Amrou, et dont la plupart ne sont d’ailleurs que les descendants des Égyptiens, qui se sont peu à peu convertis à l'islamisme. Leur caractère se ressent de l’oppression sous laquelle ils ont vécu pendant douze siècles. Lorsque, par vengeance religieuse, ils appelèrent les sectateurs de Mahomet à venir les délivrer de la domination grecque, ils étaient loin de prévoir les tristes conséquences qu’aurait sur eux leur honteuse trahison. Ils crurent, en se livrant aux musulmans, se réserver par un traité des garanties, des droits, des avantages; mais, à peine les nouveaux conquérants furent-ils maitres de l'Égypte, qu'ils violèrent sans scrupule ces conventions. et üinrent sous le double joug politique et religieux ces sectaires bigots, qui avaient préféré à la domination de leurs coreligionnaires dissidents de Constantinople celle des ennemis du nom chrétien.

L'état d’abjection dans lequel ils ont végété pendant plusieurs siècles a fait chèrement payer aux cophtes la faute de leurs ancêtres.

929. Leur caractère. — Le caractère des cophtes est peu propre à les faire aimer des Européens : ils sont mélancoliques, taciturnes, sombres, et c’est sans doute à la sévérité de leur éducation et de leurs pratiques religieuses qu’il faut en attribuer la cause. De même que

toutes les races qui ont vécu sous l’oppression , les cophtes sont dissimulés ; bas, rampants, serviles devant ceux dont ils ont à ménager la supériorité, ils sont fiers, durs, sévères envers leurs subalternes. Ils ont une aptitude particulière pour tout ce qui se rapporte au calcul et à la comptabilité. Aussi les mameluks, ces vaillants guerriers qui, comme nos anciens gentilshommes , n’estimaient que la science des armes et se faisaient un point d'honneur de leur ignorance, avaientils pris pour intendants de leurs maisons des cophtes qui, seuls en Égy pte, avaient conservé quelque instruc tion. Les fonctions administratives , que la force des choses obligeait les mameluks à leur céder, fournirent aux cophtes les moyens de se venger en quelque chose des vexations de tout genre que leurs dominateurs leur faisaient subir. Chargés de l’arpentage des terres, du maniement des fonds, ils avaient de nombreuses occasions de frustrer le trésor de ceux qui les employaient. Du reste, ils faisaient ces concussions sans scrupule. Ils persistaient à se considérer comme les légitimes maîtres de l'Égypte, et ne voyaient dans les musulmans que des conquérants usurpateurs. Ces chrétiens oubliaient le mot de Jésus : « Rendez à César ce qui est à César. » Ils prétendaient, en détournant les fonds dont le maniement leur était confié, prendre leur bien là où ils le trouvaient.

25. Leur costume. — Les cophtes sont vêtus comme les musulmans ; ils portent de préférence des couleurs sombres ; dans les villes, ‘ils aiment à se distinguer des En © par la couleur noire, bleue ou grise de leurs turbans. Les femmes cophtes voilent soigneuse-

ment leur visage, non-seulement en public , mais encore chez elles, même devant leurs plus proches parents.

924. Leur esprit religieux. — Les cophtes sont très-dévots. Ils suivent des pratiques austères ; ils observent très-rigidement plusieurs jeùnes, dont voici les principaux : l’un précède d’une semaine leur grand carême, appelé lint ; il dure trois jours en commémoralion de celui de Ninive, provoqué par la prédication de Jonas. Les plus fervents s’abstiennent, pendant les trois jours et les trois nuits, de toute nourriture. Leur principal carême , appelé es-soun-el-kebir (ou grand jeune), n’était autrefois que de quarante jours ; mais plusieurs patriarches l’ont augmenté sucessivement jusqu’à cinquante-cinq. Durant cette période, ils s’abstiennent de toute nourriture animale, même du lait, des œufs, du beurre, du fromage, et ne se nourrissent que de végétaux. Ils célèbrent aussi l’avent, qui s’étend pendant les vingt-huit jours qui précèdent Noël. Un autre jeune, appelé jeune des apôtres, comprend la période qui s’écoule entre Ascension et le 5 du mois d’ébid *, et célèbrent celui que firent les apôtres après la mort de Notre-Seigneur. Un troisième, appelé le jeune de la Vierge, dure pendant les trois jours qui précèdent l’'Assomption. En outre, les cophtes jeünent pendant toute l’année le vendredi et le samedi, excepté durant les cinquante jours qui séparent la Pâque de la Pentecôte. — Je ne rappellerai pas les nom-

? Voir, pour le calendrier cophite , le sur les divisions du temps, poids,

mesures, munnaies usités en Egypte

breuses fêtes qu’ils célèbrent, ainsi que les cérémonies souvent bizarres qu’ils accomplissent pendant ces solennités.

25. Leurs églises. — Nous avons vu : qu’ils ont un très-grand nombre d’églises et de couvents. Leurs temples sont en général divisés en quatre ou cinq compartiments. La partie supérieure , le sanctuaire , contenant l'autel, est appelée Æeykel ; elle est séparée du reste de l’église par une barrière en bois , dans le milieu de laquelle est pratiquée une porte , que couvre un voile revêtu d’une large croix. Le compartiment qui vient ensuite est affecté aux prêtres , aux enfants qui servent d’acolytes, aux chantres et aux principaux membres de la congrégation. Il est également séparé par une boiserie des parties qui suivent , et dans lesquelles se place la foule. Les femmes ont aussi une espèce de chapelle qui leur est exclusivement consacrée, où elles sont cachées aux yeux des hommes. Le sol des églises est recouvert de nattes. Aux murs sont suspendues des peintures grossières qui représentent les saints et plus particulièrement le patron de l’église ; mais les statues sont proscrites.

De même queles musulmans, les cophtes ôtent leur chaussure avant d’entrer dans leurs temples.

96. Pèlerinage à Jérusalem. — Un point de ressemblance religieuse qu'ils ont encore avec leurs compatriotes , c’est le prix qu’ils attachent au pèlerinage à Jérusalem.

Les chrétiens indigènes de lempire ottoman,

? TomeÏ, chap. IV,6 :1v.

comme stimulés par lexemple des musulmans, ambitionnent , eux aussi, le titre d’hadjis. La visite des saints lieux est regardée par eux comme très-méritoire. Ils la font par caravanes assez nombreuses et de manière à passer dans la ville sainte la semaine de la Passion et des fêtes de Pâques. Trois jours après la semaine sainte ils vont se baigner dans les eaux du Jourdain.

27. Leur clergé. — Les églises sont desservies par des moines , des diacres , des prêtres , des archiprétres , des évêques , placés sous la juridiction d’un patriarche. Un cophte ne peut être prêtre s’il n’est marié. s’il vient à mourir pendant qu'il exerce les fonctions sacerdotales , sa femme doit rester dans le veuvage ; réciproquement , s’il survit à son épouse, il ne lui est pas permis de se marier en secondes noces. Pour être admis au sacerdoce, il doit être sans défectuosités physiques et âgé d'au moins trente-trois ans. Il vit du profit de l’industrie qu’il exerce. Il recoit le caractère sacré des mains du patriarche ou d’un évêque.

Les moines sont condamnés au célibat. Ils sont soumis à un noviciat, qui met à l’épreuve leur patience et leur piété. Relégués dans des couvents situés au milieu des déserts , employés dans les fonctions les plus humbles, si, après cette épreuve , ils persévèrent dans leur résolution, ils sont admis dans la communauté. On récite sur les récipiendaires les prières des morts , comme si l’on voulait représenter par là qu’ils meurent au monde. Les moines sont trèsnombreux ; ils mènent une vie très-austère. Ils ne peuvent porter sur leur corps que des vêtements de laine.

Ils se distinguent par une bandelette de laine bleue fixée sur la coiffure , descendant jusqu’au bas de la nuque et nommée kaloucyeh.

Il ya en Égypte douze évêques cophtes (ouscoufs). Ils doivent être choisis parmi les moines ou les prêtres célibataires, et continuent pendant leur épiscopat à suivre les pratiques sévères de la vie monastique.

Le patriarche (e/-balrak) est le chef de l'Église. Il occupe la chaire de saint Marc qui, d’après les cophtes, convertit les Égyptiens au christianisme. 11 porte le nom de patriarche d'Alexandrie , mais réside au Caire. Il est choisi parmi les moines du couvent de Saint-Antoine, situé près de la mer Rouge. Un patriarche peut être nommé par son prédécesseur ; mais il est en général désigné par le sort.

Lorsque le siége suprême est vacant , le supérieur du couvent de Saint-Antoine choisit dix ou douze des cénobites qu'il dirige, parmi ceux qu’il juge les plus dignes de remplir cette haute position. Il écrit leurs noms sur de petits morceaux de papier , qu’il roule et jette dans un sac. Un prêtre retire un de ces lots. Celui dont le nom sort est proclamé patriarche. Les patriarches portent un turban plus large que leurs coreligionnaires. Ils sont revêtus de riches étoffes; néanmoins ils sont soumis à des règles canoniques très-sévères : par exemple , ils ne peuvent pas dormir sans être réveillés à chaque quart d'heure. Ils exercent une grande influence sur toute la nation cophte. Leur autorité est très-respectée. On a souvent recours, dans les affaires civiles , à leur décision.

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