JUIFS, ARMÉNIENS , GRECS, SYRIENS
Pauvreté apparente des juifs. — Mœurs. — Haine et mépris des musulmans pour les juifs. — Juifs de Damas. — Professions exercées par les israélites. — Arméniens. — Grecs. — Syriens,
50. Pauvreté apparente des juifs. — Les juifs d'Égypte habitent principalement le Caire. Ils y ont un quartier à part dont les rues sont étroites, sombres, sales, infectes ; elles sont fermées par des portes guichetées , et ils se séquestrent complétement, lorsqu'ils le veulent, du reste de la population du Caire. Leurs maisons sont rapprochées , mal divisées et de pauvre apparence. Les juifs diffèrent moins, sous le rapport physique, des autres habitants de l'Égypte, que les israëlites d'Europe des nations au milieu desquelles ils vivent. En général , ils sont mal vêtus. On dirait qu’ils font ostentation de misère. Leurs habits sont sales et déchirés, leurs figures sont hâves ; on attribue leur apparence maladive à la consommation excessive qu'ils font d'huile de sésame.
51. Mœurs. — Les juifs du Levant ont en général le caractère et les mœurs qui les rendirent si odieux à l'Europe pendant le moyen âge. Leur cupidité et leur avarice sont les mêmes , et c’est pour cela qu'ils s’efforcent de cacher à tous les yeux la fortune dont ils peuvent jouir , en affectant les dehors de la pauvreté. Ils sont ignorants , très-religieux et d’un fanatisme qui semble aigri et exalté par les nombreuses vexa-
tions , par les persécutions de tout genre dont ils ont été victimes jusqu’à ce jour. Ils sont actifs , souples , insinuants, industrieux et ne dédaignent aucun moyen de faire les bénéfices les plus minimes. Leurs mœurs sont en général pures et sévères. Leurs femmes, comme celles des musulmans et des cophtes, sont scrupuleusement voilées. Il n’y a point parmi eux de courtisanes.
32. Haine et mépris des musulmans pour les juifs. — La race israëlite est celle qu'abhorrent et que méprisent le plus les musulmans. Ils croient que l'islamisme est plus haï par les juifs que par toute autre nation. Le Coran dit en effet: « Vous trouverez à coup sûr, parmi les juifs et les idolâtres, ceux de tous les hommes qui sont le plus violents dans leur inimitié contre les vrais croyants, et ceux-là seront les plus portés à entretenir des relations amicales avec les fidèles qui diront : Nous sommes chrétiens. » En parlant d’un ennemi acharné, les musulmans disent : Il me hait avec la haine des juifs. Dans le dernier siècle, il arrivait encore assez souvent que des israélites fussent mis à mort sur la simple accusation vrale ou fausse d’avoir prononcé contre le Coran des paroles irrespectueuses. Dégradée par une oppression aussi constante et aussi lourde, il n’est pas étonnant que la masse des juifs levantins ait contracté une foule de vices qui lui méritent en réalité le mépris avilissant dont on l’accable.
53. Juifs de Damas. — Aujourd'hui, le pacha a étendu sur eux la généreuse tolérance qu’il a montrée envers toutes les religions. Ils jouissent dans les États
de Mehémet-Ali de plus de liberté et d’une protection plus efficace que dans toutes les autres parties de l'empire ottoman. La malheureuse affaire des juifs de Damas, qui a tant de retentissement en Europe, est une preuve frappante des améliorations que Méhémet- Ali a introduites dans le sort des juifs. On pourra s'étonner de cette assertion ; mais je dirai aux incrédules que dans une ville où la bigoterie musulmane est aussi profondément enracinée et aussi brutalement féroce qu’à Damas, si, avant la conquête de la Syrie par le vice-roi, une accusation semblable à celle qui plane sur les juifs eùt éte portée contre eux, fondée ou non, elle aurait infailliblement appelé sur toute la population israélite d’épouvantables représailles et de ruineuses avanies. Que l’on suppose Damas au pouvoir d’un pacha tel que Djezzar ou Abdallah, qui se faisaient un jeu de la vie de leurs sujets raïas, jamais on n’eüt pu espérer de pouvoir parvenir , après un examen éclairé , à une solution équitable de l’épouvantable procès qui compromet aujourd’hui plusieurs des israélites de Syrie. Tandis que le vice-roi prouvera, en donnant à cette malheureuse affaire toutes les garanties de la plus impartiale justice, que les basses accusations que l’on a portées contre son administration ne sauraient l’atteindre, et qu’il comprend les nobles inspirations de la philanthropie.
54. Professions exercées par les israëélites. — Les juifs exercent en général les professions qui demandent le plus d'activité et dont les profits sont les plus difficiles et les plus périlleux. Les riches font l’usure, beaucoup d’entre eux sont banquiers (serafs), bro-
canteurs , courtiers, orfévres, boutiquiers, etc. Il y a parmi les juifs un assez grand nombre de pauvres qui ne vivent que des aumônes que leur accorde la charité de leurs coreligionnaires.
55. Arméniens. — Les Arméniens ne sont pas trèsnombreux en Égypte. Les familles qui s’y trouvent sont venues dans le pays à la suite des conquérants turcs. On sait l'influence prépondérante que les Arméniens , si puissants à Constantinople, ont exercée sur les affaires du gouvernement ottoman, et combien, par leurs richesses etles services pécuuiaires qu’ils rendaient aux pachas , ils avaient pris d'action sur l'administration des provinces ; on aurait dit que l’empire ottoman était exploité de compte à demi par les Turcs et les Arméniens. Ceux-ci venaient partout à la suite des Osmanlis, et c’est ainsi qu'ils s’introduisirent en Égypte.
Les Arméniens n’ont pas, au Caire, de quartier spécial. Ils professent pour les indigènes à peu près les mêmes sentiments de hauteur que les Turcs, et ne frayent pas avec eux. Ils sont en général dans l’aisance. Ils exercent des professions mercantiles ou financières. Les principaux et les plus habiles sont serafs, beaucoup sont joailliers, tailleurs, pelissiers, marchands, ouvriers en fer. Ils sont très-actifs, aptes aux affaires, au maniement desquelles ils sont formés des leur jeunesse.
56. Grecs. — Il y a en Égypte deux classes de Grecs bien distinctes qui ne se sont jamais mélangées. L’une se compose des descendants des Grecs qui habitaient l'Égypte avant la conquête des Arabes. Ils ont con-
servé les traits caractéristiques de leur race. Ils ne parlent pas le grec; leur idiome est l’arabe. Les professions qu'ils exercent sont principalement celles de menuisiers , de marchands en détail, de tailleurs.
L'autre classe comprend ceux qui sont venus en Égypte depuis la conquête de ce pays par les Turcs. Ils suivent presque tous la carrière commerciale.
Les Grecs habitent au Caire deux quartiers distants l'un de l’autre. L'un est nommé Ardh-el-Roum , et l’autre Jouannieh. Un assez grand nombre habitent le vieux Caire. La plupart suivent le rit grec schismatique ; ils ont trois monuments religieux , qui sont : l'église de Saint-Nicolas, desservie par le patriarche ; le couvent de Sainte-Catherine , à Jouannieh; et le couvent de Saint-George, au vieux Caire. Celui-ci attire surtout la vénération des fidèles. Il consiste en un chàteau fortifié dont l'entrée est difficile, qui renferme une église à laquelle on parvient par un escalier étroit pratiqué dans un mur de forte construction, et une tour du haut de laquelle on domine toute la campagne environnante. Les musulmans, comme les chrétiens , conduisent les aliénés à ce couvent , au patron duquel ils attribuent la propriété de les guérir.
Pendant l'expédition de Morée , plusieurs jeunes Grecs prisonniers ont été vendus comme esclaves. Ils ont adopté la religion musulmane ; quelques-uns occupent des grades importants dans l'administration et dans l’armée.
57. Syriens. — Il y a un siècle à peu près que les Syriens ont commencé à s'établir en Égypte, où les appelaient les nombreux rapports que la Syrie entre-
tient avec cette contrée. Ils acquirent bientôt , dans le commerce , des richesses importantes. C’est encore du négoce que vivent leurs descendants.
Les Syriens sont catholiques du rit grec; afin de s'affranchir des vexations que suscitaient contre eux , dans l’exercice de leur culte, les patriarches schismatiques qui auraient voulu les absorber dans leur communauté, ils s’engagèrent à leur donner chaque année, à titre de présent, une somme de trois mille piastres.
11 y a au Caire environ trois mille chrétiens de Syrie , Cinq à six cents à Damiette , deux ou trois cents à Alexandrie et à Rosette. Ils s’allient ordinairement entre eux, et perpétuent , avec leur race, leurs mœurs et leurs usages.