Fonctionnaires nouveaux. — Nous avons déjà
vu que Méhémet-Ali a changé les divisions de l'Égypte et a soumis le pays à des classifications adminisiratives propres à assurer au pouvoir centralisation de ressources et unité d'action. il a divisé l'Égypte en sept gouvernements principaux à la tête desquels il a placé des intendants , appelés #oudyrs. Ces gouvernements dont deux sont formés par la haute Égypte, un par la moyenne et quatre par la basse, sont divisés eux-mêmes en départements , qui se subdivisent à leur tour en cantons. Les chefs de département se nomment mémours, mot qui signifie à peu près substitut. Les chefs de canton sont désignés sous le nom de nazirs. Le canton embrasse dans sa circonseription plusieurs villages, qui ont pour premier magistrat une espèce de maire appelé cheïk-el-beled.
4. Leurs attributions. — Le cheik-el-beled à action directe sur les fellahs , qui ont recours à ses décisions dans leurs démêélés , il répond du payement des contributions.
Le chef de canton doit exercer une vigilante surveillance sur les travailleurs soumis à sa juridiction. C’est lui qui punit les administrés si les ordres du gouvernement ne sont pas exécutés par eux.
Le mâmour doit déterminer les travaux de l’agriculiture; de concert avec le moudyr, il indique, dans chaque village , le nombre de feddans que l’on destine aux diverses sortes de culture suivant les qualités des terres. Il doit exiger des fellahs les contributions en nature ou en argent , et faire réunir . après les récoltes dans les chouneh *, les produits destinés au
? Magasins d'entrepôt.
gouvernement. Le mâmour fait les levées d'hommes pour le service militaire et les travaux publics. Il doit surveiller aussi les fabriques.
Le moudyr visite les départements compris dans le cercle de son autorité ; il veille à l'exécution des ordres du vice-roi et des décrets du conseil ; il soigne Fentretien des canaux, des ponts et des digues.
Chaque semaine les mâmours et des moudyrs adressent au ministère de l’intérieur le journal détaillé de leurs opérations et des démarches qu’ils ont à faire. Toutes les affaires sont discutées , et rien ne se décide que le vice-roi, après examen , n’alt exprimé sa volonté.
Aujourd’hui les mâmours sont presque tous des indigènes : ce qui a porté le vice-roi à confier à des Arabes cette fonction, c’est qu’il a pensé que des hommes qui connaissent bien le pays et l’agriculture, qui , mieux que personne , peuvent apprécier la position , les besoins etles ressources de leurs compatriotes, administreraient avec plus de sagesse, de süreté et de justice que des étrangers imbus quelquefois de préventions de race ; cependant cette mesure n’a pas eu toute l'efficacité que s’en promettait Méhémet-Ali. Beaucoup d’Arabes montrent moins d'humanité envers leurs administrés que les Osmanlis.
Le vice-roi a donné une preuve plus frappante encore de ses intentions libérales , en nommant mâmours plusieurs chrétiens du pays ; jamais on n'avait vu les musulmaus décerner autant d’honneurs aux ralas.
Les moudyrs sont tures.
Outre les cheiks-el-beled , il y a dans chaque village un chef de culture, arpenteur, appelé kholy ; un seraf qui perçoit les contributions et qui est comptable des sommes qu’il recoit au mämour, qui lui-même les verse dans la caisse du moudyr ou paye les assignations du trésor ; il y a aussi dans chaque village un chahed, délégué du cadi, chargé de rendre la justice et faisant office de notaire pour passer les actes publics.
On doit avoir compris aisément combien les attributions et le caractère des fonctionnaires égyptiens diffèrent de ceux des fonctionnaires des autres pays. En Égypte , il n’ont aucune action politique à exercer , et ils sont plus que simples administrateurs , puisqu'ils déterminent les produits du sol et qu'ils veillent à la direction des manufactures. Ce sont de véritables intendants , chargés de faire valoir toutes les ressources des parties du pays qui leur sont confiées.
Ces employés ont des traitements proportionnés à leurs grades. Ils portent depuis peu des uniformes et des insignes particuliers : les cheïks-el-beled sont distingués par une décoration en argent; celle des nazirs est en or ; les mâmours Pont en diamants; les places de moudyrs sont occupées par des beys , colonels ou généraux , Ou par des pachas.
5. Police. — Damiette, Rosette, le Caire ne sont pas sous la juridiction des moudyrs. Leur administration est placée entre les mains de gouverneurs particuliers. La nombreuse population de la capitale exige , pour le maintien de l’ordre, une vigilante police. Cette branche du gouvernement est organisée avec soin au Caire. Il a peu d'années , deux magistrats principaux , le oualr
et le zabit , étaient à sa tête ; aujourd’hui le zabit seul la dirige. Il a sous lui des officiers, distingués par un signe spécial, qui sont répandus dans toute la ville et protégent par une active surveillance l’ordre public et la sécurité des particuliers. La nuit ils font des rondes. Une heure et demie après le coucher du soleil, ils arrêtent toutes les personnes qui vont dans les rues sans lanterne. Du reste deux ou trois heures après le commencement dela nuit, les rues sont désertes ; et la mesure qui ordonne aux rares individus qui sortent pendant l’obscurité de se munir d’une lanterne, est très-sage , dans une ville qui n’a pas d'éclairage public. Les agents de police qui font la patrouille interpellent les passants par cette exclamation : « Qui est là (kim dourou)? » à laquelle on répond : « Citoyen (ebn-el-beled , mot à mot enfant du pays). » Alors le garde de nuit crie encore : « Atteste l’unité de Dieu (ouakhid Allah).» « I n’y a de Dieu que Dieu (Za ilah illah Allah) , » fait la personne interrogée.
Les chrétiens comme les mahométans sont soumis à prononcer cette formule. Les mahométans supposent qu'un homme coupable d’un délit, ou qui méditerait une action criminelle, n’oserait pas répéter le mot d'ordre religieux , dans la crainte de commettre un horrible sacrilége. Les agas de police ont beaucoup d’habileté pour découvrir les malfaiteurs ; on cite d'eux des traits de finesse très-remarquables par lesquels ils ont su plus d’une fois prendre des voleurs , par exemple , dans leurs propres filets.