IRRIGATIONS
Arrosement par les canaux. — Arrosement par les puits. — Sakyehs, — Chadoufs.
5. Les habitants de l'Égypte durent rechercher les moyens de tirer le plus grand parti possible de la richesse que le Nil leur apportait annuellement. La construction des canaux et leur entretien furent par conséquent pour eux un sujet de préoccupations spéciales ; la fertilité de l'Égypte a pour cause les inondations du Nil. Dès la plus haute antiquité, amener l’eau du fleuve
sur la plus grande partie possible du territoire, tel fut “ le problème qu'ils se proposèrent, et à la solution duquel fut attachée la prospérité agricole du pays.
Aujourd'hui encore, c’est de l’économie des eaux du Nil que dépendent les richesses de l'Égypte. Le système d'irrigation a les mêmes effets que dans l’antiquité, il est déterminé d’après les mêmes principes. |
Dans la haute Égypte , les canaux, comme des branches qui s’écarteraient d’un tronc généreux, sont dirigés vers les deux chaines de montagnes qui encaissent la vallée ; parvenus à leurs pieds, 1ls se prolongent parallèlement au désert, et enlacent les terres de leurs réseaux fécondants.
Avant l’inondation, on élève des digues à la tête des canaux d'irrigation creusés de distance en distance sur les deux rives du fleuve.
Lorsque le Nil a commencé à croître, on coupe ces obstacles, et les eaux entrant dans les canaux viennent s'arrêter contre de nouvelles digues, débordent et submergent le terrain qu’elles enferment. Plus la crue est considérable, plus les eaux s'élèvent en amont des barrages dont je viens de parler, et plus est étendu l’espace qu’elles submergent. Après qu’elles se sont suffisamment répandues sur cet espace, on ouvre les digues contre lesquelles elles s’amoncelaient ; s’'échappant à travers l'issue, elles se déversent alors dans le lit du canal, le remplissent et vont s'arrêter contre de nouvelles digues qui donnent naissance au même débordement et à une inondation analogue , et sont coupées à leur tour , de sorte que le phénomène se ré-
pète tant que le volume des eaux est assez considérable pour le produire.
Les prises d’eau dans le fleuve sont renouvelées de distance en distance au moyen de canaux particuliers qui réparent les pertes des dérivations supérieures. Il existe des canaux secondaires pour reporter au Nil les eaux qui ont séjourné assez longtemps sur les terres.
Ainsi pendant l’inondation, on peut se représenter la vallée comme formant, depuis le Nil jusqu'aux montagnes ou à la lisière des déserts, des étages successifs sur les gradins desquels viennent s'étendre de grandes nappes d’eau.
Afin que les eaux restent sur les terres et ne retombent point dans le fleuve, les rives sont bordées de digues qui servent de chemin lors de l’inondation, de sorte que, dans plusieurs endroits, pendant cette période de l’année, les eaux retenues par ces digues sont plus élevées que le niveau du fleuve. L'entretien des digues principales qui vont d’un village à l’autre est donc de la plus grande importance. De même, celui des divers barrages qui produisent les débordements successifs des canaux mérite aussi les plus grands soins : il faut qu’une sage prévoyance préside à leur rupture afin que les villages éloignés ne soient pas frustrés au profit de ceux qui bordent le fleuve.
Les eaux du Nil sont donc comme un trésor dont ladministration, avec l’unité de son action et la puissance de ses moyens, est l'unique économe possible et naturel. Prudente, habile et forte, elle en maîtrise tous les éléments nécessaires qu’elle distribue à son gré sur
ns
la surface du pays. Ignorante, paresseuse ou faible, elle laisse s'échapper inutilement la richesse et la vie dont la gestion lui est confiée.
4. Arrosement par les puits. — Nous avons vu dans le premier volume : que Ja fécondation des terres n’a pas lieu par l’action exclusive des débordements du Nil ; que, s’il en était ainsi, l'Égypte, qui serait le pays le plus fertile du monde durant une courte période de l'année, serait desséchée et aride pendant les autres saisons. Nous avons vu que la filtration des eaux à travers les couches sablonneuses qui servent de base aux terrains cultivables aidait d’une manière puissante lagriculture égyptienne, et entretenait la végétation pendant toute l’année. Voici comment de tous temps on a tiré parti en Égypte de la filtration.
Lorsque les eaux supérieures du Nil s'étaient retirées, afin d'élever au niveau du sol les eaux sous-jacentes, les anciens inventèrent des puits à chapelets connus aujourd’hui sous le nom de sakyehs. La machine qui élève les eaux n’est autre chose qu’un treuil sur lequel s'enroule une corde garnie de pots en terre; ces pots tirent l’eau du fond d’un puits. Le treuil est mis en mouvement par un manége auquel sont attelés des bœufs. Dans la basse Égypte et dans le Delta, on emploie une roue verticale, qui élève l’eau dans des pots de terre attachés à des cordes et formant une série continue ; une large roue horizontale, tournée par des buffles ou des bœufs, met en mouvement la roue verticale et les pots.
1 Page 198.