SD
Ces machines sont très-simples ; elles sont fabriquées et arrangées par les paysans eux-mêmes. Jusqu’à présent, on a essayé infructueusement beaucoup d’autres systèmes hydrauliques plus compliqués, qui demandent des soins intelligents et veulent être réparés par des artistes habiles. Mais on a été toujours forcé de revenir au système primitif des sakyehs; il existe aujourd’hui dans la haute et basse Égypte cinquante mille sakyehs.
Les sakyehs servent principalement dans les lieux les plus éloignés du Nil et pour les cultures auxquelles linondation serait nuisible. Aux environs des villes , les jardins sont arrosés par des puits à roue.
Sur les bords du Nil et des canaux, surtout pendant les six premiers mois qui précèdent l’'inondation , on se sert d’une machine différente, plus simple encore, et qui a été souvent décrite par les voyageurs. Je veux parler du chadouf *. Le chadouf est composé d’un levier suspendu vers le tiers de sa longueur sur unetraverse horizontale que soutiennent deux montants verticaux établis au sommet des berges du Nil ou du canal où l’on puise l’eau. La branche la plus courte du levier porte un contre-poids de terre durcie; et sa branche la plus longue, une verge de bois attachée par un lien flexible, de manière que , pendant le mouvement de rotation du levier, cette verge reste toujours verticale. A son extrémité inférieure est suspendu le sceau en cuir. Un homme placé sur une saillie de terre puise
1 J'ai suivi, pour la description de ces divers moyens d'irrigation et des instruments aratoires, celle qui a été donnée avec beaucoup d'exactitude dans les Mémoires de l’Institut d'Égypte sur l’agriculture.
leau dans le seau, l'élève à la hauteur de sa poitrine et la verse dans un petit canal, qui la conduit sur les terrains où on en a besoin. et, si cela est nécessaire, dans un puisard, où elle est reprise de nouveau par une semblable machine qui la transmet à une troisième, etc., jusqu’à ce qu’elle soit parvenue à la hauteur du terrain qu’elle doit arroser. Chaque chadouf élève l’eau à 5 mètres environ de hauteur; on en place trois ou quatre au-dessus les uns des autres, suivant les localités. Les expériences faites sur une de ces machines par les savants de lexpédition française ont appris qu’un ouvrier égyptien peut élever, au moyen du chadouf, près de 50 litres d’eau par minute à une hauteur d'environ 35 mètres, ce qui est fort au-dessus de la force ordinaire d’un homme, telle qu'on la calcule dans dans notre climat d'Europe. On évalue qu’en moyenne les sakyehs donnent des résultats cinq fois plus considérables que les chadoufs. Dans la haute Égypte, où le Nil est plus encaissé que dans la basse , l'usage des chadoufs est plus répandu encore que dans le Delta. On voit jusqu’à cinq ou six étages de ces machines placées l’une au-dessus de l’autre pour faire parvenir l’eau jusqu’au-dessus des terres. Dans la même partie de la contrée, l'embouchure des canaux n'étant pas assez profonde, ils restent à sec pendant la plus grande partie de l’année; mais on supplée artificiellement à cet inconvénient en introduisant de l’eau par le moyen des puits à balancier. On voit donc à ces embouchures une grande quantité de chadoufs rassemblés sur le rivage. Les hommes employés au service des chadoufs passent des journées entières et souvent des nuits à
tirer de l’eau du fleuve et à la répandre sur la terre. Tous les voyageurs qui ont parcouru le Nil pendant les basses eaux ont été frappés du spectacle des nombreux chadoufs qui bordent les rives du fleuve, sans cesse mis en mouvement par des hommes presque entièrement nus, qui, pour régulariser le balancement qu'ils impriment à ces longues perches, accompagnent leurs travaux en répétant, sur un rhythme uniforme, de monotones cantilènes.
Les terres inondées ne donnent guère qu’une seule récolte; celles que l’on peut féconder pendant toute l’année par l’arrosement produisent jusqu’à trois et même quatre récoltes par an. L