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INSTRUMENTS ARATOIRES ET PROCÉDÉS AGRICOLES

Charrue. — Rateau. — Moissons. — Noreg. — Assolement. — Attachement des fellahs pour les anciennes pratiques.— Ferme modèle.

5. Le travail agricole est si facile en Égypte que les instruments aratoires sont d’une simplicité tout à fait élémentaire et tels qu'ils furent employés (les inscriptions en font foi) par les premiers habitants de la vallée du Nil.

La charrue égyptienne, nommée en arabe w#eharrat, consiste en deux pièces de bois réunies à leurs extrémités. On en fait varier l'ouverture au moyen d'une cheville qui est fixée à la pièce inférieure et qui passe dans un trou pratiqué à la pièce supérieure. La cheville est percée de plusieurs trous, dans lesquels on intro-

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duit une clavette qui rend invariable l'ouverture de Pangle, qui se trouve plus ou moins grand, suivant qu’on veut donner plus ou moins de profondeur au labour. La pièce la plus longue sert de timon. À son extrémité est une pièce transversale à laquelle les bœufs sont attelés ; ce joug est posé sur le cou des animaux et retenu par des cordes de palmier. A la pièce inférieure sont assemblés , à tenons et mortaises, deux montants en bois qui donnent au laboureur la facilité de diriger la charrue et d’enfoncer le soc en fer, en forme de bêche, dont elle est armée.

Le laboureur conduit cette charrue en tenant des deux mains ou d’une seule la cheville supérieure qui traverse les deux montants.

Lorsque les terres ont été labourées, pour en aplanir la surface les cultivateurs égyptiens font passer dessus un tronc de palmier qui est trainé transversalement par un ou deux bœufs, quelquefois pour rendre ce tronc plus pesant ils s’asseyent sur celte espèce de rouleau; pour déverser le terrain qui doit être arrosé artificiellement on se sert d’un rabot appelé massouga : c’est une planche de près d’un mètre de longueur à laquelle sont annexés d’un côté un manche et de l’autre une corde ; un ou deux hommes tirent celle-ci, tandis que la machine est dirigée de l’autre côté par celui qui en tient le manche. Lorsque les semailles sont faites, on ne revient dans le champ que pour le sarcier, larroser, et faire la récolte. On coupe la plante à la faucille, lorsqu'on ne l’arrache pas.

Lorsque la récolte est terminée, on réunit en gerbes ou en bottes les plantes de grande culture, et on les

amasse sur un emplacement particulier situé, soit dans le champ même où la moisson a été faite, soit dans un endroit peu éloigné. Les Égyptiens qui, pendant la plus grande partie de l'été, n’ont pas à craindre la pluie et jamais la gelée, n’ont pas besoin de granges.

Dans la partie la plus élevée du Saïd les céréales sont foulées aux pieds des bæufs, après avoir été étendues sur une aire.

Dans le reste de l'Égypte, cette opération s'exécute à l’aide d’une machine appelée zoreg. Le noreg est composé d’un châssis horizontal formé de quatre pièces assemblées d’équerre entre elles. Deux de ces pièces recoivent deux essieux en bois, sur lesquels sont fixées trois ou quatre roues en fer plat, d'environ deux millimètres d'épaisseur et de quatre décimètres de haut. Tout l'assemblage est ainsi mobile sur ses roues, dont la disposition est telle que celles qui sont traversées par le même essieu correspondent au milieu de l’espace compris entre celles que. traverse l’essieu suivant. Ce châssis est surmonté d’une espèce de siége en grosse menuiserie ou se place le conducteur des bœufs qui y sont attelés ; un anneau de fer fixé dans la traverse intérieure du châssis sert à attacher avec:une corde un timon volant à l'extrémité duquel est un joug transversal que l’on fait passer sur le cou de ces animaux : les gerbes de grains de toute espèce que l’on destine à être battues au moyen de cette machine sont déhiées et étendues sur une aire de huit à dix-huit mètres de rayon; on fait ensuite promener circulairement la machine sur cette aire, les gerbes sont ainsi foulées aux pieds des bœufs à diverses reprises, ce qui fait sortir les grains

de l’épi, tandis que pendant la même opération la paille se trouve hachée par les roues de fer dont le noreg est armé.

Les terres fécondées par le mon que déposent les eaux du Nil produisent une végétation continuelle ; les fellahs ne les laissent jamais reposer, ils se bornent seulement à alterner les cultures.

Les fellahs, de même que les peuples ignorants, tiennent avec obstination aux procédés agricoles que leur ont légués leurs pères : il est vrai que les travaux de l’agriculture sont si peu pénibles en Égypte, où Il semble que la nature agisse toute seule et ne demande presque rien autre chose à l’homme que l'entretien des irrigations , que l’on n’a pas besoin, pour y obtenir de grands résultats, des procédés avancés découverts par la science moderne. Néanmoins comme laction de la science est bonne et profitable partout, il n’est pas douteux qu’elle produirait en Égypte d'excellents effets ; c’est ce que le vice-roi a compris ; aussi a-t-il envoyé plusieurs jeunes gens en Europe pour s’instruire des progrès que la science agricole a faits au milieu de nous. Plusieurs jeunes Arabes ont suivi, sous la direction de M. Mathieu de Domballe, l’enseignement de l'institution de Roville, et Méhémet-Ali a fait établir auprès de Choubra une ferme modèle dont on a déjà obtenu quelque résultat, et dont on retirera infailliblement un grand parti, lorsqu'il sera permis au vice-roi de n’avoir plus d’autre préoccupation que de développer toutes les ressources pacifiques de l'Égypte, dont il est contraint aujourd’hui d’exagérer en quelque sorte la puissance guerrière.

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