DES GRANDES CULTURES DE L'ÉGYPTE
Saisons agricoles — Culture d'hiver : Blé,— orge, - fèves,— lentilles, — lupin et fenugrec, — safranum, trèfle, — Cultures el keïdy : Coton, indigo. — Cultures d’été : Dourah, — riz, — chanvre.— Vers à soie. — Tableau des productions de l'Égypte.
6. Saisons agricoles. — L’inondation du Nil divise l’année en trois périodes agricoles, et c'était probablement pour cela que les anciens Égyptiens avaient adopté pour leur année civile trois saisons de cent vingt jours chacune. Pendant que les eaux du Nil, parvenues à leur plus grand volume, se déversent sur les terres, an moyen de la rupture des digues , ont lieu les cultures qui n’ont besoin d'aucun arrosement jusqu’à la récolte, et qui sont désignées par la dénomination d’el-bayadr. Les cultures entreprises pendant la même saison sur des terres qui, n'ayant point été inondées ou n’ayant pas conservé assez longtemps les eaux du Nil, ont besoin d’arrosements artificiels, reçoivent le nom d’e/-chetaouy , ou cultures d'hiver ; les récoltes e/-bäyady ou el-chetaouy sont suivies des cultures appelées e/-seyfr ou el-keydy ; ces cultures correspondent à l’époque où les eaux du Nil sont à leur étiage ; elles exigent des arrosements artificiels.
Lorsque la crue du Nil commence, ont lieu les cultures distinguées par les noms de el-demiry lorsqu'elles se font dans les terres basses, et d’el-nabary lorsqu'elles
se font dans les terrains élevés , sur lesquels on à besoin de faire monter l’eau.
7. Currures v'Hiver : Le blé 1. — Les céréales sont cultivées sur les terres inondées; c’est après l’écoulement des eaux qu’on les confie à la terre.
Le blé se sème ordinairement, dans la haute Égypte, vers le mois de novembre, et dans le Delta vers le commencement de décembre. On sème par feddan un tiers d’ardeb du Caire, quelques jours après, sans enlever au grain les vesces ni les autres corps étrangers qu'il renferme. Les récoltes ont lieu vers le commencement de mars dans la haute Égypte et en avril dans le Delta. Nous avons déjà dit, dans le paragraphe consacré aux végétaux , le produit du blé en Égypte. On cultive aussi du blé , pendant le printemps, dans les champs où l’on a recueilli du trèfle; ce froment est obtenu au moyen des arrosements ; il est de meilleure qualité que le blé bayädy , mais en revanche exige plus de frais.
8. Orge. — Après avoir donné un léger labour à la terre, on jette par feddan six ou huit mesures de grains d'orge. La récolte se fait quatre ou cinq mois après.
9. Fèves. — Les fèves sont semées à peu près à la même époque ordinairement sur le limon du Nil, qu’on remue avec le rabot afin d’enterrer légèrement les graines. Elles restent en terre environ quatre mois et
: J'ai puisé, dans la partie statistique de l’ÆZistoire de l'Égypte sous Mohammed-Ali, par M. Mengin, la plupart des détails suivants. M. Mengin a consacré dans son ouvrage une grande part à l'agriculture
demi; on en sème par feddan de dix à douze mesures :.
10. Lentilles. — On commence à les semer en novembre, sans donner à la terre aucune préparation ; on jette par feddan six ou sept mesures. La récolte se fait trois ou quatre mois après.
11. Pois chiches. — Ils sont aussi semés au mois de novembre sur des terres qu’on ne laboure que pour recouvrir les graines semées à la volée ; on en sème sept ou huit mesures par feddan.
12. Lupin et fenugrec. — Ils sont semés dans les terrains faibles. Les procédés de culture sont les mémes que pour les grains dont nous venons de parler.
15. Safranum. — Il est semé à la même époque; la‘terre ne recoit aucune préparation, elle est ramenée sur les semences avec le rateau. On en jette trois mesures par feddan. Le safranum est récolté au mois de nars ; après la récolte on le recueille en gerbes et on le porte aux lieux où on doit le séparer de sa graine ; on l'y laisse pendant quinze ou vingt jours , et, lorsqu'il est bien desséché, on le bat avec deux bâtons pour le dégrainer.
14. Trefle. — Le trèfle est l’une des cultures les plus importantes de la saison qui suit l'écoulement des
eaux, Car il fournit la nourriture des nombreux bes-
tiaux que renferme l'Égypte.
15. Cuitures EL KEIpY : Coton. — La culture du coton est nouvelle ; c’est un Français, M. Jumel, qui, en 1821, indiqua au vice-roi toutes les ressources qu’on
1 L'ardeb du Caire se divise en 24 mesures. Voyez le chap. des puits,
mesures, monnaies, etc.
pouvait en tirer. Jusqu’alors, celui que donnait l’Égypte était de qualité inférieure. Quelques plantes de cet arbuste, venues des Indes, se trouvaient dans les jardins du Caire, où elles servaient d’ornements ; M. Jumel les remarqua et en étendit la culture sur une échelle immense. Le nom de M. Jumel est resté au coton d'Égypte, qui est devenu la principale branche des produits agricoles du vice-roi. Le sol de l'Égypte convient à la culture du coton Jumel; on le sème dans tous les terrains, mais on choisit de préférence les terres grasses , fortes, qui conservent l'humidité, où l’arbuste puisse acquérir une séve abondante et fournir des capsules bien remplies. On recherche aussi la proximité du Nil, afin d’arroser plus aisément et à moins de frais.
Les terrains où l’on sème le coton doivent être à l'abri des débordements du fleuve, car le séjour des eaux ferait périr les plantes. Les fellahs ont grand soin de protéger par des digues les terres qui seraient sujettes à être inondées dans le moment de la haute crue. Cependant les cotonniers sont arrosés périodiquement au moyen des sakyehs ou des chadoufs. En hiver , on leur donne de l’eau tous les quinze jours ; au printemps , s’il y a beaucoup de rosée, tous les douze jours, et en été tous les huit jours.
On sème le coton en mars et avril dans la basse Égypte ; auparavant on donne un seul labour à la terre , et deux ou davantage si la terre est faible. Dans le Saïd , on laboure partout à environ trente-six centimètres de profondeur. On trace ensuite des sillons à la distance d’un mètre. Après le labour , on brise les
mottes et on nivelle les terres qui ne subissent aucune autre préparation; on pratique des trous de trois à quatre pouces de diamètre sur autant de profondeur ; on y dépose de deux à quatre grains que l’on a eu som de faire tremper pendant vingt-quatre heures dans leau pour hâter leur germination; on laisse entre les pieds des cotonniers environ un mètre de distance. Dans les plantations voisines des villes, les fellahs , pour tirer parti de tout le terrain, sèment des légumes et d’autres végétaux dans ces intervalles. A l'époque de l’inondation, on sarele à la main les herbes parasites qui croissent autour des cotonniers.
La seconde année on ne remue la terre que pour faire un nouveau sarclage, et le cotonnier , qui avait atquis d’un mètre à un mètre et demi dans la première année, se développe encore, mais dans de moindres proportions.
Dès la première année, on taille les cotonniers avec une espèce de serpette; on leur enlève toutes les branches dont on se sert pour combustibles , et cette opération donne plus de force à l’arbuste et le garantit du froid qui ferait périr les branches.
La récolte du coton commence, pour la première année , en juillet , et finit en janvier quand il ne fait pas froid.
Le rapport d’un cotonnier est d’une livre un quart brut pour la première année ; pour la deuxième, d’une livre un quart à deux livres; la troisième donne le même produit, mais pendant les années subséquentes la plante perd sa fécondité ; aussi a-t-on reconnu qu'il convenait de la renouveler après trois ans. Du reste,
elle produirait encore longtemps ; on en a vu qui après cinquante ans donnaient encore des capsules. Au bout de trois ans , le cotonnier s’élève et produit un feuillage épais.
Un homme peut cultiver jusqu’à quatre feddans de terre contenant ensemble quatre mille cotonniers. Lors de la récolte, un ouvrier peut ramasser, dans une journée , de quinze à dix-huit livres de coton. Pour légrenage, on se sert d’une machine composée de deux cylindres d'environ neuf pouces de diamètre, placés lun sur l’autre et fixés à deux montants. Ils sont mis en mouvement par une roue qu’un homme fait tourner avec son pied ; c’est entre eux que passe le duvet ; les graines s'arrêtent et vont d’un autre côté. Un ouvrier égrène ordinairement de douze à quinze livres de coton par jour.
Pour emballer le coton. les fellahs se bornent à le presser avec leur pied à mesure qu'ils le mettent en balle ; maïs depuis quelques années le vice-roi a fait venir d'Angleterre des presses dont on fait usage en Amérique, et il a ordonné la confection de plusieurs autres machines semblables. La balle, telle que la pressent les fellahs, a un mètre et demi dé hauteur sur un mètre de largeur environ. Par le moyen de la machine américaine , elle n’a qu’un mètre de hauteur sur un demi de largeur.
16. Indigo. — La culture de lindigo est une des plus considérables. Cette importation étrangère a fort bien réussi; c’est principalement dans la haute Égypte et le Fayoum que l'indigo est cultivé; on le sème après linondation dans les terres grasses, sablon-
neuses, et qui, voisines du Nil ou des canaux, peuvent être facilement arrosées. Avant les semences , les fellahs donnent un labour à leurs terrains , le divisent en petits carrés qu'ils traversent de rigoles assez rapprochées, dans lesquelles ils placent les graines. Les indigotiers sont arrosés tous les huit ou dix jours. Lorsque les plantes commencent à fleurir, on fait une première récolte de feuilles; lorsqu'elles sont arrivées à leur maurité, on récolte en même temps les semences.
17. Currures p’Éré : Dourah. — Le dourah indigène , base principale de la nourriture des fellahs , qui le préfèrent au blé, se sème à la fin de mars, dans les champs où l’on a déjà fait la récolte du trèfle ; on brüle les herbes parasites qui couvrent le terrain sur lequel on va jeter le dourah, et après cette opération , qui rend la terre plus féconde , on lui donne un seul labour ; on dépose dans des trous faits à la pioche trois ou quatre grains ; on les recouvre; on divise la terre en carrés de quatre à cinq pieds, fermés par des digues autour desquelles on fait couler l’eau, que l'on conduit ensuite dans les sillons tracés avec le hoyau. Lorsqu'un carré a été suffisamment arrosé, on fait parvenir l’eau dans un autre carré, et ainsi de suite. Souvent on ne l’arrose même pas, mais alors les produits sont de qualité inférieure et moins abondants.
La récolte du dourah se fait pendant le mois de juillet; on coupe les tiges à la faucille; les fellahs qui le recueïllent en grande quantité font la séparation des grains au moyen du noreg.
On cultive pendant l’automne une variété de dourah nommé dourah blanc.
Le maïs, que les Égyptiens appellent chamy, est semé deux fois par an , dans l'automne et dans l’été.
On sème environ un quart d’ardeb par feddan ; le produit varie entre 4 et 10. Le maïs rend du 10 au 14.
48. Riz. — La culture du riz, qui est une des principales de la basse Égypte, se fait d’une manière particulière; nous avons déjà dit que les rizières sont communes dans la basse Egypte , surtout aux environs de Damiette et de Rosette. |
Avant de mettre en terre les semences du riz, on les place dans des couffes que l’on tient dans l’eau de dix à quinze jours, jusqu’à ce que le grain soit assez amolli. On les étend ensuite sur des nattes, et en tas de trente pieds de long, d'environ quatre de large, et d’un d’élévation. On les couvre de trèfle ou de paille, et lorsque la chaleur les à fait germer, ce qui arrive au bout de deux ou trois jours, on les sème sur un terrain qui auparavant a été recouvert d’eau pendant plusieurs jours. On fait ensuite des labours croisés sur les carrés que lon laisse reposer, pour les labourer de nouveau et les submerger, et enfin aplanir leurs surfaces avec le rateau. C’est alors que l’on jette les semences qui s’enfoncent par leur propre poids dans la terre saturée d’humidité. Au bout de trois jours, on amène de nouveau l’eau sur les carrés ensemencés ; on l’y laisse pendant le même temps, puis on la fait écouler de nouveau. Les arrosements ont lieu de la même manière jusqu’à la maturité du riz. Si les rizières demeuraient à sec pen-
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dant quelque temps, la récolte serait compromise.
Celle-ci se fait au mois de novembre; le riz est coupé avec la faucille, lié en gerbes, transporté sur une aire, et égrené par un traineau semblable au noreg, que deux bœufs promènent pendant plusieurs heures sur les gerbes déliées. Après que les grains ont été passés au crible, on les expose au soleil pour être desséchés, et on les dépouiile de leur balle en les faisant passer par un mortier, dans lequel ils sont battus par deux pilons mus par un mécanisme particulier. Après que le riz est blanchi, il est passé de nouveau sous les pilons avec une quantité de sel équivalente au cinquième de la sienne.
19. Chanvre. — Les terrains préférés pour la culture du chanvre sont ceux qui sont situés au bord du Nil, au bord des canaux et dans des conditions d’humidité permanente. Avant de recevoir le chanvre , les terrains qui lui sont destinés doivent être préparés comme ceux du coton Jumel. C’est aux mois de janvier et février que se font les semences. Au bout de quatre jours, l'herbe commence à paraître. On la laisse se développer pendant quinze jours ; on la sarcle ensuite, opération que l’on renouvelle tous les huit jours. Le chanvre demeure en terre trois mois et trois mois et demi ; on reconnait la maturité à sa couleur. Après lavoir moissonné , on le laisse exposé pendant vingt jours à l’air, afin de le faire sécher. On le bat ensuite pour en séparer les graines. La partie filamenteuse se met en macération pendant quinze jours ; on la desserre ensuite si elle est dans un état convenable, et on l'expose au soleil pendant six jours ; puis on la nettoie,
et on la porte dans les chounehs, ainsi que les graines.
20. Lin. — Le lin est cultivé de deux manières. D’après l’une, la terre à laquelle il est destiné ne reçoit aucune préparation ni avant ni après les semences. Dès que les eaux sont écoulées, on jette la graine. Dans l'autre système, les fellahs labourent la terre en deux sens, puis la divisent en petits carrés sur lesquels ils sèment à la volée et se contentent d’arroser une seule fois. Quand le germe s’est développé, qu’il commence à produire des brins, on couvre les champs de terres alcalines, on arrose ensuite pendant la croissance des tiges jusqu’à leur maturité, qui arrive pendant le mois de mars. Alors les fellahs arrachent les tiges, qu'ils étendent pour les faire sécher, et lient en petites gerbes, afin d'extraire les graines, soit en pressant les sommités ou en les secouant sur un vase de terre. Le premier procédé est employé dans la basse Égypte et le second dans le Saïd. Après le battage, on passe les capsules dans une espèce de moulin qui détache les graines de leurs balles. L'opération finie, on lie en bottes bien serrées les tiges privées de leur graine; on les expose pendant quelque temps au soleil et à la rosée; puis on les place dans des mares, dans des canaux, en ayant soin de les placer verticalement et en les chargeant de pierres, afin qu’elles ne surnagent pas. Cette submersion dure ordinairement vingtcinq jours, au bout desquels on retire les tiges et on les expose au soleil pour les faire sécher. Lorsque la dessiccation est arrivée au point convenable, on les brise en les frappant sur la pierre avec un bâton ; puis on secoue le lin pour le dégager des fragments de tige
qu'il renferme, puis enfin on le passe à travers les dents d’un peigne. ,
91. Vers à soie. — Méhémet-Ali a donné une grande impulsion à l'éducation des vers à soie; nous avons vu : qu'il a fait planter plus de trois millions de mûriers dans la basse Égypte. C'est au mois de janvier que ces arbres bourgeonnent. L’éclosion des vers a lieu au mois de mars, et même plus tôt, si on ne tient les graines dans des lieux bien frais. Entre la naissance et la première venue s'écoule une période de dix à quinze jours environ, et dont la longueur, variable entre ces deux termes, dépend de la chaleur de la température. Entre la première et la seconde, on compte douze jours ; de douze à quinze entre la seconde et la troisième, et enfin, entre la troisième et la quatrième, quinze jours à peu près. Il y a donc un intervalle de deux mois entre la naissance des vers et le moment où ils filent les cocons.
On ne connait pas en Égypte les maladies épidémiques des vers. L’excès de chaleur, la poussière, la rosée, sont quelquefois cause d’accidents ; les rafales du vent brülant du midi les dessèchent et les carbonisent.
Une once de semence donne plus de 7,000 cocons. Chaque cocon pèse d’une demi-drachme à une drachme. En 1855, la récolte a été de 6,150 okes. La ponte des papillons ne demande aucun soin très-particulier, car les mâles s’accouplent d'eux-mêmes avec les femelles. Vingt jours suffisent pour que le cocon soit parfait. On conserve les semences en hiver en les plaçant dans des
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sacs ou des caisses que l’on descend au fond des puits.
29, Produits de l'Égypte. — Voici le chiffre des principaux produits de l'Égypte pendant l’année 1833; ce tableau donnera un apercu de leur importance, qui ne varie pas :
Hectol,
PE: 2,668.000 Fèves. . 1,288,000 Orge. 1,196,000 Maïs. 294,400 Dourah. 1,580,000 Lentilles. . 128,800 Pois chiches. . 46,000 Lupins. 36,800 Fenugrec . 110,400 Riz de Rosette. 95,200 Riz de Damiette. 92,000 Graine de lin. 40,480
— de laitue. 14,720
— de sésame. . 53,120
— de carthame. 2,760
Kilogram.
Coton arbuste. 4,891,700
— herbacé. 200,115 Sucre. . 382,449 Safranum . 26,600 Henneh. 1,555,450 Lin. 800,460 Indigo . 947,100 Opium . 18,450 Soie. 7,995