CIRCONCISION
Antiquité de cette pratique.— Cérémonies qui l’accompagnent. 98. Antiquité de cette pratique. — Chez les anciens Égyptiens. la circoncision était une mesure hygiéni-
que prescrite par la loi civile. Établie par Abraham , elle devint pour la nation juive une obligation reli-
gieuse. Saint Paul en dispensa les chrétiens; mais les musulmans , fidèles aux traditions du patriarche hébreu, se la sont imposée. Elle n’est pas néanmoins universellement regardée parmi eux comme un devoir. Lessectateurs du rit hanéfy pensent que cet acte est méritoire, qu'un homme doit s’y soumettre s’il n’a pas de bonnes raisons pour s’y refuser, mais qu’au fond on peut être bon musulman sans être circoncis. Les Égypüens suivent l'usage de la circoncision. Il est évident que cette pratique est conçue sous un excellent point de vue d'hygiène. Combinée avec les ablutions et les bains , elle préserve les parties génitales de beaucoup d’aflections dont la malpropreté serait la cause.
29. Cérémonies qui l’accompagnent. — C'est ordinairement à sept, huit ou neuf ans que les enfants musulmans sont circoncis; l’âge où la cérémonie doit avoir lieu n’est pas spécialement précisé ; il faut néanmoins que l'enfant n'ait pas atteint l’époque de la puberté , parce qu’alors il est astreint à la prière, et qu'il ne serait pas regardé comme étant dans l’état de pureté recommandé par Ja religion s’il conservait encore intégralement le prépuce.
Les parents qui sont dans l’aisance entourent d’une certaine pompe la cérémonie de la circoncision de leurs fils : accompagnés par un cortège composé de leurs amis et de musiciens, il les promènent à travers les rues qui avoisinent leurs demeures. Le jeune enfant est placé sur un cheval magnifiquement caparaconné. Lui-même il est vêtu splendidement : un turban en cachemire rouge couvre sa tête ; sous les autres rapports, 1l est habillé comme une jeune fille ; il porte le
yelek, la sallah, le kours et le soufeh; il tient sur sa bouche avec sa main droite un mouchoir richement brodé. Le domestique du barbier qui doit faire l’opération ouvre la marche, pourtant le Aelm, espèce de caisse où sont les ustensiles de son maître et qui lui sert d'insigne. Des musiciens, qui jouent du hautbois et frappent sur des tambours, viennent ensuite; puis derrière l'enfant, marchent ses parents etles amis de sa famille.
Les parents très-riches prodiguent encore plus de luxe et d’apparat dans la procession qui conduit leur fils à la mosquée : ils le font suivre, au milieu d’un nombreux et splendide cortège, par ses camarades d'école ou des enfants de son âge, qui brülent dans des vases à parfum du benjoin et de l’aloès ; après que le cortége a passé dans la mosquée une partie de l’aprèsmidi à invoquer pour le moutakir (c'est ainsi que lon nomme laspirant à la circoncision) la protection de Dieu et l’intercession du prophète, ils donnent un grand banquet aux personnes qui l’ont accompagné.
C’est ordinairement à l’issue de ce repas que la circoncision est pratiquée. Le barbier emmène l’enfant dans un appartement éloigné, lui ampute le prépuce avec un rasoir, et arrête l’hémorragie avec une poudre astringente. La plupart des convives, félicitant alors le circoncis , lui font des cadeaux. Une semaine après qu’il a subi l'opération, ilest conduit au bain.
La circoncision est pour les musulmans la limite entre deux phases de la vie. Elle clôt l'enfance. Après avoir été circoncis, le jeune néophyte est presque considéré comme un homme; on lui apprend à réciter les
prières, on l’initie aux pratiques de la religion. S'il est riche, ses études prennent alors une tournure plus grave; s'il est de condition pauvre, il commence à aider ses parents dans l'exercice de leur profession.
MARTAGE.
Penchant des Égyptiens pour le mariage. — Age fixé. — Unions défendues. — Préliminaires du mariage. — Cérémonies. — Défloration de
l'épouse.
50. Penchant des Égyptiens pour le mariage. — Le mariage est regardé par les musulmans comme une obligation morale à laquelle il est mal de chercher à se soustraire. Ils veulent qu’un homme prenne femme dès qu’il atteint l’âge convenable et qu'aucun obstacle majeur ne s’y oppose. La rigueur du préjugé est poussée si loin qu’on ne peut pas habiter dans un quartier une maison particulière si lon n’est marié ou si l’on n’a des femmes esclaves. Un célibataire est forcé de vivre dans un okel.
Les parents ont pour leurs enfants, comme pour eux-mêmes, ce désir de la génération qui préside à leur vie conjugale. Ainsi sont-ils empressés à les marier de bonne heure. Ils concluent quelquefois pour eux des fiançailles, tandis qu’ils sont encore en bas âge, et gardent les jeunes époux , chacun dans sa famille, jusqu’à l’époque de la puberté.
51. Age fixé pour le mariage. — Il n’y a pas précisément d'âge fixé pour l’accomplissement du mariage.
Les Arabes poussent en ceci les choses jusqu’à l'abus ; quelques-uns marient des filles de neuf ou dix ans, lorsqu'elles n’ont pas encore acquis le développement physique et moral qui distingue la femme. On voit souvent des hommes de trente à quarante ans avoir pour épouses de petites filles dont ils pourraient être les pères ou les grands-pères. Cela prouve bien qu'ils ne recherchent dans l’union des sexes que ce qu'elle a de sensuel, et que ni la raison ni le sentiment ne les guident dans la formation des liens conjugaux.
52. Unions défendues. — Un musulman ne peut épouser ni sa fille, ni sa sœur, ni sa nièce, ni sa bellefille, ni sa sœur de lait, ni même la sœur de sa femme, à moins que celle-ci ne soit morte ou répudiée. Le mariage est permis dans les autres degrés de parenté. La loi ne défend pas l'union d’un musulman avec une femme juive ou chrétienne , mais elle ne la tolère pas avec une femme d'une autre religion. Il est d'ailleurs presque sans exemple qu’un musulman profite de l’autorisation qui lui est donnée d’épouser une chrétienne ou une juive.
53. Préliminaires du mariage. — \orsqu'un homme a fait demander une jeune fille en mariage et que l'arrangement proposé est agréé par le père de la femme, si elle n’est pas nubile, ou par elle-même, si elle a passé l’âge de puberté (car alors son consentement est nécessaire), on procède au contrat. Le mariage est en Egypte un acte de convention privée, qui n’exige ni sanction religieuse ni formalité civile. L'union est arrêtée par le consentement des époux exprimé devant deux témoins. La femme agit dans cet acte par le
moyen d’un procureur qu'elle a le droit de choisir elle-même si elle est majeure, mais qui est son père ou son tuteur dans le cas contraire. « Je t’épouse (zaouagtak) », dit la personne qui la représente à l’homme qui aspire à sa main. « Je te reçois (gabeltak) », répond celui-ci. Souvent les musulmans vont faire la déclaration de leur mariage au cadi; un grand nombre ne remplissent même pas cette formalité.
Le consentement obtenu, on traite de la dot. En Égypte ce n’est pas la femme qui l’apporte au mari. La loi ordonne au contraire à ce dernier de fixer un douaire à sa femme. Dans une société où le divorce est permis, cette loi est très-jusie, car elle assure quelque dédommagement à l'épouse répudiée. La dot est en général évaluée en riyals, monnaie fictive divisée en 90 paras (équivalant à environ 50 centimes). Chez les personnes de fortune moyenne, la dot s'élève ordinairement à 1.000 riyals ou quelquefois elle ne dépasse pas la moitié de cette somme. Les riches la calculent en bourses (celle-ci vaut 195 francs), et la fixent à 10 ou au-dessus. Il est stipulé que l'épouse recevra les deux tiers de sa dot en entrant dans la maison de son mari; elle peut en disposer à son gré, sans avoir à lui en rendre compte. Le tiers restant est mis en réserve pour l'éventualité du divorce.
34. Cérémonies du mariage. — Les cérémonies suivent de près la promesse réciproque. L’intervalle qui les sépare de la conclusion du contrat est ordinairement de huit ou dix jours. Pendant ce temps, les parents de l'épouse préparent son trousseau, et l'époux lui envoie des présents. Les jours choisis comme les
plus heureux pour la célébration des noces sont le vendredi surtout ou ie lundi; l’époque préférée est le temps qui s'écoule depuis la crue du Nil jusqu'au Ramazan ; pendant les deux ou trois nuits qui précèdeni la journée solennelle, la maison ou le quartier du fiancée sont illuminés , et il célebre des festins avec ses parents et ses amis. La maison de l'épouse est animée aussi par des réjouissances semblables. C’est une grande fête que la journée que la jeune fille va passer au bain, où elle est peignée, parfumée et pour la première fois épilée. Ses parentes et ses amies ly accompagnent. Elle s’y rend deux jours avant le mariage, pompeusement parée et la tête ornée d’une couronne, sous un dais que précèdent des musiciens et les dan-
seuses du pays, les almées ; le soir elle est ramenée dans la maison de son père escortée du même cortége. Le jeune homme aussi se rend au bain public avec cérémonie et y passe une journée entière avec ses amis. Peudant que chacun des fiancés occupe le bain, qu’ils louent en entier, l'entrée en est interdite au public.
Lorsque le grand jour est arrivé, l'épouse est conduite processionnellement dans la demeure de son mari avec le même appareil que celui qui a été déployé dans la journée du bain. Des esclaves portent dans des corbeilles ses parures et ses bijoux; d’autres brülent des parfums dans les cassolettes. Les femmes poussent des cris confus appelés zougarits. Le cortége marche
“entement et fait de grands détours , afin que la solennité soit plus éclatante.
Un festin somptueux attend l’épouse à son arrivée
El MOEURS ET USAGES DES MUSULMANS.
dans le harem. Le mari n’y assiste pas; il se rend à l& mosquée avec ses parents et ses amis pour faire la prière, et leur donne à son retour un magnifique repas, après lequel il entre dans l'appartement de l’épousée.
Là le voile de celle qui est sa femme, et dont il ne connaissait pas encore le visage, est enlevé : c’est un moment décisif où les rêves qu'il avait faits sur la beauté de son épouse sont satisfaits ou convertis en déception. I procède ensuite à l’opération qui doit lui prouver sa virginité.
53. Défloration de l’épouse. — Le mariage se consomme en Égypte avec des circonstances si particulières que je crois nécessaire d'essayer de les rapporter. C’est une tâche scabreuse, je le sais, que de traiter un sujet aussi délicat; je m’efforcerai de le faire en me gardant, autant que possible , d’effaroucher les oreilles pudiques.
Le principal ou l’unique mérite recherché dans une jeune fille qui se marie, c’est la virginité. Les parents y attachent autant d'honneur que l'époux d’importance. Il faut donc qu'elle en puisse donner des preuve; évidentes non-seulement à son mari et à ses parents, mais encore à leurs amis et aux personnes qui les conuaissent.
Aussi, parti les Arabes, la défloration n'est-elle point entourée d’un pudique mystère. Le public y est en quelque sorte pris à témoin, car il est appelé à en constater les résultats.
C'est en présence des mères et de quelques matrones de Ta famille qu'a lieu cette opération barbare. Le mari déflore l’épousée avec le doigt indicateur de la
main droite, enveloppé d’un mouchoir de mousseline blanche. Il met dans l’accomplissement de cet acte une brutale violence , inspirée par la plus cruelle et la plus honteuse jalousie. Le mouchoir, teint du sang de Ja jeune victime, est présenté aux parents, qui la félicitent de sa chasteté et témoignent hautement leur joie. Cette preuve sanglante de la pureté de l'épouse est présentée ensuite aux invités de la noce, et le lendemain , la mère, la sœur ou une parente de la mariée vont la montrer dans le quartier.
Une malheureuse qu’une faute , une maladie, ou un vice de conformation empêcherait de fournir ce témoignage de sa vertu serait sur-le-champ renvoyée par son époux. On a vu des parents assez barbares pour immoler leurs filles dans cette circonstance et les faire précipiter dans le Nil. Heureusement les cas où la chasteté ne peut pas se prouver sont très-rares , et il est aisé de suppléer par des moyens artificiels, que les matrones, dans un sentiment d'humanité, ne refusent pas d'employer , aux indices naturels dont une jeune fille peut avoir été privée par quelque accident.
L’épouse ne communique avec son mari que sept jours après la défloration.