‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 6 sur 103 · La mort. — Les musulinans ont un grand res · texte numérisé non relu

La mort. — Les musulinans ont un grand res

pect pour les morts. Les funérailles doivent done être chez eux un acte solennel et religieux.

Mais ici, comme en beaucoup d’autres choses, la vivacité bruyante ou la pompe de l'expression ne prouvent pas la profondeur réelle du sentiment. Les musulmans ne peuvent pas regretter amèrement les parents ou les amis que la mort leur enlève, parce que la religion leur commande une soumission absolue aux décrets de la Divinité; poussé trop loin, ce regret seraii pour eux un péché. Aussi, la première douleur calmée, disent-ils ordinairement en parlant d'une personne qu’ils ont perdue : « Dieu l'a rappelée dans son sein ; elle est heureuse. »

Les mourants, lorsqu'ils connaissent leur état, montrent eux-mêmes la plus grande résignation. « Il my a de puissance qu’en Bieu, disent-ils, nous lui appartenons, nous retournons à lui! » et à ceux qui s’enquièrent de leur situation : « Honneur à Dieu! notre Seigneur est bon! » Quand ils en ont encore la force, ils font l'ablution, comme avant la prière, afin de sortir de la vie dans un état de pureté complète; on les tourne , avant qu'ils expirent , dans la direction de la Mecque.

57. Douleur des parents. — Le moment où un musulman vient de rendre le dernier soupir est suivi de scènes singulières, dont j'ai été souvent témoin. Chez nous, la douleur et les larmes des membres de la famille commencent avec l’agonie du mourant, il n’en est pas de même parmi les mahométans : tant que le malade respire, les assistants demeurent calmes et froids ; c'est en vain que les médecins européens les

avertissent que l’agonie sera promptement suivie de la mort. Ces avis ne les éineuvent pas; ils croient d’ailleurs que la vie et la mort sont entre les mains de Dieu et qu'il n’est permis à personne de dire d’un homme qui respire encore : Il mourra. Mais lorsque le dernier soupir a été rendu, tout à coup la douleur se manifeste par les cris les plus percants, par les plus violents témoignages ; on voit les femmes se frapper le sein, s’arracher les cheveux et pousser des lamentations lugubres appelées par harmonie imitalive oueloueleh. Les exclamalions qui se font entendre le plus communément à la mort d’un père de famille, dans la bouche de ses femmes et de ses enfants, sont celles-ci: « O mon maître! à mon dromadaire ! à toi qui portais notre nourriture, qui soutenais le fardeau de notre existence! à mon lion! à appui de la maison! Ô mon chéri! à mon unique! à mon malheur! Pourquoi nous as-tu abandonnés? disent-ils encore, que te manquait-il au milieu de nous ? nos soins n’ont-ils pas été dévoués; notre soumission n’était-elle pas sans bornes; les témoignages de notre amour et de notre respect n’avaient-ils pas touché ton cœur ? » Les femmes du voisinage viennent réunir leurs gémissements aux plaintes funèbres de leurs amies. Souvent on appelle des pleureuses publiques (neddabehs), qui frappent sur des tambourins, poussent des cris qui feignent le désespoir, et entonnent une énumération banale et exagérée des qualités physiques et morales du mort. Quelques personnes éclairées condamnent cependant l'usage des pleureuses.

Les hommes conservent presque toujours leur im-

passibilité dans ces moments fâcheux ; leur douleur ne se révèle pas par des signes extérieurs : on les voit seulement éviter pendant plusieurs jours la société de leurs amis, comme pour concentrer encore plus en eux le chagrin qu’ils éprouvent.

58. Pratiques de l’ensevelissement. — Les Orientaux n’ont pas de loi qui fixe la durée de l'intervalle qui doit séparer la mort de l'inhumation. La religion recommande de faire les funérailles le plus promptement possible. Quelquefois le cadavre est porté au tombeau une demi-heure ou une heure après la mort, rarement on laisse s’écouler plusieurs heures ; cette précipitation, recommandée par le législateur afin de prévenir la putréfaction , qui se fait rapidement dans un climat chaud, a dû avoir plus d’un résultat funeste. Les funérailles ont toujours lieu durant le jour. Si le mort a expiré pendant la nuit, on ne l’ensevelit qu'après le lever du soleil; on continue jusqu'alors les lamentations.

Dès que le moribond a fermé les yeux, on envoie chercher, suivant son sexe, les hommes ou les femmes dont le métier est de laver les morts (moughasil). Après avoir lavé le cadavre, ceux-ci létendent sur une table, le rasent, l'épilent, bouchent toutes les ouvertures afin que , purifié par la lotion , il ne soit pas souillé par des déjections fécales. [ls lenveloppent ensuite dans un linceul de toile neuve. Les musulmans attachent tant de prix au suaire, qu’en entreprenant une expédition militaire ou un lointain voyage, ils en emportent un avec eux. Lorsqu'ils ont été couverts du linceul, on les place dans la bière par-

dessus laquelle on jette uu drap orné de broderies.

Les hommes ne sont pas tenus à être ensevelis dans des caisses ; mais la loi, poursuivant les femmes de sa jalousie, même après leur mort, recommande de les y renfermer toutes les fois qu’on le pourra.

Le cadavre placé dans la bière est porté dans une mosquée, la tête la première ; les musulmans ne permettent pas aux chrétiens de conduire leurs morts dans cette direction, ils les obligent à les porter les pieds en avant. Le convoi est précédé d’aveugles qui marchent sur trois rangs en chantant sur un rhythme triste et solennel la formule de la foi musulmane : La lah Allah, ou Mohammed reçoul Allah ( n’y a de dieu que Dieu, et Mahomet est le prophète de Dieu ); ensuite viennent les serviteurs du mort; après eux, les pleureuses, vêtues de longues robes bleues et de voiles blancs; puis les quatre hommes qui portent la bière sur leurs épaules ; enfin, la famille et les cheiks de Ja mosquée, que suivent quelquefois des hommes du peuple. Le mort est déposé un instant dans la mosquée, où un homme de la loi fait sur lui la prière, puis il est conduit au cimetière et placé dans le tombeau de manière que sa tête soit tournée du côté de lorient. Les personnes qui composaient le cortège font un repas autour de la fosse. Les parents retournent avec les pleureuses , qui demeurent quelquefois plusieurs jours encore dans la maison , occupées à entretenir par leurs fonctions funéraires la douleur de la famille *.

? L'usage des pleureuses est particulier à l'Égypte : des passages d'Herodute et de Diodore de Sicile peuvent faire supposer qu'ii y existe depuss

56. J'ombes et cimetières. — Les tombes des Égyptiens sont des voûtes oblongues, creusées de manière que les personnes qui y sont enterrées puissent se lever lorsqu'elles reçoivent la visite des deux anges Mounkir et Nakir. L’une des faces est tournée vers le sud-est, c’est-à-dire du côté de la Mecque ; à la face opposée se trouve l'entrée, protégée par un petit carré en maçonnerie. La voüte peut contenir en général quatre cadavres ou davantage, il est rare que les femmes soient ensevelies dans la même tombe que les hommes. Au-dessus de la voute, dont la partie supérieure est au niveau du sol, s'élève un monument allongé et de forme cubique , à chacune des deux extrémités duquel est placé une stèle en pierre surmontée d'une coïflure d'homme ou de femme, suivant le sexe auquel il est consacré. Malgré la défense formelle du prophète , ces monuments portent souvent des inscriptions du Coran. Mahomet a ordonné également que les tombeaux soient bas et construits en briques crues; cependant les riches et les grands seigneurs se font élever de magnifiques sarcophages en marbre, ornés de sculptures. Quelques-uns même construisent, pour y placer leur sépulture, de belles mosquées. Plusieurs des tombeaux des califes et des beys mameluks sont des chefs-d’œuvre d'architecture arabe.

Les cimetières égyptiens sont ordinairement situés dans l’intérieur ou auprès des villes , dans des lieux élevés ct sablonneux ; on y voit rarement de la végétation. Il arrive pourtant quelquefois que l’ombrage so-

l'antiquité la plus reculée. Mahomet J’a défendu. En Egypte , sa proibi- Hiun a échuué contre l'antiquité de la coutume.

litaire d’un sycomore s’étende sur une tombe , ou que quelques fleurs entretenues par la piété d’un parent ou d’un ami croissent sur le tertre qui recouvre les ossements d’un mort.

40. Respect des musulmans pour les morts.— Dans les épidémies, les musulmans ensevelissent leurs morts avec le même soin; ces fléaux ne produisent pas au milieu d'eux cette épouvante qui jette ordinairement la plus déplorable confusion parmi les populations européennes ; jamais ils n’abandonnent les cadavres des victimes de la peste. De même, dans les batailles, c’est pour eux un devoir religieux d'enlever leurs morts, afin de leur rendre les honneurs funèbres. Lorsque , dans les voyages du désert , exténués de fatigue , ils prévoient qu'ils vont succomber, ils creusent euxmêmes leurs fosses dans le sable et s’y couchent pour mourir.

41. Deuil. — Les musulmans ne portent pas de deuil comme nous. il en est qui se teignent les bras d'une couleur bleue ou noirâtre, et ne les lavent pas tant qu’elle se maintient. Lorsque ieurs époux meurent, les femmes teignent également avec de lindigo leurs mains et leurs bras jusqu'aux coudes, leurs vêtements et leurs voiles ; elles laissent pendant quelque temps leur chevelure en désordre et ne portent aucuns bijoux. À la mort du maître d’une maison , on met à l'envers les nattes , les Lapis . les coussins et les couvertures du divan.

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