NAVIGATION DU NIL
Barques du Nil. — Maachs. — Djermes. — Daabichs.— Kanges.— Bateaux à vapeur. — Navigation du Nil. — Gréement des barques. — Mariniers du Nil.
1. Barques du Nil. — L'Égypte qui, sur la plus grande partie de sa longueur , n’a qu’une largeur de quelques lieues à peine , pays plat du reste, a reçu de la nature, dans l’immense ligne navigable du Nil, une voie de communication qui lui rend moins nécessaire qu’à toute autre contrée les moyens artificiels par lesquels on rapproche les distances.
Le Nil et les principaux canaux navigables, tels que le Mahmoudieh , etc., servent de moyen de transport pour les produits agricoles et les voyageurs. Le règne de Méhémet-Ali a donné une grande impulsion à la
navigation du Nil. Du temps de l'expédition française il n’y avait guère que seize cents barques parcourant le fleuve et les plus grands canaux. On en compte aujourd’hui {rois mille trois cents, dont huit cents appartiennent à l'État. Ces différents bateaux se divisent en plusieurs classes, suivant leur grandeur et l’usage auquel il sont employés.
2. Maachs. — Les plus grands (maachs) ne servent qu'au transport des marchandises encombrantes, le coton , les céréales , etc. Ces barques sont aussi grosses que nos navires de commerce ordinaires ; il en est même qui jaugent environ cinq cents tonneaux. Elles ont, sur deux ou trois mâts, de grandes voiles latines; elles ne peuvent naviguer, à cause de leur fort tirant d’eau , qu’à l’époque où les eaux du Nil sont hautes. Elles font ordinairemeut deux voyages par an.
5. Djermes. — Les djermes , moins grandes que les maachs, sont également consacrées au transport des marchandises, mais on n’en fait usage que sur les deux branches du Nil. Elles vont aussi sur la mer d’Alexandrie, à Damiette, à Rosette ; quelquefois jusqu’en Syrie et à Chypre.
4. Daabiehs. — Les barques destinées au transport des personnes sont les daabiehs, les kaïassehs , les kanges et les caïques. Les daabiehs sont de grandes barques de quarante à cinquante pieds de long sur douze ou quinze de large. Elles ont deux voiles latines, et vont également à la rame. Leurs équipages se composent d’autant d'hommes qu’elles ont de rames. Les grandes daabiehs ont de dix-huit à vingt rameurs ; elles servent principalement de moyens de transport
pour les marchandises pendant les basses eaux du Nil; elles ont deux ou trois chambres à l'arrière pour les voyageurs, mais n'ont en général pour passagers que ceux qui parcourent le Nil pour affaires commerciales , ou qui préfèrent la süreté et la commodité à la promptitude du voyage.
5. Kanges. — Les kanges sont les gondoles de V'Égypte; elles sont de forme élégante, effilées, de construction légère et propice à la rapidité de la marche. Leur longueur est en général de trente à quarante pieds, elles en ont huit ou dix de large; elles ont ordinairement un et quelquefois deux mâls auxquels on attache des voiles triangulaires ; elles portent à l’arrière une cabine divisée en une ou deux chambres qui peuvent recevoir deux personnes : ces chambres sont peintes et décorées avec goùt. Les kanges des grands seigneurs , celles des dames se distinguent par l’élégance de leurs ornements; plusieurs sont dorées au dehors. Ces barques légères vont avec une rapidité incroyable ; elles font dans vingt-quatre heures le trajet d'Alexandrie au Caire , espace que les sinuosités du Nil ne rendent pas moindre de soixante lieues.
Les kaïassehs sont des barques plates qui, pesantes dans leur marche, servent principalement à la navigation pendant les basses eaux.
Les fellahs traversent le Nil sur de petites péniches très-étroiles appelées caïques. Ces frêles embarcations, dans lesquelles ils se jettent imprudemment souvent en trop grand nombre , chavirent quelquefois.
G. Bateaux à vapeur. — Il n'y a que quelques années que l'invention de Fulton a apparu sur le Nil;
un bateau à vapeur en fer , exclusivement réservé au vice-roi, a parcouru le fleuve et produisit une profonde sensation sur les habitants de l'Égypte étonnés de voir cet élégant navire qui se mouvait de lui-même en lançant au ciel des nuages de fumée. Ils prirent d’abord cette nef merveilleuse pour un gigantesque animal. La navigation à la vapeur est trop dispendieuse à l'Égypte privée de combustible , pour s’y établir de longtemps. D'ailleurs , l’activité des rapports n’a pas encore rendu, dans l’intérieur de l'Égypte , l'économie de temps assez précieuse pour que le besoin des steamers s’y fasse vivement sentir ; il faudra sans doute longtemps avant qu'un mode de transport qui conviendrait tant aux voyageurs devienne nécessaire, indispensable en Égypte , et par conséquent y soit employé.
7. Navigation du Nil. — En général le Nil ne peut se remonter qu’à la voile. Les vents du nord-est variant au nord-ouest qui règnent pendant six mois environ , depuis la fin du printemps jusqu’à l'automne, favorisent cette navigation ; quelquefois quand le vent est peu impétueux , les hommes de l'équipage se chargent de haler la barque ; mais les Européens sont les seuls que limpatience d’arriver porte à employer ce moyen. Pour descendre le fleuve , on aide l’action du courant par la rame ou par la voile. Le Nil étant très-tortueux , on peut souvent profiter de vents différents pour aller dans des directions contraires. On voit tous les jours des barques remonter et descendre le fleuve avec une égale rapidité , quoique ce soitle même vent qui eufle leurs voiles. Il y a sur le Nil des courants
brusques et violents qui , à cause de l’apathie des matelots , sont quelquefois à craindre ; il périt toutes les années un assez grand nombre de barques.
Rien n’est pittoresque comme la navigation du Nil pendant les hautes eaux. Alors, de nombreuses barques sillonnent le fleuve dans toutes les directions; surmontées de leurs grandes voiles qui se croisent et s’inclinent sur la surface paisible, elles ressemblent à ces oiseaux marins qui, ouvrant aux vents leurs blanches ailes, se confient, vivantes nacelles , aux caprices de l'air et au mouvement des flots.
8. Gréement des barques. — La manière dont les bateaux du Nil sont gréés est très-imparfaite ; les mâts et les voiles ont des proportions exagérées , sans doute à cause de la nécessité dans laquelle ils sont de recevoir le vent au-dessus des monticules qui bordent la vallée du Nil dans presque toute sa longueur. Les voiles, au lieu de s’abattre sur le pont au moyen de poulies, sont attachées aux vergues, et lorsqu'un coup de vent inattendu vient les gonfler avec une violence dangereuse, 1l faut que les matelots montent sur les mâts pour aller les fermer, ce qui demande beaucoup de temps ; souvent la lenteur de cette manœuvre occasionne des accidents. On emploie rarement la voile en naviguant sur les kanges, parce qu’elles sont si légères qu'avec une brise un peu forte elles menaceraient de chavirer.
9. Mariniers du Nil. — Les mariniers du Nil, habitués dès l’enfance aux fatigues de la navigation de ce fleuve, acquièrent un degré de force qu’il semble presque impossible de concevoir. Ainsi, ils rament
pendant tout le trajet du Caire à Alexandrie, c’est-àdire près de trente heures, sans se reposer. Leur habileté, la profonde connaissance qu'ils ont des vents et des cieux, sont vantés par tous les hommes du métier. Mais ils sont, comme tous les Arabes, d’une imprévoyance extrême. Lorsqu'on leur demande dans combien de temps ils pensent arriver au terme du voyage, « Dieu le sait, » se contentent-ils de répondre. Le lit du Nil est si variable, qu’il arrive assez fréquemment que les pilotes les plus expérimentés échouent sur des bancs de sable récemment formés ; dans ces circonstances, les marins de l'équipage se mettent à l’eau, et poussent ou trainent le bateau pour le remettre à flot.
ÿ IL.