Mosquée Amrou (fondée lan 21 de lPhégire
ï Le sultan Melek-e!-Naser-Mohammed, fils de Kaloun, le fit construire
l'an 72 de l'hégire
— Nous avons dit que la première mosquée, bâtic l'an "21 de lhègire par Amrou, est située à l’est du vieux Caire et au centre des ruines de l’ancienne Fostat. La simplicité de son plan et de sa décoration indique la naissance des arts chez un peuple nomade; outre le nom de son fondateur 4mrou-ben-el-45s, elle portait encore ceux de la Vieille Mosquée et de la Couronne des Mosquées. Le sanctuaire a six rangs de colonnes ou nefs, où l’on voit la niche , la chaire , la tribune et les pupitres : les portiques latéraux sont moins larges; au milieu de la cour carrée, qui a quatre-vingts mètres de côté , se trouve la fontaine des ablutions ; en avant de l'enceinte destinée à la prière, il y avait autrefois une autre cour ayant des deux côtés des bâtiments destinés aux bains, aux latrines, à une fontaine, sebil; à un abreuvoir et à un okel ou owkaïl, bâtiment destiné à recevoir les voyageurs.
L'ensemble général du plan est d’une grandeur imposante , et en même temps d’une simplicité remarquable. Les colonnes qui forment ces portiques sont au nombre de deux cent cinquante, elles sont toutes d’un seul morceau et de marbres différents ; à Pexception de quinze cents lampes suspendues aux tirants en bois entre les colonnes, les pupitres , la chaire et la niche , on ne trouve dans celte mosquée aucun ornement ni peinture qui puisse donner la plus faible idée du goût des Arabes dans les arts.
En ce moment , la mosquée d’Amrou est presque abandonnée, plusieurs parties tombent en ruines faute d'entretien.
Lorsque la crue du Nil est tardive et qu’une disette
est à craindre pour l’année prochaine, il est d'usage que le chef du gouverment invite les ulémas, des cheiks. les rabbins, les prêtres cophies, grecs et catholiques , à se rendre à la mosquée d’Amrou, avec leurs coreligionnaires : chaque secte alors se réunit en groupe hors de l'enceinte de la mosquée pour implorer le secours du ciel, obtenir une bonne inondation et conjurer ainsi les malheurs qui menacent le pays.
Cette cérémonie se fait avec beaucoup ordre et de dévotion. Toutes les confessions se témoignent une déférence mutuelle et se conduisent comme si elles ne formaient qu’une seule famille.
97. Mosquée Touloun.— La mosquée Touloun fut bâtie en 265 de l'hégire (876 de Jésus-Christ), par “Ahmed-ben-Touloun, qui gouvernait l'Égypte pour son propre compte, tout en reconnaissant le calife Mo’tamed pour son seigneur suzerain.
Cette mosquée est située au sud-ouest, dans la ville du Caire, au quartier des Mohgrebins. C’est une grande cour carrée de 90 mètres de côté, entourée de portiques à arcades ; trois côtés de la cour sont à deux rangs de nefs. Celui du sanctuaire.en a cinq. La construction n’a rien emprunté des monuments antiques comme cela a lieu pour les colonnes de marbre qui supportent les arcades et les plafonds de la mosquée Amrou. Celle de Touloun est entourée d’une double enceinte pour éloigner le lieu de la prière du bruit du dehors. Toute la construction est en briques recouvertes d’un fort enduit; les ornements et les moulures sont en stuc.
Cet édifice a été construit d’un seul jet ; aussi eroit-on y apercevoir l'architecture arabe dans toute sa pureté,
exempte de cette multitude de détails inutiles, de colonnes disproportionnées et de contre-forts.
Cet édifice, ainsi que la mosquée d’Amrou et la mosquée el-Azhar, peut être considéré comme le type de l'architecture arabe en Égypte pendant la première époque.
28. Mosquée el-1zhar. — La mosquée el-Azhar, ou mosquée brillante, est située au nord est, dans la ville même du Caire. C’est la plus ancienne de cette partie de la capitale de l'Égypte, puisqu'elle a été fondée par Djanhar Kaïd, général des armées du calife #oezz le Dinillah, en 559 de l’hégire (981 de Jésus-Christ). Elle fut entièrement terminée et ornée d’une inscription qui indique la date et le nom du fondateur, en 561.
On voit, dans le plan de cette mosquée, une grande cour entourée de portiques dont la disposition est, à peu de chose près, semblable à celle de la mosquée d’Anvrou. Le sanctuaire est composé de neuf rangs de nefs ou travées, où plus de douze cents lampes sont suspendues. Cet édifice, soutenu par trois cent quatreviugts colonnes en marbre, en porphyre et en granit, avec des bases et des chapiteaux enlevés aux anciennes basiliques , est destiné à recevoir non-seulement un grand concours de monde pour la prière, mais il sert enccre de collége aux gens du pays ainsi qu'aux étrangers qui s’y rendent pour se perfectionner dans la théologie et la jurisprudence mahométanes.
Dès le commencement de sa fondation, le collège de cette mosquée acquit une grande célébrité par le concours des savants qui y enseignaient la théologie et le droit. Ce collège fut établi par le calife 434z-Billah sur
la proposition de son vizir 4bou-l-faradj-Jakoub , en 578 de l'hégire.
Les portiques à droite et à gauche ont été convertis en salles par des divisions de grilles et de cloisons en bois. On y a ajouté plusieurs autres pièces ; elles forment autant de classes séparées pour les étudiants.
Chacune de ces salles contient des armoires où sont renfermés les manuscrits. Chaque salle a un ou plusieurs cheiks pour la direction des élèves, qui sont en grand nombre.
Cet établissement sert encore d’asile aux musulmans pauvres ou étrangers, et aux derviches qui y passent tranquillement la nuit, blottis sur des nattes étendues sur le pavé.
La mosquée e/-4zhar ressemble à une grande hôtellerie; car, outre les lieux destinés à la prière, il y a, comme nous l’avons déjà dit, plusieurs endroits où les savants enseignent le Coran, les traditions et la loi.
On trouve dans l’intérieur de cet édifice des quartiers rouags, où peuvent loger les étrangers qui y arrivent de Syrie, de la Perse, de l’Arabie, des provinces de l'empire ottoman, de l'Afrique occidentale, ete., etc. Chaque nation a son rouag; mais ces lieux ne sont destinés que pour ceux qui y viennent dans le but de s’instruire ; aussi la lecture est la seule occupation de ces hôtes.
Chaque rouag a son nazir ou inspecteur qui dépend du directeur principal. On distribue tous les deux jours 58 quintaux de pain, ainsi qu’une certaine quan-
üté d'huile pour léclairage ; à la fin de chaque mois, on pourvoit aux besoins de ces étudiants par une légère indemnité en numéraire.
L'entretien de cette mosquée et de ses dépendances se monte à 1,260 bourses (650,000 piastres de 40 paras) par année. Une partie de cette somme est payée par le gouvernement sur les produits des rizégs; une autre provient du revenu des immeubles légués à l’entretien de la mosquée. Chaque mosquée possède plus ou moins de ces legs pieux nommés ouagfs.
La foule est continuelle dans cet utile établissement autour duquel on à pratiqué un grand nombre d’issues pour faciliter l’entrée et la sortie.
29. Mosquée Barkauk. — La mosquée Barkauk , située hors de la ville, au nord-est de Gebel-el-Giouchy, fut bâtie par le calife Barkauk , lan 527 de l’hégire (1149 de Jésus-Christ). Sa construction est en pierres de taille et dans une parfaite conservation.
La mosquée proprement dite est flanquée de deux édifices carrés, surmontés d’un dôme et servant de tombeau. L'un est celui du calife Barkauk, l'autre de sa famille. Cet édifice, de forme carrée, comprend, indépendamment de la mosquée, des logements d’été et d'hiver pour les étrangers , trois logements complets pour les cheiïks de la mosquée ou pour quelques dignilaires.
Outre les deux dômes qui sont sur les tombeaux de la mosquée, nous ferons observer qu’il y a non loin de là d’autres tombeaux construits et ornés de la même manière. La construction de tous ces tombeaux porte le caractère de la bonne époque d'architecture chez les
Arabes. Elles est exécutée avec beaucoup de recherche et de savoir.
L'appareil des claveaux découpés est un jeu de la science. L'art n’a pas moins déployé de recherche et de goùt dans les ornements tant intérieurs qu’extérieurs qui décorent les dômes bâtis en pierre. Ce qu’il y a de remarquable dans l’intérieur, c’est la chaire à prêcher ; elle est d’un gout et d’un travail exquis.
50. Mosquée Kalaouin. — L’avénement de Kalaoum au trône, en 682 de l’hégire, et la succession de sa famille furent pour le Caire une époque féconde en plus beaux et plus grands monuments. Mais c'est surtout le goùt de son fils Æelec-en-Nacer pour les constructions qui lui imprima une grande impulsion. II semblait, disent les historiens, qu’on eüt fait proclamer l'ordre de bâtir : émirs , gens de guerre, commis de bureaux, simples habitants, à Mesr (Fostat) et au Caire, construisaient à l’envi.
L'édifice appelé le grand moristan de Mansour est un hôpital où se trouvent réunis la mosquée , le tombeau et tous les accessoires qui accompagnent ordinairement les établissements de ce genre. Il fut construit, en 635 de l'hégire, par Melec-el-Mansour-Kalaoum, qui, s'étant trouvé, quelques années auparavant, malade en Syrie, et ayant été guéri à la suite des soins « reçus dans le moristan de Damas, fit vœu d’en construire un pareil en Égypte. I existait déjà dans le vieux Caire un moristan construit par ÆAmed-ben-« Touloun, ainsi que deux autres petits hôpitaux , eÆs Akhehidi et el-Moafir. Kalaoum fit construire le sien sur une plus grande échelle, et cet hôpital était dis
tingué des autres par le nom de grand hôpital.
Il est situé au nord-est de la ville du Caire, et est destiné aux malades et aux aliénés des deux sexes.
51. Mosquée Hassan. — La dynastie des mamelucks, parmi lesquels on cite les sultans Hassan, Mouaïed et Kaïtbaï, dotèrent aussi le Caire de quelques édifices remarquables.
La mosquée Zassan , sur la grande place de Roumeyleh , a été construite par Melec-el-Naser-Abou-el- Maali- Hassan-ben-Mohammed-ben-Kalaoum. Elle fut commencée en 757 de l’hégire et terminée en trois années entières jour pour jour. Makrizi raconte que la dépense de chaque jour de construction s'élevait à 20,000 drachmes d’argent. Le Caire doit à ce sultan un des plus beaux et des plusgrands monuments qu’il renferme.
L'ensemble général du plan offre un aspect qui indique que l’art est arrivé au dernier point de perfecon. Ce plan est un motif de la croix grecque ; les salles sont voütées sur chacun des côtés de la cour; dans celle du sud-est se trouve le sanctuaire, dont la voûte a 21 mètres dans œuvre ; les trois autres salles ou nefs étaient destinées pour le peuple.
La grande nef, celle qui suit le sanctuaire, était destinée au souverain. C'était devant la niche, qui est au fond, qu'il faisait la prière , ou que, monté sur la chaire, il prêchait ou proclamait quelques édits.
Au milieu de la cour est la fontaine des ablutions. d’une composition peu commune : une sphère du diamètre de huit mètres, et supportée par des colonnes, représente le monde; elle est surmontée d’un crois-
sant ; elle est peinte en bleu. Autour de cette sphère on a représenté une large zone, sur laquelle on lit une inscription arabe en lettres d’or.
52. Mosquée el-Mouaïed. — La mosquée d’el- Mouaïed, située au centre de la ville du Caire, sur le bazar el-Soukarieh, fut construite en 818 de l’hégire (1415 de J. C.), par le sultan mameluk e/-Melec-el- Mouaïed-Abou-el-Mahmoudi , de la famille des Daherites, sur l'emplacement occupé par un bâtiment nommé khazanet chamail, où l’on renfermait les criminels. La raison de ce choix était celle-ci : lémir Meutach, ayant vaincu les mameluks, enferma el-Melec-el-Mouaïed dans le khazanet chamail. Celui-ci fit vœu de con- struire sur le lieu même de ses souffrances une mos- ” quée, si Dieu le délivrait. La fortune s’étant déclarée contre ses adversaires, Melec-el-Mouaïed acquitta avec éclat les vœux faits en prison.
Le plan présente une grande cour carrée entourée de portiques à colonnes surmontées d’arcades à ogives. Trois de ces portiques sont à double rang ; le quatrième côté en a trois servant de nefs et formant le sanctuaire ou la mosquée proprement dite, à droite et à gauche de laquelle sont des tombeaux , disposition à peu près semblable à celle de la mosquée Barkauk.
La décoration de la mosquée est d’une grande richesse. Les plafonds en compartiments forment divers caissons ornés, peints et dorés. Le sanctuaire donne une grande idée de la magnificence de la décoration intérieure des édifices publics : on voit que non-seulement ils étaient destinés au service que les gardiens pouvaient remplir dans cet endroit, mais qu’ils étaient
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