PACTE DE FAMINE
magistrats. L'arrêt du Parlement fut cassé par un arrêt du Conseil ^1^ Malheureusement, on a de la peine à le croire, Louis XV, dans un intérêt personnel, sous prétexte de faciliter la circulation des grains dans l'intérieur, interdit leur sortie du royaume, sans abaisser les barrières entre les provinces. C'était le moyen de rendre facile l'accaparement des grains, et l'agiotage prit une funeste extension. On comprend tout ce que pouvaient susciter de mécontentement et de haine les spéculations concertées entre les agioteurs et le roi. L'histoire les a flétris du nom de Pacte de famine, et le souvenir en est resté comme un opprobre pour Louis XV. Le Parlement n'était pas disposé à favoriser de tels actes; aussi, dans un arrêt du 29 août 1770®, il exprima « que la cherté des grains, suite des monopoles et des accaparements, continuant au milieu de* la moisson la plus favorable, il était indispensable et instant d'y pourvoir, pour empêcher que la récolte ne fût enlevée au peuple par des manœuvres qui le réduisent aux plus dures extrémités. »
Ces remontrances si sages ne furent pas plus écoutées à cette époque qu'elles ne l'avaient été l'année précédente, lors de l'enregistrement forcé de plusieurs édits qui avaient aggravé, en les prorogeant, divers impôts (^\ Le premier président d'Aligre avait fait valoir « que les deux grands remèdes, en matière de finances, étaient la réduction des dépenses et la simplification de la perception des impôts (^). »
Le contrôleur général Magnon d'Invault, que Choiseul avait choisi au sein du Parlement, pour élader les difficultés de l'enregistrement des édits bursaux, sollicita des réformes. N'ayant pu les obtenir, il donna sa démission et refusa la pension d'ancien ministre, « qu'il n'avait pas
(1) Le 22 janvier 1769. Ane. lois, 22.485. — (2) Ane. lois, 22. 500. - (3) Le 11 janvier 1769. — (4) Mercure hist. 1769, p. 179 à 188.
(1769) MAGNON d'i.NVAI-'LT 187
gagnée, dit-il. » Cet acte de désintéressement sans précédent mérite d'être rappelé.
Magnon d'Invault, « pour le malheur de l'Etat 'i^, » fut remplacé par l'abbé Terray*^', sur la recommandation du chancelier de Maupeou. Ces deux hommes allaient travailler de concert au renversement du duc de Choiseul, à qui ils devaient leur élévation. Terray possédait un esprit plein de ressources, indilïérent au mal comme au bien, tous les moyens lui paraissaient bons pour arriver à son but, et ce but était la satisfaction de son ambition personnelle. Maupeou était souple, rusé^ plein d'intrigues et entièrement dévoué à la favorite. Le fier Choiseul, au contraire, ne put se résigner à ménager une telle influence'^^*, et il ne tarda pas à être renversé; il expia, par un exil sans retour, des mépris aussi imprudents qu'ils étaient légitimes (^'.
A cette époque, les procès politiques se multipliaient. Le 18 février 1762, la Grand'Chambre du Parlement de Toulouse avait condamné François Rochette à être pendu, pour avoir rempli les fonctions de ministre de la religion réformée '^-'. Le 6 mai 1766, le Parlement de Paris déclara le comte de Lally-Tollendal, ancien administrateur de rinde, convaincu d'avoir trahi les intérêts du roi et de la Compagnie des Indes '^). Cette malheureuse victime, offerte en expiation des revers de l'Inde, fut décapitée trois jours après sur la place de Grève '^~^, où elle avait été conduite bâillonnée comme le dernier des criminels. Cette
(1) Pour le malheur de l'Etat, Magnon d'Invault fut remplacé par celui qui était le plus capable de tout bouleverser et qui devait le moins lui succéder. Regnaut , Hist. des évén. arriv. en Fr. depuis sept. 1770. Mss. 1.10. — (2) En décembre 1769. Martin, Hist. de Fr., 16.274. — (3) Il s'efforça vainement de faire rougir le roi de succéder à toute la France. Martin, Hist. de Fr., 16.274. — (4) De Carné, Minist. de Choiseul. Rev. des Deux-Mondes, janvier 1859, 858. — (5) Martin, Hist. de Fr., 16.140. — De Sismondi, Hist des Fr., 29.292. — (6) Soulavie, 3/em., 1.55. — Dufey, Hist. des Pari., 2.170.— (7) De Sismondi, Hist. des Fr., 29.300.