‹ Aperçu historique sur le Parlement de ParisChapitre 104 sur 288 · CAL\S ET SERVIE · texte numérisé non relu

CAL\S ET SERVIE

sentence rigoureuse du Parlement de Paris, comme celles rendues contre Calas <i> et Servin'^' par le Parlement de Toulouse, furent vivement attaquées par Voltaire, ennemi des Parlements, parce qu'ils avaient censuré ses livres'^'. Grâce au talent de l'auteur, et plus encore à la généreuse indignation qui les inspirait^, les Mémoires de Voltaire obtinrent un immense succès et contribuèrent à la réhabilitation de Calas et de Lally-Tollendal, quoique la critique, en ce qui concerne Calas, ait le droit de garder des doutes ^^\

Ces réhabilitations sont ultérieures aux réformes de 1771, mais dès 1766 la magistrature perdait peu à peu la considération traditionnelle que les siècles lui avaient donnée, et d'Alembert prédisait la chute des Parlements. « Les Parlements, écrivait-il à ^'oltaire, finiront mal et plus tôt qti'on ne croit, ils sont trop fanatiques, trop sots et trop tyrans'-^). »

Quelques actes du Parlement paraissaient motiver ce langage sardonique et sévère. Le 5 juin 1763, le Parlement de Paris avait interdit provisoirement la pratique de l'inoculation, tout en requérant les Facultés de médecine et de théologie de donner un avis précis stir l'avantage physique qu'on pouvait en attendre, tout comme sur

(1) En 1762, le Parlement de Toulouse avait condamné Calas au supplice de la roue, comme assassin de son fils , pour l'empècker de se faire catholique. Cet arrêt, que Voltaire appelle un assassinat fait en robe et en bonnet carré (Lettre de Voltaire du 29 août 1762), fut cassé le 9 mars 1765. — (2) La fille de Servin, jeune protestante renfermée dans un couvent, perdit la raison, s'échappa et fut trouvée noyée dans un puits. Son père fut condamné à mort par le Pai'lement de Toulouse, mais plus heureux que Calas, il parvint à se réfugier en Suisse. Martin, Hist. de Fi\, 16.141. — (3) Un arrêt du 19 mars 1765 avait été rendu contre le Dictionnaire phil. Hénault, Ab}\ ch)'., 420. — Dareste, Hist. de Fr.. 6.556. — (4) Rien n'est moins démontré, d'après de Bastard {Les Parlent., 1.408 et Hue, Compte rendu de la procédure Calas, in-8, 1855), que la prétendue erreur judiciaire du Parlement de Toulouse. Dareste, Histoire de Fr., 6.555. — (,5) De Tocqnev'ûle, Histoire phil, du règne de Louis XV, 2.372.

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le péché qu'elle pourrait faire encourir. Cet arrêt attira sur le Parlement les sarcasmes amers et l'indignation do Voltaire, qui avait, le premier, apporté d'Angleterre la pratique de l'inoculation*^).

En 1766, deux jeunes militaires, les chevaliers de la Barre et d'Etalonde, à la suite d'une orgie, brisèrent, la nuit, un crucifix de bois placé sur le pont d'Abbeville. D'Etalonde parvint à se soustraire par la fuite aux rigueurs de la loi ^2); de la Barre fut condamné, par le tribunal d'Abbeville, à être brûlé vif, et le Parlement de Paris confirma cette sentence rigoureuse. Malgré les réclamations de Voltaire, elle fut exécutée le l^juillet 1766'^'. Elle était en contradiction avec le sentiment de l'époque, et la voix du peuple n'en sanctionna pas la rigueur''*'. Les juges s'aperçurent qu'ils avaient inspiré plus d'horreur que de crainte. Tous les procès dont nous venons de parler avaient dévoilé les abus d'une jurisprudence criminelle, qui conservait les traces des temps où elle fut substituée aux combats et aux épreuves, monuments de l'ignorance et de la férocité de nos ancêtres^*'''. Ces abus donnèrent lieu, en 1765 et 1767, à des traductions du Traité des délits et des peines, que Beccaria venait de publier en Italie, et au discours sur V administration de la justice criminelle, prononcé, au mois de novembre 1766, devant le Parlement de Grenoble ^^>, par l'avocat général Servan. Ces travaux considérables signalèrent, avec une

(1) De Sismondi, HUt. des Fr., 29.389. — (2) D'Etalande parvint à s'enfuir et à se réfugier auprès du roi de Prusse. De Tocqueville, Hist.phil. du règne de Louis X V, 2.260. — (3) Gabourd, Hist. de Fr., 17.257. - (4) De Tocqueville, Hist. phil. du règne de Louis X F, 2.265. — La tète de la Barre tomba le 1" juillet 1766. Martin, Hist. de Fr., 16.140. — C'est à la nouvelle de cette exécution que Voltaire écrivit : « L'inquisition est fade, en comparaison de vos jansénistes de la Grand'Chambre et de la Tournelle... on nous a délivrés des renards, et on nous a livrés aux loups.» Voltaire, Corresp. ge'n., 10, 473.474, 12 16.18. — (5) De Lacretelle, Hist. de Fr. au xviii' siècle, 4.101. — (6) Rocquain, L'Esprit révol. aoa?it la Révol., 261.

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