‹ Aperçu historique sur le Parlement de ParisChapitre 115 sur 288 · LE PARLEMENT MAUPEOU · texte numérisé non relu

LE PARLEMENT MAUPEOU

Un arrêt du Conseil, du £0 janvier 1771 <i), déclara, ce qui n'avait jamais eu lieu, vacants et confisqués les offices des membres du Parlement du Paris, et fit défense aux magistrats révoqués de prendre la qualité de membres du Parlement. La nuit suivante, un huissier de la chaîne '^^ signifia à chacun d'eux cet arrêt du Conseil, et des mousquetaires leur apportèrent des lettres de cachet qui les reléguaient en divers lieux d'exil très-éloignés de Paris'^*.

Le président d'Ormesson fut exilé à Orly, près de Choisy ; le président Bochard de Saron, dans sa terre, près de Sézanne ; le président de Lamoignon, à Thizy, dans le Beaujolais; le président Pinon, dans sa terre de Rebrochien, près d'Orléans; le président de Gourgues, à Chàteau-Partien , en Champagne ; le président Lepelletier de Saint-Fargeau, à Failletin, dans la Manche ; Joly de Fleury, dans sa terre de Grigny, et le conseiller doyen Formé, à Montmorency.

Le premier président d'Aligre, qui n'avait point élé compris dans l'arrêt de révocation, écrivit au chance-

(1) Ane. lois, 22.510. — (2) On appelait ainsi les huissiers attachés au Conseil du roi, parce quiJs portaient une chaîne d'or au poignet. Rocquain, 166. — (3) De Bastard, Les Pari., 2.422.

(1771) LETTRE DU PREMIER PRÉSIDENT d'aLIGRE A MAUPEOU 209

lier : « Je ne sais pas, Monsieur, par où j'ai mérité l'humiliante distinction que vous avez mise entre mes collègues et moi. Si vous avez cru que mes sentiments fussent dilférents desleurs, vous vous êtes trompé. Je suis attaché comme eux aux maximes de l'Etat, aux principes et aux sentiments de la compagnie, sentiments que ni vous ni les vôtres navez jamais connus^^K » La véracité de cette dernière phrase est révoquée en doute, mais il est certain que le lendemain de l'envoi de cette lettre, le premier président d'Aligre fut exilé dans sa terre de Tremblay, près Roussi, et déclaré privé de sa charge ainsi que du brevet de retenue de cent mille livres.

Le greffier en chef, Gilbert de Voisins, sacrifia un poste de cent mille francs de revenu, et se fit exiler pour garder sa foi au Parlement ^^'. « C'est au Parlement, écrivit-il, quej'ai prêté serment, je ne puis faire de service qu'avec le Parlement, et, comme du Parlement, je serai k jamais attaché à ce corps respectable. C'est dans ces sentiments que j'ose supplier le roi de vouloir bien accepter l'offre que j'ai l'honneur de lui faire de mon état, le suppliant d'assimiler mon sort à celui des autres membres de la compagnie *^\ » Malgré un ordre pressant du roi, Gilbert de Voisins persista dans son refus de reprendre ses fonctions, et il fut exilé.

L'arrêt du Conseil du 20 janvier 1771 fut à la fois un grand sujet de surprise et d'alarmes. Le Conseil, sans juridiction légale, n'avait ni le droit de prononcer la dissolution du Parlement, ni d'ordonner la confiscation des charges des magistrats. En recourant à ces mesures tyranniques, Maupeou avait voulu se mettre à l'abri de la faiblesse du monarque en rendant toute composition impossible. Le chancelier s'était flatté en outre d'inspirer de

(1) Journ. de Hardy, 1.220. — (2) Martin, Histoire de France, 16.284. — (.3} Regaaut, Hist. des éve'n. conc. le Pari., 1.64.

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