EXIL DES MAGISTRATS DE PROVINCE
la terreur aux autres Parlements, il n'excita que de l'indignation. Ils adressèrent au roi des remontrances. Elles ne furent pas écoutées, et à la tin de l'année, plus de sept cents magistrats de Paris ou de province furent exilés *^^ Les proscrits se résignèrent noblement, sans intercéder auprès du roi, ni rechercher les sympathies de la multitude. Le peuple, dont les Parlements n'avaient pas défendu les intérêts avec la même vigueur que leurs propres prérogatives, resta calme, et les philosophes se réjouirent ouvertement de leur ruine (2'. Placés entre l'accomplissement d'un acte honorable de résistance et d'un acte servile, les Parlements ne montrèrent ni hésitation, ni faiblesse; ce fut là un grand acte de courage civil. Aussi ils emportèrent, dans leur retraite, cette faveur publique qui accompagne toujours la disgrâce, lorsqu'elle tombe sur des hommes intègres et estimés.
Le 23 janvier 1771 (^) , des lettres patentes commirent provisoirement les officiers du Conseil d'Etat pour tenir la Cour du Parlement. Le roi les reçut ensuite et leur dit : « Messieurs, j'ai besoin de vous pour que le cours de la justice dans mon Parlement de Paris ne soit pas interrompu plus longtemps. M. le chancelier vous expliquera mes intentions. Je connais votre zèle, votre attachement à ma personne, et j'y compte. Comptez aussi sur ma protection, dans l'exercice des fonctions que vous allez remplir, et qu'en toute occasion je vous donnerai des marques de ma satisfaction pour vos services '■^\ »
Le doyen du Conseil, M. d'Aguesseau, répondit : « que le premier devoir du Conseil serait toujours de donner aux sujets de Sa Majesté l'exemple de la soumission la
(1) Duruy, Hist. de Fr., 211. — i2) De Tocqueville , Hist. phil. du règne de Louis XV, 2.471. — (3) Arch. nation.. Cens, sec, X 16.8960. — (4) De Bastard, Les Pari.., 2.415. — Journ. hist. de la récol. opérée 'par Maiipeou, 1774, 1.67.