INSTALLATION DES OFFICTERS DU CONSEIL
plus entière à ses volontés 'i>. » Les officiers du Conseil ^2', très-inférieurs à tous égcards aux membres du Parlement, leur succédaient sans les remplacer. Le chancelier de Maupeou vint les installer lui-même au palais, le 24 janvier. Le duc de Biron ayant refusé d'envoj^er au palais les gardes françaises, qui ne devaient marcher que pour le roi, le guet fut commandé. Malgré les précautions prises pour garder les avenues du palais, la populace était très-considérable et elle se montrait peu sympathique pour le chancelier. En montant l'escalier de la Sainte- Chapelle, de Maupeou se trouva un instant si étroitement pressé par la foule, qu'il dit aux gardes de son escorte : « Gardes, serrez-moi*'^'. »
Lorsque le silence se fut établi dans la Grand'Chambre, le chancelier s'exprima ainsi : « Messieurs, il ne fut jamais pareille épreuve pour votre zèle et votre attachement au service du roi, qui vous appelle à remplir les fonctions de la justice, dont les peuples avaient été privés par désobéissance de ses magistrats, auxquels il les avait conférés, et qu'il a été forcé de punir d'une manière proportionnée à leur désobéissance, après avoir vainement
(1) Regnaut, Hist. des éoén. conc. le Pari., l.Gl. — Journ. hist., 1.68. — (2) C'étaient MM. le duc de la Vrillière, dAguesseau, Chaumon de la Galaisière, Leievre d'Orinessou, Feydeau de Marville, Lepeletier de Beaupré, Pontcarré de Viarmes, le comte de Baschy, Moreau de Beaumont , de la Porte, Berthier de Sauvigny, Trudaine, Boulogne, Bertin, Joly de Fleury, l'abbé Berlin, Bourgeois de Boynes, Bignon, d'Argougues , Ogier^ Bernage de Vaux, de Blair de Boismont, Boutin, d'Aubeterre, Ptoquelaure, de Sartine, Farges de Polizy, de la Micliaudière, de Larbost, de Fourqueux, Bastard, Terray, Monteynard, conseillers d'Etat. MM. Delpech, Boulu, Bâillon, Montaran, Poulletier, Amelot, Doubler de Perron, Pelletier de Morfontaine, de Flesselles, Daine, Montaran, de Cette, Brochard de Vérigny, Brochet de Saint-P.est, Chopin, de Clugny, Meulan, Gaze de la Boves, Juan de Pieverseaux, Lenoir, Tolozan, Guyot de Chenizot, Raymond, Guerrier, Courtois, Peyronet de Tressan, Devin, de la Porte, de Mesle, Dufour, de Giac, de Lessart, de Bonnaire, de Reneaulne, de Maupeou, Chaumons de la Millière, Le Jay, Mazirot, de Bertangles, Lefêvre d'Ormesson, maîtres des requêtes. Cons. sec, X 1&.S960. — (3) Regnaut, Hist. des éoe'ii. conc. le Pari., 1.68. — Dufey, Hisf. des Pari., 2.238.
212 CONCLUSIONS DE l'aVOCAT GÉNÉRAL SÉGUIER (1"1)
tenté de les faire rentrer dans leurs fonctions, par tons les moyens que sa bonté et son autorité ont employés. Sa Majesté a, dans vos services passés, le gage de ceux qu'elle attend de vous à l'avenir; vous serez l'œil du prince, l'organe des lois, les médiateurs du peuple, dont vous porterez les besoins aux pieds d'un souverain qui ne veut être que le père de ses sujets (i), »
La parole fut ensuite donnée aux gens du roi, qui n'étaient autres que ceux du Parlement supprimé. Le premier avocat général, Séguier, conserva, dans cette circonstance, toute la dignité de son caractère. « C'est avec douleur, dit-il, que nous sommes obligés de reprendre les fonctions de notre ministère : la tristesse peinte sur notre visage vous en dit assez, et les larmes qui coulent de nos yeux ne nous permettent pas d'en dire davantage (^'. » Il conclut à l'enregistrement et à l'envoi de l'édit aux bailliages, mais cette dernière clause fut rayée, par ordre du chancelier. « Elle est inutile, dit-il au greffier, et les bailliages ne déféreraient pas. » Etrange aveu qui présageait des résistances,
La sensation causée par les mesures prises contre le Parlement, les 13 et 23 janvier, fut extrême. « On ne peut, dit un contemporain, s'empêcher d'être pénétré de la plus vive douleur de voir l'affreuse inquisition que le chancelier s'efforce d'établir, et l'on est frappé de l'horreur du tableau d'événements funestes qui se présentent dans le lointain et dont il ne paraît pas possible de se garantir sans un miracle de Dieu(^>. »
(1) Journal historique des événements concernant le Parletnent., 1-72. — (2) Dufey, Hist.des Pari., 2.239. — Journ. hist., 1.73. —(3) Journ. de Hardy ^ cité par Jobez, La Fr. sous Louis X V, 6.499. — Le 23 janvier même, les comédiens ordinaires du roi donnèrent les Plaideurs, de Racine, et lorsqu'on fut ari'ivé à cet endroit de la pi^ce où il est dit; « Comment plaideronsnous? Nous n'avons point d'avocats, » le parterre applaudit à l'unanimité avec tant de fracas et si longtemps, que l'acteur crut ne pouvoir jamais achever son