‹ Aperçu historique sur le Parlement de ParisChapitre 127 sur 288 · IMPOPULARITÉ DU PARLEMENT MAUPEOU · texte numérisé non relu

IMPOPULARITÉ DU PARLEMENT MAUPEOU

lier, le marquis de Nicolaï, ci-devant colonel d'un régiment de lanciers; Le Prêtre de Chàteaugiron, ancien avocat général au Parlement de Bretagne, décrété par sa compagnie ; La Briife, ancien avocat général au Grand- Conseil; de la Bourdonnaie; de la Brèche ; le reste de la compagnie comptait soixante-dix membres, répartis en trois chambres^^'. Il ne restait de l'ancien Parlement que M. Joly de Fleury.

Le Parlement Maupeou ne fut pas accepté par l'opinion publique. Il partagea l'impopularité de son auteur*^'. Les sarcasmes, les libelles et les chansons ne lui furent pas épargnés. Un de ses membres, ancien conseiller de la Cour des aides, ne put dévorer les opprobres dont il était l'objet, et donna sa démission'^'. On ne crut pas à l'intégrité de la magistrature mélangée que le chancelier s'était efforcé d'élever sur les ruines du Parlement. La mésaventure d'un de ses membres, le conseiller de Goëzman, dont la femme avait exigé quinze loufe de Beaumarchais pour obtenir une audience de son mari (^), lui porta un coup terrible. « Sire, dit au roi le comte de Noailles, nous pouvons espérer que Votre Parlement réussira, il commence à prendre'^'. » Tous les choix n'étaient pas aussi malheureux; mais le public, prévenu contre le Parlement Mau-

(1) Dufey, Hist. des Pari., 2.293. — (2) D'après M. Félix (Discours de rentrée de 1867 à la Cour de Caeii) le chancelier Maupeou sacrifia, pour la défense d'une cause équitable quoique impopulaire, son nom à la haine de ses contemporains, ses derniers jours à l'ingratitude royale, sa mémoire à une flétrissure imméritée — (3) Il écrivit au chancelier : Monseigneur, je ne puis dévorer l'opprobre dont vous me couvrez tous les jours, j'en ai jusqu'à la gorge; je vous renvoie mes provisions, vous ferez de moi tout ce que vous voudrez. Je vais me cacher où je pourrai, si terre peut me porter. Journ. de Hardy, 1.315. — (4) Martin, Hist. de Fr., 16.306. — La femme de Goëzman, en renvoyant la montre et cent louis que réclama Beaumarchais après la perte de son procès, retint 15 louis qu'elle avait reçus pour une seconde audience. Lorsque Beaumarchais insista pour le remboursement de ces 15 louis, la femme de Goëzman soutint qu'ils avaient été donnés au secrétaire de son mari, mais il n'en était rien. Régnant, Hist. des e'vén. conc. le Pari. 2.187. — (5) Duruy, Hist. de Fr., 211. — De Tocqueville, Hist. phil. du règne de Louis XV, 2.488.

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peou, épousa la querelle de Beaumarchais, qui écrivit dans son quatrième mémoire contre le conseiller Goëzman : « Si la nation n'est jamais le juge des particuliers, elle est en tout temps le juge des juges^^). » L'eifet du procès de Beaumarchais fut si fâcheux, que l'on répétait partout : « Si Louis XV a détruit le Parlement ancien, quinze louis détruiront le nouveau. ^'^^ »

Maupeou, qui se vantait « d'avoir retiré la couronne de la poussière du greffe, » se préoccupait peu des railleries dont il était l'objet. Doué d'une force de volonté que rien n'étonnait et qu'aucune difficulté n'arrêtait, il poursuivit son œuvre, représentant les anciens Parlements comme un obstacle aux réformes les plus vivement souhaitées, impuissants pour faire le bien et mettant un veto systématique aux idées nouvelles. Ces motifs étaient vrais et le public les comprenait ; mais les réformes, inspirées plus par des vues politiques que par un sincère désir de progrès'-^*, ne dissimulaient pas assez le projet de consolider le pouvoir arbitraire et de n'avoir plus de surveillants, pour que la France s'en trouvât satisfaite '*). Le régime du bon plaisir devenait d'autant moins possible, que l'air était plein d'idées libérales et qu'on ne gouverne pas longtemps une nation à rebours de ses sentiments et de ses pensées^^\ Chacun se croyait autorisé à braver un gouvernement qui n'inspirait plus ni confiance, ni considération. Il importe de ne point perdre de vue cette situation. On scrutait les institutions existantes et on en cherchait de meilleures. Toutes les parties de la nation semblaient d'accord pour la destruction de l'ancien ordre sociaP^>. La tranquillité publique n'était pas troublée,

(1) Beaumarchais, Mém., 3.299. — (2) Rocquain, 311. — (3) Elles apparurent comme une témérité du despotisme aux abois. Maury, Le pouvoir roy. et les jurid. Rev. des Deux-Mondes^ nov. et déc. 1872, p. 91. — (4) Regnaut , Hist. des éoén. conc. le Pari., 1.213. — (5) Sorbier, Réool. de 1 771. Rev. de le'gisl. 1864, p. 554. — (6) De Tocqueville, Hist. phil, du règne de Louis X V, 2.530.

(1771) PAMPHLETS CONTRE MALPEOU 225

mais la fermentation était dans tous les esprits. Les injures les plus grossières furent prodiguées dans des écrits répandus à profusion : « Les mazarinades elles-mêmes et tous les écrits de la Fronde pâlissent auprès des pamphlets publiés en 1771 ^i). »

h^ Correspondance de M. de Maupeou avec M. de Sorhouet, conseiller du nouveau Parlement fut, de tous les écrits, celui qui portales plus rudes coups au ministre. Elle se composait de prétendues lettres adressées par le chancelieràsonami Sorliouet, dans lesquelles, développant son plan, ses idées et sa morale, « qui n'était pas toujours celle des honnêtes gens » , il se livrait lui-même à la risée et au mépris '^^

« Quels sont les peintres injurieux dont le pinceau téméraire a tracé mon tableau, faisait-on écrire par le chancelier, un tas de gens mal famés, qui n'ont hérité de leurs pères que le nom qu'ils portent et leurs vices ; les Brulard, les Lamoignon, les Lepelletier, les Lefèvre, les Murard, les Hocquart, les Brétignières, les Dogars, les Montblin, et nombre d'autres, tous sortis de cette école, où sous le voile spécieux de la justice on n'apprenait qu'à se mettre au-dessus des lois, à usurper les droits de la nation, à se dévouer aux projets d'un ministre ambitieux, à opposer une autorité imaginaire à la volonté législative du monarque. Faut-il chercher bien loin les motifs qui ont délié leurs langues, et ajouter foi à tous les propos qu'ils sèment malignement sur mon compte ?

« 11 est vrai, mon ami, que dès le mois de juillet dernier, j'avais dit conâdemment à quelqu'un, que j'allais forger des foudres pour écraser la magistrature, et depuis c[\\Qf ouvrirais la tranchée contre le Parlement, que je me

(1) De Bastard,I,?5 Pari, de Fr., 2.496. — (2) Bachaumont, Méûi., 5.323. — Hardy, Journ., 1.267.

226 CORRESPONDANCE DE M. DE >UrPEOXJ (1~*0

vantais d'emporter d'assaut les remparts derrière lesquels se cachaient les bêtes fauves qui désolaient la France.

« J'avais à venger la France de tous les attentats commis contre elle par les Parlements, et notamment par celui de Paris, depuis qu'ils ont dégénéré de leur institution de Cour de justice; leur plus grand crime, celui qui m'irritait davantage, était d'avoir dépouillé la nation du droit si satisfaisant pour les Français, de présenter eux-mêmes leurs tributs à leurs princes, comme un gage certain de leur respect et de leur amour.

« Il fallait fermer toutes les avenues qui conduisaient au pied du trône, et que ma voix fût la seule qui pût s'y faire entendre.

« Lorsque le roi se détermina à faire usage de son édit, il fallait ou que le Parlement vérifiât son déshonneur et l'érigeât en loi, et il était perdu dans l'opinion du roi et du peuple, ou bien qu'il refusât l'enregistrement d'un édit de discipline, et dans ce cas, je confirmais le roi dans l'opinion qu'il avait conçue au sujet des prétentions au pouvoir législatif de cette Cour ambitieuse '^^).

« Vous me direz peut-être que, dans une affaire d'une aussi grande conséquence, il fallait agir avec plus de franchise et imputer au Parlement un crime véritable au lieu d'un forfait imaginaire. Mais ne sentez-vous pas que, de cette façon, il aurait été impossible de réussir? De plus, ce crime imaginaire ne l'est pas tant qu'on le pense. Si les magistrats n'étaient pas coupables, ils l'eussent pu devenir. Un ministre clairvoyant doit prévenir le danger, et couper le mal dans la racine avant qu'il ait fait aucun progrès. »

S'expliquant ensuite sur les membres du nouveau Parlement, le chancelier ajoutait, dans la correspondance qu'on lui attribuait : « Des soixante membres dont il est com-

(1) Lettres de M. de Maupeou à M. de Sorhouet, p. 12-17-34-35.

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