CORRESPONDANCE DE M. DE MAUPEOU
posé, il y en a les deux tiers et plus que vous rougiriez intérieurement d'avoir pour confrères, et vous n'avez pas tort. Ils sont sans naissance, sans mérites, sans étude des lois ni d'aucune des formes judiciaires, et tels enfin que le hasard me les a présentés. Mais, ce crime est celui des circonstances plutôt que le mien(i>. »
Maupeou se défendit par des brochures que rédigeaient des écrivains à ses gages. L'une de ces brochures, intitulée Observations sur les protestations des princes, témoignait d'un zèle si maladroit, que le chancelier dut mander au Parlement de la flétrir "^^^
Les magistrats, d'ailleurs, étaient attentifs à poursuivre les nombreux écrits dirigés contre de Maupeou. Un Eloge de Fénelon par La Harpe, qu'avait couronné l'Académie française, fut supprimé comme contenant des allusions indirectes aux circonstances du moment (^).
Les pamphlets, les vers satiriques, et les nouvelles à la main n'attaquaient pas seulement le chancelier, elles répandaient partout les détails des turpitudes de Versailles. Des placards terribles étaient apposés de temps en temps sur les places publiques. On lut un jour, au bas de la statue de Louis XV, ces mots : « Arrêt de la Cour des monnaies, qui ordonne qu'un louis mal frappé sera refrappé'•^^ »
Parmi les brochures nées de la passion du moment, il j en avait dans lesquelles on rappelait au roi des maximes extraites des orateurs sacrés. Onlui citait et ce mot de Fénelon : « Le roi peut tout sur les peuples ; mais les lois peuvent tout sur lui, » et les fières paroles de Massillon, prononcées devant Sa Majesté, en 1718 : « La liberté que les princes doivent aux peuples, c'est la
(1) Lettre du 24 mai, p. 38. — (2) Arrêt du 5 juin 1771. Rocquain, 291. — (3) Arrêt du Conseil dEtat du 2 sept. 1771. Rocquain, 291. — (4) Martin, Hist de Fr., 16.287.