‹ Aperçu historique sur le Parlement de ParisChapitre 132 sur 288 · AUGMENTATION DES TAILLES · texte numérisé non relu

AUGMENTATION DES TAILLES

la vénalité qu'on venait de détruire pour les Cours de justice; ilaugmentales tailles, vingtièmes, gabelles, etc., il rendit la justice beaucoup plus coûteuse que lorsqu'elle n'était pas gratuite, en élevant énormément les droits de greffe, de contrôle^ etc.; il doubla, au profit du fisc, tous les péages et émit des rentes viagères à 10 pour 100; il entama résolument la banqueroute et traita les créanciers de l'Etat comme Maupeou les Parlements.

Cette dilapidation de la fortune publique n'eut pas lieu sans doléances de la part du nouveau Parlement. Il en adressa plus d'une fois à Louis XV. Dès les premiers temps de son installation, il disait : « De quel elïroi ceux qui ne se croyaient consacrés qu'à rendre la justice aux sujets de Sa Majesté ne sont-ils pas saisis, lorsqu'ils pensent qu'on ne réclame leur concours que pour mettre le sceau à des actes qui surchargent le peuple. » Quelques mois après, il disait : « Le peuple est écrasé d'impôts; les magistrats seraient infidèles à leurs devoirs, s'ils ne faisaient pas parvenir des remontrances aux pieds du roi'i*. »

Louis XV répondit : « Avant de faire cesser la perception du premier vingtième, il faut que l'état des finances me permette de soulager mon peuple de deux nouveaux sols par livre, des droits de mes fermes, des droits établis par un édit d'avril 1768, et du second vingtième, il m'est par conséquent impossible d'en prévoir, ni d'en déterminer l'époque (^\ »

Le Parlement présenta de nouvelles remontrances, et le roi répondit : « De troisièmes remontrances seraient inutiles et me déplairaient par le préjudice irréparable que chaque jour de retard apporte dans mes finances. J'ordonne à mon Parlement de procéder à l'enregistre-

(1) Gaudry, Hist. du barreau de Paris', 2.273. — (2) Arch. de la nat. Cons. sec, X 16.8961.

234 LETTRE DE JCSSION (1~')

ment de mon édit. Pour lui faire connaître ma volonté, je lui adresse une lettre de première et finale jussion^^\ » Le lendemain, 14 décembre 1771, l'enregistrement eut lieu du très-exprès commandement du roi, sans protestation du Parlement; aussi, lorsque le premier président fut rendre compte à Louis XV de la délibération du 14 décembre, Sa Majesté lui dit : « Je suis très-satisfait de la délibération de mon Parlement. Vous pouvez le lui dire<^^. »

Cette conduite du Parlement Maupeou n'était pas de nature à lui concilier l'opinion publique. Ses protestations n'avaient ni l'énergie, ni l'autorité de celles des anciens magistrats ; aussi de simples lettres de jussion suffisaient pour vaincre ses résistances. Alors la France regretta Pancien Parlement qui, s'il ne parvenait pas toujours à vaincre le despotisme, parvenait au moins à en amortir les coups. Le public ne voulut pas d'une meilleure justice qu'on lui donnait aux dépens de sa liberté.

Voltaire, toutefois, prit hautement la défense des réformes du chancelier. Il applaudit, de Fernej, à cette grande pièce en six actes : Création de six Conseils supérieurs, la meilleure qu'on ait faite depuis longtemps, et promit l'immortalité à cet ouvrage. « Rien n'est si beau, écrivit-il, que la justice gratuite; rien n'est si consolant que de n'être pas obligé d'aller se ruiner à cent lieues de chez soi ; c'est le plus grand service rendu à la nation. (■^'»

Dans une autre lettre au comte de Rochefort, Voltaire écrit : « Je le dis hautement, ce règlement me paraît le plus beau qui ait été fait depuis la fondation de la monarchie, et je pense qu'il faut être ennemi de l'Rtat et de soi-même pour ne pas sentir ce bienfait (^\ » Enfin, dans

(1) Arch. de la nat. Cons. sec, X 16.8961. —(2) Arch. de la nat. Cons. sec. X 1&.8061. — (3) Lettre du 4 mars 1771. Corresp. de Voltaire, 23.422. — (4) Lettre du 21 mars 1771. Corresp. de Voltaire, 23.459.

(1771) VOLTAIRE DÉKEND LES UÉl-ORMES DE MALPEOU 235

une lettre à Elle de Beaumont, Voltaire dit : « Je persiste à croire que l'établissement des six Conseils souverains est le salut de la France. Je n'aime pas le pouvoir arbitraire nulle part, et surtout je le hais dans les juges <^^

« Le cardinal Fleury a ajouté la Lorraine à la France, le duc de Villeroi nous a conquis la Corse, et M. de Maupeou, supérieur à ces deux ministres, rend au roi la France entière *2*. » Ce fut en vain que la grande voix du siècle proclama ainsi l'opportunité des réformes du chancelier, cette fois la France ne fut pas de son avis('^^ « On n'y vit, d'après M. de Tocqueville, que l'attentat du despotisme tenté par un intrigant, à l'aide d'une courtisane*^^', de la nymphe de Luciennes, que Voltaire saluait alors du nom d'Égérie, en la remerciant des coquetteries et des baisers qu'elle voulait bien lui adresser à Ferney^^> . » Abaissée au dehors, la royauté s'avilissait au dedans chaque jour davantage. « Un égal mépris atteignait, à cette époque, le chef de l'Etat, les dépositaires de son autorité et les dispensateurs de la justice, qu'on avait vus envahir le palais sous les auspices d'un détachement de mousquetaires et s'asseoir sur les fleurs de lys par une lettre de cachet*^'. » La France avait parfaitement compris qu'il y

(1) Lettre du 7 juin 1771. Corr. de Voltaire^ 24.40. — (2) Lettres des 4 et 9 mars 1771. — (3) Villemain, Cours de litt. fr., 3.417. — (4) De Tocqueville, Hist. phil. du règne de Louis XV, 2.486. — Le spirituel abbé Terray et le facétieux Maupeou, alliés au duc d'Aiguillon et à M"' Dubarry, n'étaient pas assez honnêtes pour avoir droit de faire le bien. Michelet, Précis de l'Histoire de France, 302.

— (5) Quoi? deux baisers sur la fin de ma vie?

Quel passe-port vous daignez m'envoyer?

Deux, c'en est trop, adorable Egérie,

Je serais mort de plaisir au premier.

Vous ne pouvez empêcher cet hommage,

Faible tribut de quiconque a des yeux,

C'est aux mortels d'adorer votre image.

L'original était fait pour les Dieux.

— (6) De Lacretelle, Hist de Fr., 4.264.

23G l'opposition contre le parlement maupeou s'affaiblit (1773)

allait pour elle de ses dernières garanties, qu'on la livrait sans défense aux entreprises du despotisme, et elle s'était répandue en énergiques regrets pour les anciens magistrats et en outrages contre ceux qui leur succédaient, sans les remplacer (^K

Néanmoins, l'opposition ouverte se ralentit peu à peu, et le temps, en s'écoulant, affaiblit les répugances. Le public commençait à accepter les magistrats du Parlement Maupeou, parce que les affaires ne pouvaient demeurer plus longtemps en suspens, et que les avocats '2.' s'étaient lassés de leur abstention, lorsque la mort presque subite de Louis XVt^' et les hésitations de son successeur rendirent courage aux magistrats exilés et ôtèrent toute confiancer aux magistrats en exercice. Par ses dernières paroles, Louis XV affirma le pouvoir absolu qu'il avait tenté de ressaisir quatre ans auparavant. Il déclara « qu'il se repentait d'avoir causé du scandale à ses sujets, quoiqu'il ne dût compte de sa conduite qu'à Dieu seul. » Il était devenu comme étranger au pajs'-*>, et il mourut au milieu de l'indifférence publique. Un fait permet d'apprécier à quel point, en l'espace de trente années, s'étaient modifiées les dispositions des Parisiens à l'égard du monarque. Six mille messes avaient été demandées à l'église de Notre-Dame, en 1744, pour le rétablissement du roi,

(1) Floquet, Le Parlement de Normandie, 7.1. — (2) Gerbier, l'honneur du barreau français, fut un des premiers à donner l'exemple de la défection. Droz, Hist. du règne de Louis XVI, intr. 36. — MoUot, Règles de la profession d'avocat, 1.221. — Le doyen des avocats refusa de prêter serment, en disant à ses confrères qui le pressaient de se mettre à leur tète : 11 y a 68 ans, Messieurs, que j'ai l'honneur d'être avocat, j'ai rempli jusqu'ici ma carrière sans reproche, et je ne commencerai pas si tard à me déshonorer. Regnaut, Hist. des e'vén. conc. le Pari., 1.255. — (3) Il mourut de la petite vérole, le 10 mai 1774. Trois jours avant il avait fait amende honorable : « Quoique le roi, dit-il, ne doive compte de sa conduite qu'à Dieu, il déclare qu'il se repent d'avoir causé du scandale à ses sujets, et qu'il ne désire vivre que pour le soutien de la religion et le bonheur de ses peuples, v De Tocqueville, Hist. phil. du règne de Louis XV, 2.521. — (4) Regnaut, 2.401, — Besenval, Mém., 1.292.

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