T74) LETTRE DU ROI A DE MAUREPAS
tion impopulaire du dernier règne. Louis XVI chercha, de bonne foi, un ministre qui pût éclairer sa ieunesse. Il songea, dit-on, à M. de Machault*^^), qui avait été contrôleur général de 1746 à 1757, et s'était attiré une certaine réputation comme administrateur ; mais , d'après les. conseils de M""® Adélaïde, sa tante, il se décida pour le vieux comte Philippeaux de Maurepas(^>, homme léger, dont toute la science de gouverner consistait à manier adroitement les hommes et les affaires. Il apporta les ruses du courtisan là où il fallait une habileté de ministre. Son unique soin fut d'ajourner les difficultés et de maintenir son autorité. Ce choix malheureux eut de fâcheuses conséquences pour le jeune roi, qui lui avait écrit : « Dans la juste douleur qui m'accable et que je partage avec tout le royaume, j'ai de grands devoirs à remplir. Je suis roi ; ce nom renferme bien des obligations, mais je n'ai pas encore les connaissances qui me sont nécessaires. Je ne puis travailler avec les ministres, tous ayant vu le roi pendant sa maladie. La certitude que j'ai de votre probité et de votre profonde connaissance des affaires m'engage à vous prier de m'aider de vos conseils. Venez donc le plus tôt qu'il vous sera possible, vous me ferez plaisir (3). » Lorsque Maurepas aborda le roi, il dit au jeune monarque : — « Je rends grâce à Votre Majesté de m'avoir nommé son premier ministre. — Premier ministre! répondit brusquement le roi, je n'en veux pas. — Eh bien, reprit le comte, c'est donc pour apprendre au roi à s'en passer (^' . »
(1) Augeard soutient au contraire que la reine lui a répété plusieurs fois qu'il n'avait jamais été question de M. de Machault. Mém. secrets, 7.77. — (2) Flassean, Hist. diplom., 6.110. —Maurepas revenait au pouvoir à soixante- treize ans, après un éloignement de vingt-quatre années de la cour. Jobez , La Fr. sous Louis XVI^ 59. — Le 20 mai 1774. Ane. lois, 23.7. — Corresp. de Mirabeau avec Lamarck, 1.47. — De Ségur, Mérn. et souv., 1.38. — (3) Regnaut, //is^ des éve'n. conc. le Pari., 2.404. — (4) Cité par Gabourd, Hist. de Fr., 17.416. — Guizot, Hist. de Fr. rac, 5.303.