‹ Aperçu historique sur le Parlement de ParisChapitre 14 sur 288 · LE COMTE DE HORN · texte numérisé non relu

LE COMTE DE HORN

crime, le comte de Horn fut rompu vif, avec son complice de Millj, en place de Grève ^^L Law avait demandé cet exemple « parce que cela faisait tort à son système et à la liberté des négociations <~>. »

La répression de ce crime atroce n'arrêta pas le désordre causé par une émission de papier-monnaie qui, n'étant pas en proportion du numéraire, croissait sans cesse. Law crut y remédier en réduisant tous les billets de la banque à la moitié de leur valeur ^-^^ Cette mesure ne fit qu'accroître les défiances. Le gouvernement essaya en vain de les apaiser en révoquant l'édit du 24 mai (■^' et la défense de garder des espèces dans sa maison ^^'. Un mois et demi après, la rareté des espèces lut si grande, qu'un arrêt du Conseil suspendit le paiement des billets de la banque royale (^\ Ce dernier arrêt fut le signal d'une panique épouvantable. Dès ce moment, une défiance irréfléchie succéda à un fatal aveuglement. La spéculation ne garda pas de milieu, elle passa d'tm excès à un autre, de la fortune à la ruine. On se prit à démolir le système avec autant d'ardeur qu'on avait mis à l'élever. La baisse prit des proportions sinistres, et l'émeute gronda. Law se réfugia ati Palais-Royal, pourstiivi par les clameurs populaires, et son carrosse fut mis en pièces '">. D'Argenson fut sacrifié et Law fit rappeler ^^' d'Aguesseau pour réparer ses fautes, comme il l'avait fait éloigner pour les commettre. D'Aguesseau rentra à Paris « au milieu de la

(1; Laurentie, Hist. des ducs d'Orléans^ 3.229. — Journ. de Barbier, 1.34. — (2) Journ. de Barbier, 1.33, — (3) Voltaire, Le Pari, de Paris, 299. — Le 20 mai 1720. Dareste, Hist. de Fr., 6.245. — (4) Le 27 mai 1720. Mém. de St-Sirnon, 18.206. — (5) Le 1" juin 1720. Ane. lois, 21.184. — (6) Le 11 juillet 1720. Ane. lois, 21.185. — û) Ce fut en annonçant cet événement à la Cour que le premier président employa cet impromptu :

Messieurs, Messieurs, bonne nouvelle, Le carrosse de Law est réduit en canelle, Dulaure, Hist. de Paris, 7.311. — (8) Le 8 juin 1720. Boullée, Hist. de d'Aguesseau, 1.313.

(1720) RAPPEL DE d'aGUESSEAU ' 31

joie universelle de tous les gens de bien^^).» Lorsqu'il fat admis à saluer Louis XV, au Louvre, le maréchal de Villeroi lui dit : « Le roi n'a jamais signé d'ordre etn^en donnera jamais qui lui fasse plus de plaisir que celui de votre rappel. A présent que vous êtes à la tête des affaires, Sa Majesté espère que vous travaillerez à les rétablira^'. » Le chancelier, en prêtant Tappui de son nom respecté, ne put conjurer, par Tapplication de la justice, des maux dus à son oubli. Il lui avait été facile de prédire le mal, il lui fut impossible d'y remédier. Il ne put l'arrêter, ni même adoucir le dissentiment croissant entre le duc d'Orléans et le Parlement (^^ 11 s'aperçut bien vite « qu'il était venu trop tôt ou trop tard. » L'épreuve du ministère le laissa foit au-dessous de sa juste renommée. L'on vit un jour un placard à la porte de la chancellerie qui portait ces mots : Et homo factus est^^K

Le Parlement refusa énergiquement de se prêter aux expédients financiers de Law et d'enregistrer un édit qui conférait à perpétuité à la compagnie des Indes divers privilèges, sous la condition de retirer, de mois en mois, cinquante millions de billets de banque jusqu'à concurrence de six cent millions (^). Le Parlement ne voyait dans l'édit aucune garantie de l'exécution de cette dernière clause et il répondit qu'il fallait attendre la majorité du roi. Son refus persistant lui valut l'exil. Il fut transféré à Pontoise "\ où il dut s'occuper exclusivement de rendre la justice, au lieu de porter atteinte à

{\) Journal de Marais, 1.272. — (2) Le 7 juin 1720. Mér,i. du présid,ent Hénault, 47. — Journ. de Barbier, 1.39. — (3» Guizot, Hist. de Fr., 5.18. — (4) De Carné, Le régent et la régence. Rev. des Deux-Mondes, 1858, p. 546. — (5) De Tocqueville, Hist. phil. du règne de Louis XV, 1.143. — La ruine des fortunes particulières se préparait au milieu des scandales de l'agiotage, et la place Vendôme était le théâtre de réunions tumultueuses des agioteurs de papiers. Le chancelier n'eut pas le courage de les éloigner de son hôtel. De Vallée, D'Aguesseau et son temps. — (6) Le 21 juillet 1720. Ane. ?oi5, 21.185. — Journ. de Marais., 1.332.— Journ. de Barbier. 1.52.

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