‹ Aperçu historique sur le Parlement de ParisChapitre 140 sur 288 · OUTRAGES PRODIGUÉS AU PARLEMENT MAUPEOU · texte numérisé non relu

OUTRAGES PRODIGUÉS AU PARLEMENT MAUPEOU

fait*^'. L'idée dominante était la réaction contre le despotisme et l'arbitraire que les Parlements avaient combattus <^K Les outrages prodigués aux magistrats du Parlement Maupeou devinrent tels, que quelques-uns d'entre eux se plaignirent à Maurepas de ne pouvoir plus se rendre aux audiences sans être insultés par le peuple, et le ministre leur répondit, avec la légèreté de l'homme du temps : « Eh bien, allez-y en domino, vous ne serez pas reconnus. » Cette réponse indiquait le sort réservé aux magistrats du Parlement Maupeou *3'.

En conservant ce Parlement, de Maurepas aurait pu recueillir le bénéfice d'un coup d'Etat dont il n'aurait pas eu l'odieux, mais il était attaché par tradition et par des liens de famille aux anciens Parlements, il était jaloux du chancelier de Maupeou, et il était trop léger pour comprendre que, s'il est parfois mauvais de détruire certaines institutions, il est souvent plus sage d'accepter les faits accomplis que de tenter la résurrection d'un passé détruit ^■^>.

D'après ses conseils, le roi exila d'abord le chancelier Maupeou, qui avait refusé de donner sa démission, en disant : « Si le roi trouve que j'ai trahi la confiance de son aïeul, qu'il me fasse mettre en jugement^^^. » Maupeou, qui avait été bas et rampant aux pieds de M'"^ Dubarry, parut retremper son âme dans l'infortune'^*, et la dignité avec laquelle il soutint sa disgrâce Itii attira plus de considération qu'il n'en avait eu dans sa prospérité^"'.

(1,1 Sallier, Annales françaises, ô. — (2) Martin, Hist. de France, 16.334. — De Carné, Ministère de Choiseul. Revue des Deux-Mondes, 1858, 867. — (3) Dès le mois d'août, lorsque les députés de la faculté de médecine vinrent prier le Parlement Maupeou d'assister, suivant la coutume, à la cérémonie des paranymphes, les clercs de la basoche s'écrièrent : Venez-vous tdter le pouls des mourants ? Il est trop tard, il n'y a plus de remèdes. Floquet, Le Pari, de Normandie, 7.11. — (4) Jobez, La Fra?ice sous Louis XVI, 1.69, —(5) De Bastard, Les Pari, de Fr., 2.561. — (6) De Tocqueville, Coup d'œil sur le règne de Louis XVI, p. 20. —(7) Droz, Hist. de Louis XVI.

M774) RENVOI DE TEKRAY 245

Louis XVI avait éprouvé quelque hésitation à se séparer du chancelier de Maupeou, qui avait défendu avec courage les prérogatives royales, mais il n'en eut aucune lorsqu'on lui demanda l'éloignement du contrôleur général Terray, que ses exactions avaient voué à une animadversion presque générale.

Terray fut congédié le même jour que le chancelier et contraint de restituer 450,000 livres de pots de vin, qu'il s'était fait donner sur le bail des fermes récemment renouvelé^^*. La disgrâce du chancelier et de Terray fut exécutée le jour de la fête de saint Barthélémy, et le peuple, transporté de joie, appela leur renvoi la Saint-Barthélémy des ministres ^^K « Au moins, fit observer l'ambassadeur d'Espagne, n'est-ce pas le massacre des innocents '^^*. » Paris illumina ; sur des transparents de lumière on lisait : Vive le roi! vive la reine! vive l'ancien Parlement "*> ! Durant plusieurs soirées on tira, en signe de réjouissance, des pièces d'artifice, on voulut brûler en efiigie le chancelier de Maupeou et l'abbé Terray. Il fallut charger la multitude le sabre à la main pour la disperser. C'est ainsi que le peuple de Paris préludait aux scènes tragiques de la révolution.

La charge de garde des sceaux dut être rétablie, et Hue de Miromesnil, premier président disgracié du Parlement de Rouen en fut investi ^^). Le comte du Muy

2.106. Il mourut âgé de 78 ans. Peu de temps avant sa mort il avait fait un don patriotique de huit cent mille livres.

(1} yiavtin, Hist. de Fi\, 16. 321. — FeniMetdeConches, Lettres de Louis X VI, 1.54. (2) Soulavie, Mém. sur le règne de Louis XVI, 2.198. — (3) Clément, Portraits hist., 407. — (4) Rocquain, 320. — (5) Le 24 août 1774. La veille, le roi avait écrit au duc de la VriUière : « Vous irez demain chez M. de Maupeou lui demander les sceaux, j'en ai disposé en faveur de M. Hue de Miromesnil, ancien président du Parlement de Rouen. Il est signalé à ma confiance par sa conduite ferme et sage, lors des persécutions du chancelier contre la magistrature, et j'espère amener par lui la réintégration amiable des anciens Parlements, que les manèges et les violences de l'indigne chancelier ont dispersés, dépouillés ou eulés. » Lettre citée par Jobez, La Fr. sous Louis X VI, 1.130.

246 TtRGOT EST APPELÉ AUX. FINANCES (1774)

devint ministre de la guerre, de Sartine fui appelé au ministère de la marine et Turgot passa aux finances f^'. Ces noms étaient heureux et ils furent accueillis avec faveur par l'opinion publique. On applaudit surtout au choix de Turgot, qu'on savait « fort honnête homme, quoique un peu homme à projet "->, et qui s'était fait « adorer » dans le Limousin, où il avait été intendant'3^.

Deux mois plus tard, le 18 octobre, la Chambre des vacations s'émut des bruits notoires qui se répandaient dans le public d'une subversion prochaine dans la constitution du Parlement et demanda à Sa Majesté la permission d'apporter la vérité aux pieds du trône sur un objet aussi important ^-^^ Une députation se rendit auprès du roi pour être l'interprète des doléances du Parlement, et Louis XVI lui répondit : « Qu'il était surpris que la Chambre des vacations lui fit des représentations sur des bruits populaires (^^ » Ces bruits n'étaient que trop fondés. Impopulaire dès son origine, le Parlement Maupeou était resté, aux yeux de la nation, « l'image du pouvoir absolu, corrompu et corrupteur'*^'. » Mais comment revenir sur le passé et sur une décision royale ? « On ne sait comment s'y prendre, écrivait Mercy, pour remettre, à cet égard, les choses à peu près dans l'état où elles étaient avant que le chancelier Maupeou eût tout bouleversé. Cette opération est également difficile et nécessaire, parce que, d'une part, il faut rétablir la justice et l'ordre, et que d'un autre côté il s'agit, dans ce grand ouvrage, de ne point compromettre l'autorité de la couronne ^^^ »

(1) Le 24 août 1774. Il avait été nommé ministre de la marine le 19 juillet précédent. Foncin, Le ministère de Turgot, 40 et 51. — (2) Hardy, Journ., 2 387. — (3) Métra, Corresp. secr., 1.67. — (4) Cons. sec, X 16.8965, — (5) Jobez, La Fr. sous Louis XVI, 1.174. — (6) Guizot, Hist. de Fr. rac, 5.305. — (7) D'Arneth et Geifroy, Corresp. de Marie-Antoinette, 2.241.

(1T74) ADVERSAIRES DE l'aXCIEN PARLEMENT 247

L'ancien Parlement avait contre lui leclergë''>, parce qu'il était entaché de jansénisme, et les philosophes, parce qu'il était, à leurs yeux, « la grande forteresse des abus, de la routine et du fanatisme (^*. » Voltaire s'étonnaii « qu'on voulût sacrifier le nouveau Parlement, qui n'avait su qu'obéir au roi, à l'ancien qui n'avait su que le braver^^'. » Mais ce dernier avait de puissants alliés dans Choiseul et les siens, et dans la bourgeoisie, qui le considérait, depuis la suppression des Etats généraux, comme le protecteur de ses intérêts et le défenseur des droits de la nation. La reine, que Choiseul avait mariée, était également favorable aux magistrats disgraciés, et, après leur rappel, elle écrivit à sa mère : « J'ai bien de la joie de ce qu'il n'y a plus personne dans l'exil et le malheur'-*'. » L'impératrice Marie-Thérèse ne partageait pas l'opinion de sa fille sur le rappel du Parlement : « Il est incompréhensible, avait-elle dit à Mercy, que le roi et ses ministres détruisent l'ouvrage de Maupeou'^*. »

Malgré les observations du comte de Provence*^', qui craignait les Parlements comme un embarras, contre l'avis de Turgot, qui les redoutait comme obstacle à toute amélioration'"*, en dépit de ses propres appréhensions*^^),

(1) Quarante évêques, disait-on, avaient adressé à Louis XVI un mémoire à ce sujet. Hardy, 2.384. — (?) Foncin. Le minist. de Turgot, 128. — (3^ Voltaire, Corresp. gén., 15.229. — (4i D'Arneth et Geffroy, Corresp. de Marie- Antoinette, 2.253. — (5) D'Arneth et Geffroy, Corresp. de Marie-Antoinette, 2.252. — (6^ Dans un mémoire rédigé par le comte de Provence, ou autorisé de son aveu, il était dit : « Le Parlement actuel a remis snr la tête du roi la couronne que le Parlement en exil lui avait ôtée, et M. de Maupeou a fait gagner au roi le procès que les rois ses aïeux soutenaient contre le Parlement depuis deux siècles. Le procès était jugé, et vous, mon frère, vous cassez ce jugement pour recommencer la procédure. » Soulavie, Mé>n. sur le règne de Louis X VI, 2.222. — Lettre du 4 nov. 1774, par le roi au garde des sceaux de Miromesnil. Feuillet de Couches, Lettres de Louis XVI, 2.448. — (7) De Sismondi, Ilist. des Fr.. 30.38. — (8) Feuillet de Conches, Lettres de Louis X VI, 1.4 et 2.433. — On a tâté le roi sur le Parlement, lit-on dans le Journ. hist. de la révol., le 27 mai 1774, t. 6, p. 29, on a trouvé un jeune prince très-jaloux de son autorité, méprisant le tribunal actuel, mais craignant l'ancien; on n'a pas

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