RÉFORMES DE TURGOT
voter les impôts et de présenter des vœux. Telles étaient les réformes que Turgot avait voulu établir, pour faire pénétrer la vie politique dans toute la nation et l'habituer à contrôler le gouvernement. Ces réformes , dont le vice essentiel consistait à ne donner aux gouvernés qu\in rôle absolument passif et des droits sans garantie, n'étaient rien moins qu'une révolution. Elles inspirèrent des scrupules au roi ; il craignit d'affaiblir ou de compromettre le pouvoir royal, et il n'hésita pas à sacrifier son ministre dont les vastes desseins l'effrayaient.
La retraite de Turgot et de Malesherbes, tous deux attachés à leur prince comme à leur patrie, laissa Louis XVI presque seul, au milieu des passions, des intérêts et des intrigues des privilégiés. On était arrivé aux temps dont parle Tite-Live : « Adhcec tempora ventum est, uhi nec mala, nec remédia pati possumus^^K
Cédant aux clameurs des privilégiés et aux représentations du Parlement '2^ Louis XVI désavoua les édits approuvés par la nation, et dont il avait commandé en personne l'enregistrement. Il détruisit ainsi l'œuvre de Turgot, comme il avait détruit l'œuvre de Louis XV, sans se rendre compte que, par des variations aussi subites, il discréditait son autorité (^). Les corvées^-*', les maîtrises et les jurandes'^) furent rétablies. Le roi déclarait, dans le préambule de ses édits contradictoires, qu'il avait cru nécessaire, dans sa sagesse, de donner une attention particulière aux représentations de ses Cours, sur les inconvénients dont les édits étaient susceptibles, et que son amour pour ses sujets l'avait engagé à les modifier (^). Ce rétablissement de l'ancien état de choses et l'initiative fâcheuse
(1) Lettre du 16 mai 1776, de l'abbé Galiani à M"" d'Epinay. Grimm, 9.226. — (2) Préamb. de l'édit du mois d'août 1776. Ane. lois,24.1i. —(3) Hardy, 3.263. — (4) En fé7. 1776. — (5) En mai 1776. — (6) Soulavie, Mém. sur Louis X TT, 3.166.