PROCÈS CÉLÈBRES
Les grands scandales, signes précurseurs des grandes catastrophes, se multipliaient.
On vit un procès en faux entre un maréchal de France, Richelieu, et la présidente de Saint- Vincent, petite-âlle de M""^ de Sévigné; l'abbé Terray fut traduit au ban de l'opinion par M™^ Clercj, qui avait vécu de ses bienfaits ; un employé subalterne de la maison du comte d'Artois entraîna jusque devant le Parlement le surintendant Radix de Sainte-Foy; le comte de Broglie perdit son procès contre l'abbé Georges ; enfin, le nom de Marie-Antoinette fut compromis dans le fameux procès du collier^ intenté à un prince de l'Eglise, le cardinal de Rohan, et à une comtesse de Lamotte, descendante d'un fils naturel légitimé de Henri II '^^'. Le cardinal et la comtesse étaient accusés d'avoir usurpé le nom de la reine dans le but d'acheter à crédit, des joailliers Boëhmer et Bassange, un magnifique collier de diamants du prix de 1,600,000 livres. L'indignation trop légitime de Marie-Antoinette fut à son comble lorsque le cardinal, interpellé par le roi sur l'achat d'un collier de diamants pour le procurer à la reine, balbutia : « Ah! Sire, je vois trop tard qu'on m'a trompé. » Toute femme eiit ressenti la même indignation que la reine de France, et l'on comprend qu'elle ait demandé une instance judiciaire, mais les considérations les plus puissantes de la politique et de la prudence voulaient que le gotivernement étoufi'àt cette aifaire. Il n'en fut rien; les ministres se partagèrent, et Louis XVI résolut de faire un éclat et de prendre corps à corps la calomnie qui osait s'attaquer à la reine. Des lettres patentes du 5 septembre 1785 <^' attribuèrent à la Grand'Chambre du Parlement la connaissance de cet étrange procès, dans lequel furent impliqués le thaumaturge Cagliostro , le
(1) Campardon, Le procès du collier, 14. — Beugnot, Reçue franc., septembre 1838, p. 204. — (2) Arch. de la nat., X» 2576.