‹ Aperçu historique sur le Parlement de ParisChapitre 171 sur 288 · LETTRE DE LA UEINE A MARIE-CHRISTINE · texte numérisé non relu

LETTRE DE LA UEINE A MARIE-CHRISTINE

une joie effrénée et au milieu des applaudissements cet arrêtai), qui trompait toutes les prévisions de la cour. Il humiliait le trône et portait un coup injuste'^), mais terrible à la réputation de la reine. L'indignation et la douleur de Marie- Antoinette furent extrêmes ; elle écrivit à sa sœur Marie-Christine avec une sincérité d'émotion mêlée d'amertume et de fierté : « Je n'ai besoin de vous dire mon indignation du jugement que vient de prononcer le Parlement, pour qui la loi du respect est trop lourde. C'est une insulte alfreuse, et je suis noyée dans les larmes du désespoir. Quoi ! un homme qui, après avoir eu l'audace de se prêter à cette sotte et infâme scène du bosquet^ a supposé qu'il avait un rendez-vous de la reine de France, de la femme de son roi, que la reine avait reçu de lui une rose et avait souifert qu'il se jetât à ses pieds, ne serait pas, quand il y a un trône, un criminel de lèse-majesté? Ce serait seulement un homme qui s'est trompé? C'est odieux et révoltant. Plaignez-moi, ma bonne sœur, je ne méritais pas cette injure, moi qui ai cherché à faire tant de bien à tout ce qui m'entoure, et qui ne me suis souvenue que j'étais la fille de Marie-Thérèse que pour me montrer ce qu'elle m'avait recommandé en m'embrassant à mon départ, Française jusqu'au fond du cœur. Etre sacrifiée à un prêtre parjure, à un intri-

(1) De Lacretelle, Hist. du xvin' siècle, 6.131. — Besenval , Mém., 2.171. — Ce fut dans Paris un délire, dit Louis Blanc, Hist. de la révol. franc., 2. 153. — On applaudit vivement le cardinal lorsqu'il sortit du palais. Les magistrats furent bien plus applaudis encore. La haine populaire se sentait satisfaite d'avoir trouvé un organe dans la première Cour du royaume. De Tocqueville. Coup d'œil sur le règne de Louis XVI, 187. — A leur sortie du palais, dit Mirabeau, les magistrats ont été arrêtés, caressés, baisés. Cinq cents personnes se sont prosternées; c'était un délire. L'opinion n'a-t-elle pas eu un assez beau triomphe. Mirabeau, Mém., 4.026. — (2) M. Campardon, après avoir combattu les mémoires que le comte de Lamotte-Valois fit paraître après le procès, déclare qu'il s'estime heureux si son travail a un peu éclairé le débat et contribué à venger la grande reine des injures auxquelles elle est encore en butte. Le procès du collier, 204.

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