‹ Aperçu historique sur le Parlement de ParisChapitre 172 sur 288 · LOUIS XVI ET LE CARDINAL DE ROHAN · texte numérisé non relu

LOUIS XVI ET LE CARDINAL DE ROHAN

gant impudique, quelle douleur ! Mais ne croyez pas que je me laisse aller à rien d'indigne de moi. J'ai déclaré que je ne me vengerais jamais qu'en redoublant le bien que j'ai fait^^\ » Cette pensée d'oubli et de clémence est reproduite dans une lettre pleine d'angoisse de l'infortunée reine à son amie la duchesse de Polignac*^-*.

Louis XVI ne fut pas moins froissé que la reine par l'arrêt du Parlement, et il exprima hautement que les magistrats n'avaient voulu voir dans cette affaire que le prince de l'Eglise et le prince de Rohan, tandis que ce n'était qu'un besogneux d'argent *^^ Le cardinal dut se démettre de ses fonctions de grand aumônier de France'"^', et fut ensuite exilé au fond de l'Auvergne ^^\ L'impopularité de la reine était si grande, que cette disgrâce fut regardée comme une faute politique. Le roi paraissait se venger du Parlement '^^, auquel il avait eu le tort de déférer un procès qui ouvrait le sanctuaire de la famille royale aux réticences transparentes d'un débat judiciaire et aux malveillants commentaires de la foule. Le cardinal de Rohan n'avait trempé en aucune façon dans l'escroquerie du collier, mais il avait outragé sa souveraine de la manière la plus indigne ^~\ en croyant, d'après le langage

(1> Le 1" septembre 17S6. Louis XVI et Marie-Antoinette. Lettres publ. par Feuillet de Conches, L162. — (?) « Le jugement qui vient d'être prononcé

est une insulte affreuse mais je triompherai des méchants en triplant le

bien que j'ai toujours tâché de faire. Il leur sera plus aisé de m'alBiger que de m' amener à me venger d'eux. » Louis XVI et Marie-Antoinette, Lettres publ. par Feuillet de Conches, 1.16L — (3) Me'm. de M°" de Campan, 2.24. — (4) Le 2 juin 1786. L'original de la démission du cardinal de Rohan se trouve dans le musée des archives nationales à l'hôtel de Soubise, sous le n° 626. — (.5) En 1789, le cardinal de Rohan lut élu par le clergé du bailliage de Hagueneau, et le 24 juillet l'assemblée nationale déclara que la lettre d'exil donnée contre lui ne pouvait l'empêcher de siéger, puisqu'il avait été déchargé par le Parlement de toute inculpation dans l'affaire du collier. En conséquence l'assemblée prononce l'admission dans son sein du cardinal. — (6) Quand la loi absout, le souverain ne saurait punir, car alors il n'exerce qu'une vengeance personnelle. De Tocqueville, Coup d'œil sur le règ. de Louis X VI. p. 188. — Droz, Hist. de Louis X VI, 1.340. — (7) Campardon, Le procès du collier, 125.

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