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LE PREMIER PRÉSIDENT DU PATY

Los procédures de Chaumont et de Paris avaient été plus irrégulières que celles de Caen et de Rouen à l'égard de Victoire Salmon. L'opinion publique se prononça hautement contre l'arrêt du Parlement de Paris. Frappé de ce qu'on disait de ce cruel arrêt, du Paty, président à mortier au Parlement de Bordeaux, qui se trouvait alors à Paris, étudie l'affaire, découvre de très-nombreuses irrégularités et en remplit un mémoire^^) demeuré célèbre. A l'apparition de ce mémoire resté anonj^me, le Parlement le condamne au feu ^^^ et ordonne des poursuites contre son auteur inconnu. Du Paty se nomme alors et se voit atteint par un décret d'ajournement personnel, dont Le roi se hâte de suspendre l'effet ^^^. L'affaire est enlevée à des magistrats prévenus et renvoyée au Parlement de Rouen. Du Paty plaide devant laTournelle de Normandie pour les trois condamnés : Bradier, Simare et Lardoise, et il fait proclamer leur innocence. Guyot était mort dans les prisons de Chaumont.

L'arrêt de la Tournelle de Rouen est salué par d'unanimes acclamations, et les plus vifs applaudissements sont prodigués au généreux et éloquent défenseur de Bradier, Simare et Lardoise. Les Rouennais s'empressent de venir en aide à ces trois malheureux, comme les Parisiens l'avaient fait pour Victoire Salmon. Une représentation est donnée à leur profit au théâtre des Arts, où du Paty « reçoit les éclatants témoignages d'une vive sympathie et les légitimes honneurs d'un bien attendrissant triomphe <^^>. » Jamais triomphe ne fut mieux mérité que celui du docte et éloquent magistrat, dont les vives réclamations contre l'ancienne procédure criminelle ne se

(1) Floquet, Hist. du Pari, de Normandie, 7.403. — (2) Floquet, Hist. du Pari, de Normandie, 7.414. — (3) Corresp. de Gri^nni, août 1786, p. 46. — Droz , Hist. de Louis XVI, 1.413. — (4) Floquet, Hist. du Pari, de Normandie, 7.406.

(1781) ,IOLY DE KLEURY 295

trouvèrent que trop justifiées par la procédure contre les trois innocents qu'il parvint à arracher au supplice de la roue.

Tandis que les erreurs judiciaires et les procès scandaleux que nous venons de rappeler agitaient les esprits et alimentaient la malignité publique, les successeurs de Necker achevaient d'user le crédit de la nation. La confiance, qui seule attire les capitaux, manquait entièrement, et les regrets unanimes provoqués par la retraite de Necker rendaient fort difficile la tâche de son successeur. Aussi, Maurepas, tout en disant « que l'homme impossible à remplacer n'' était pas encore né, » se trouvait fort embarrassé pour lui donner un successeur. Joly de Fleury, issu d'une des principales familles parlementaires , ne consentit à accepter la direction des finances que sur les instances des chefs du Parlement de Paris. Il obtint sans difficulté l'enregistrement par cette Cour souveraine des édits bursaux qu'il présenta. On reprocha au Parlement de Paris « sa basse soumission ; » on s'écria qu'il n'était plus « que le simulacre et l'ombre de lui-même ^^^^ » Les Parlements de province se montrèrent moins dociles. Le Parlement de la Franche-Comté mit des restrictions à l'édit des deux sous par livre et lutta à coups d'arrêts contre le Conseil, reprenant la vieille tactique de séparer la volonté du roi de celle de ses ministres. La lutte se termina par une transaction.

La Bretagne, de son côté, commença à s'agiter. Ses Etats réclamèrent contre l'injonction étrange de n'élire pour députés chargés de suivre leurs affaires à la Cour que des hommes recommandés par le gouvernement de leur province. Les candidatures ofiicielles, on le voit, ne datent pas de nos jours. Le roi avant enjoint l'obéissance aux députés bretons, en déclarant « que ses ordres n'a-

(1) Hardy, /owrn., 5.20.

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