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LES ÉTATS DE BRETAGNE

vaieut rien de contraire aux privilèges que ses prédécesseurs avaient bien voulu accorder à la province de Bretagne, » les Etats répondirent : « Nos franchises sont un contrat et non un privilège '^^ » Le gouvernement tint bon et finit par obtenir l'assentiment de la majorité des députés.

En Provence et en Dauphiné, des symptômes d'agitation se montrèrent également. Ces premiers actes du nouveau ministère n'étaient pas propres à concilier à la royauté les esprits encore irrités de la disgrâce de Necker. La guerre avec l'Angleterre se prolongeait, et un emprunt onéreux avait été souscrit, lorsque la nouvelle de la perte d'une portion considérable de notre marine dans un engagement près de la Guadeloupe (2) nécessita un impôt d'un troisième vingtième sur les biens pour la durée de la guerre et les trois années qui suivraient la conclusion de la paix^^). Le Parlement de Paris présenta de faibles remontrances contre ce nouvel impôt. Les Parlements de province se montrèrent plus jaloux des intérêts du peuple *^^. Le Parlement de Besançon repoussa l'impôt du troisième vingtième, fit d'itératives remontrances, se vit mandé à la cour, menacé d'être supprimé , et finit par déclarer que, réduit à l'impuissance par la faute des ministres contempteurs de la loi, il réclamait pour la Franche Comté l'assemblée des Etats provinciaux, et, pour le royaume, les Etats généraux (5). Au moment où le Parlement de Besançon rendait son arrêté mémorable, les Etats' de Bretagne rappelaient, dans une lettre adressée au roi, qu'on ne pouvait, sans leur assentiment, lever aucun

(1) Martin, Hist. de Fr., 16.519. — (2) Le 12 avril 1782, le comte de Grasse, qui commandait les forces françaises perdit, à cet engagement, le vaisseau amiral la Ville de Paris, de 120 canons, et quatre autres vaisseaux. Rocquain, 401. — (3) Edit de juillet 1782. Ane. lois, 27.106. — (4) Notamment ceux de Bordeaux, de Rouen et de Besançon. Hardy, Journ., 5.197, août 1782. — (5) Arrêt du 17 février 1783. Rocquain, 404.

(1783) PAIX AVEC i/angleterre 297

impôtdansla province, etsevojai(^ntmenacésd'être cassés.

Par ses actes d'autorité et ses imprudentes menaces, le ministère réveilla dans la magistrature l'esprit de résistance et de patriotisme. Une confédération commença à s'organiser entre les divers Parlements du royaume. Comprenant qu'ils ne pouvaient reprendre leur ancienne influence, ils songèrent à demander la convocation des Etats généraux (^^

La conclusion de la paix avec l'Angleterre, au mois de septembre 1783, causa une satisfaction générale et calma un instant les esprits. D'Ormesson, appelé à remplacer Joly de Fleury , refusa, sous prétexte de sa jeunesse. Louis XVI lui répondit : « Vous êtes jeune, mais je le suis plus que vous, et j'ai un plus grand fardeau à soutenir ; nous nous aiderons l'un et l'autre (2>. » Il n'était pas possible de résister à des ordres aussi pressants et donnés avec tant d'intérêt. D'Ormesson accepta, mais il ne fit que passer aux affaires. Il voulut détourner le roi de dépenses inconsidérées, et résister aux obsessions des courtisans, dont les exigences ruineuses faisaient du trésor royal un « tonneau des Danaïdes '^^K » Mais il sentit son impuissance. Il se retira et prouva que l'intégrité ne suffit pas pour diriger les affaires publiques ^^>. La probité avait eu ses ministres ; la faveur eut les siens. Le maréchal de Castries adressa au roi un mémoire secret pour supplier Sa Majesté de rappeler Necker, mais l'influence de la cour l'emporta.

De Galonné, qui s'était signalé par son ardeur contre de La Chalotais, fut le successeur de d'Ormesson.(^) Le présomptueux et complaisant contrôleur général, qui répon-

(1). Rocquain, 405. — Bachauraont, 14.106. — (2) Dugas de Bois-Saint-Just, Paris- Versailles, 1.67. — (3) Hardy, Journ., 5.376. — Bachaumont, ?3.284. — (4) Droz, Hist. du règne de Louis X VI, 1 .399. — (5) Le 24 nov. 1783. Hénault, Abr. chr. 469.

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