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LA BULLE UNIGENITLS ET LE GKAXD-CONSEIL

remontrances étaient à redouter, et le régent résolut d'emporter de haute lutte l'enregistrement tant désiré. Le 23 septembre 1720, il se rendit au Grand-Conseil et le chancelier d'Aguesseau ouvrit la séance par un discours dans lequel il fit ressortir les avantages de la constitution, « dont l'acceptation lui paraissait le seul moyen de détourner un schisme que rendait imminent la disposition des esprits. »

Plusieurs membres du Conseil combattirent la proposition du chancelier avec beaucoup de force et de logique. L'un d'eux, nommé Pérelle, appuya son avis de développements qui excitèrent l'impatience du chancelier. « Oîi donc, lui dit le ministre^ avez-vous pris ces principes? Dans les plaidoyers de feu M. le chancelier d'Aguesseau, » répondit sans s'émouvoir le ferme magistrat '^^^.

Saisir le Grand-Conseil d'une attribution qui appartenait au Parlement seul était une faute, et la condescendance de d'Aguesseau pour la cour lui valut d'amères épigrammes(2). Impuissante sur sa vertu, cette épreuve fut fatale à son indépendance.

L'opposition du Parlement, que rien ne pouvait ébranler, causait une extrême irritation à la cour. Dubois eut la pensée de supprimer tous les Parlements, mais les ducs et pairs s'y opposèrent, parce que leur premier privilège était d'avoir séance au Parlement de Paris, qui était la Cour des pairs (3). On s'arrêta au transfert à Blois du Parlement, toujours exilé à Pontoise. D'Aguesseau combattit avec force, mais sans succès, la translation projetée. Elle fut ordonnée, à son insu, le 11 novembre 1720. En l'apprenant, le chancelier courut chez le régent et lui dit : « Que ne pouvant ni faire le bien, ni réparer le mal , il

(1) Boullée, Hist. de d'Aguesseau, 1.349. — Hello, Phil. de l'hisf. de Fr., 345, — De Lacretelle, Hist. de Fr. au xviii' siècle, 1.354, — {2) Jour, de Barbier, 1.62. — Marais, 1.414. — (3) Journ. de Barbier, 1.81.

3S LE RÉGENT ET d'aGUESSEAU (1720)

venait lui remettre les sceaux. » Le régeat, affligé de cette démarche, refusa les sceaux pour les reprendre peu de temps après. Une rupture paraissait imminente, lorsque le maréchal de Villars, ami du chancelier, s'employa pour la prévenir. Il négocia, avec beaucoup d'habileté, un accommodement entre la cour et la magistrature, et il réussit.

Le cardinal de Xoailles céda enfin au désir de ramener la paix dans l'Eglise. Il publia, le 17 novembre 1720, son mandement d'acceptation. Le 4 décembre suivant <-^), le Parlement, après avoir été chargé de l'évocation de toutes les contestations nées ou à naître au sujet de la constitution Unigenitus'^^ , enregistra cette constitution comme il l'avait fait déjà sous Louis XIV, c'est-à-dire « conformément aux règles de l'Eglise et aux maximes du royaume sur les appels au futur concile ^^^ et à la condition qu'on ne s'adresserait plus au Grand-Conseil, qui l'avait enregistrée, sans aucune réserve, comme loi de l'Etat et de TEglise. »

L'enregistrement, par le Parlement, de la constitution satisfit la cour, qui avait intérêt à détacher le pape du système politique de l'Espagne, et les magistrats, rappelés le 16 décembre 1720'^^ rentrèrent quatre jours après au palais de justice de Paris '^\ L'ordre des avocats, son bâtonnier en tête, se rendit auprès du premier président pour le saluer. Ce magistrat accueillit très-gracieusement tous les membres du barreau et leur dit : « Qu'ils avaient été parfaits en tout et qu'il faudrait être difficile pour n'être pas content d'eux '^\ »

(1) Jour, de Marais, 2A. — (2) Le 25 novembre 1720. Ane. lois, 21.214. — Journ. de Barbier, 1.82. —Journ. de Marais,2A. — (3) Voltaire, Le Pari, de Paris, 305. — Journ. de Marais, 2.4. — Journ. de Barbier , 1.88. — BouUée, Hist. de d'Aguesseau, 2.359. — (4; Ane. lois, 21.190. — Duclos, Mérn. hist. de Louis XIV et Louis XV, 2.134. — (5) Dareste, Hist. de Fr., 6.256. — {6) Journ. de Marais, 2.38. — Le bâtonnier a dit que les avocats

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