‹ Aperçu historique sur le Parlement de ParisChapitre 20 sur 288 · ENREGISTREMENT DE L.V BULLE UNIGENITUS · texte numérisé non relu

ENREGISTREMENT DE L.V BULLE UNIGENITUS

L'enregistrement de l'orageuse et impopulaire bulle Unigeniius, qui faisait cesser la division entre les acceptants et les appelants, était l'œuvre de Dubois, politique aussi habile que négociateur exercé, mais peu digne, par ses mœurs, des honneurs ecclésiastiques auxquels il aspirait. Il avait réconcilié la France avec la cour de Rome; pour prix de ce service, il obtint le chapeau de cardinal qu'il ambitionnait vivement'i^ Le Parlement, il faut le reconnaître, s'était montré aussi peu résolu dans ses résistances contre Dubois qu'il avait été ferme et constant dans son opposition contre Law; mais prétendre que les magistrats, en attaquant la bulle Unigenitus, voulaient uniquement profiter de l'agitation des esprits et du trouble des consciences afin de faire consacrer par Téclat d'tm tel rejet leurs prétentions, chaqtte jour moins dissimulées, à la puissance législative^^', ne nous paraît pas une appréciation exacte du rôle du Parlement dans une lutte où se trouvaient engagées les libertés de l'Eglise gallicane, qu'il sut sauvegarder par des réserves expresses.

Le chancelier d'Aguesseau avait ptiissamment contribué à l'enregistrement de la fameuse bulle, et sa conduite, dans cette circonstance, très-différente de celle qu'il avait tenue sous Louis XIV, est fort diversement jugée '^\ En

avaient perdu la parole et qu'il allait la leur rendre. — Le premier président a répondu que la conduite des avocats avait été parfaite, et qu'on ne pouvait que s'en louer. Journ. de Barbier, 1.92.

(1) Hénault, Abrégé chron., 348. — Il fut fait cardinal le 16 juillet 1721. Mém. de St-Sirnon, 18.271. — Un an après il fut déclaré premier ministre, Mém. de Saint-Simon, 18.290. — (2) Les magistrats, en attaquant la bulle Unigenitus, n'étaient stimulés, encore qu'ils affectassent de le paraître, ni par des scrupules religieux, ni par des scrupules monarchiques; il s'agissait bien moins de sauver la doctrine de saint Augustin et l'indépendance des couronnes que de profiter de l'agitation des esprits et du trouble des consciences, afin de faire triompher, dans toute sa plénitude, ce droit de contrôle et de remontrances si souvent reconquis et retiré. De Carné, Le gouv. de M°" de Pompadour. Rev. des Deux-Mondes, 1859, p. 313. — (3) Hello, Phil. de l'Hist. de Fr., 245. — De Lacretelle, Hist. de Fr. au xviii' siècle^ 1.354.

40 ATTAQUES CONTRE d'aGUESSEAU (1720)

comparant, avec amertume, le langage du magistrat à celui du ministre, ses adversaires affectaient d'oublier la diîférence qui existait entre les devoirs de l'un et les devoirs de l'autre. Le temps avait changé plutôt que d'Aguesseau. Comme procureur général, d'Aguesseau avait repoussé la constitution, parce qu'il ne voulait pas qu'on portât la moindre atteinte au pouvoir du roi, à l'indépendance nationale ; comme ministre, il s'était rendu compte de la hardiesse totijotirs croissante des opinions et de la tranformation qui s'opérait dans les esprits. Le désir de. ramener la paix entre l'Eglise et l'Etat, dont l'indépendance était asstirée depuis la déclaration de 1682, avait été le véritable mobile du chancelier en 1720.

Cette difficulté avec la cour de Rome aplanie, d'autres diffictiltés non moins graves continuaient entre le régent et le Parlement, à l'occasion des scandales toujours plus grands de l'agiotage, dont la rue Quincampoix était le théâtre et qui ont rendu cette rue historique. Les fortunes étaient botileversées, les catastrophes se multipliaient et le peuple manquait de pain. L'inégalité des classes disparaissait dans l'égalité de l'imprudence et de l'avidité. « L'étranger, disait Montesquieu, a tourné l'Etat comme un fripier tourne un habit; il fait paraître dessus ce qui était dessous, et ce qtti était dessous il le met à l'envers. Quelles fortunes inespérées, incroyables, même à cetix qui les ont faites ! Dieu ne tire pas plus rapidement les hommes du néant. Que de valets servis par leurs camarades et peut-être demain par leurs maîtres *i * ! »

Law, ne pouvant plus résister aux désordres dont il était l'auteur, dut sortir de France'^', chargé de l'exécration publique. Il laissait dans le cahos la France, qu'il

(1) Montesquieu, Lettres persanes, cxxxii, t. 2.142. — (2) Le 21 décembre 1720. Oger, Hist. de Fr., 133.

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