LE CHANCELIER VOYSIN
parler, puis il revint à sa place, se couvrit, et s^'exprirûa en ces termes : « Messieurs, dans l'accablement de la douleur où nous sommes, causée par la perte que nous venons de faire, c'est un grand sujet de consolation de voir revivre toutes nos espérances dans la personne du jeune roi. Les grandes actions du roi son bisaïeul, ont fait pendant sa vie l'admiration et l'étonnement de toute l'Europe. Le roi mourant a donné à son petit-fils les dernières marques de sa tendresse en l'instruisant, en peu de paroles, de ce qu'il aurait à faire pendant son règne pour rendre ses peuples heureux. Ces paroles et ces instructions demeureront pour toujours fermement gravées et imprimées dans le coeur et dans l'esprit du jeune roi.
« Son autorité sera exercée par un prince régent, auquel ce titre est dû par sa naissance, et dont toutes les vues se portent au soulagement du peuple. »
Après ce discours, le premier président et tous les présidents et conseillers mirent un genou en terre. M. le chancelier les fit lever sur le champ par l'ordre du roi, et M. le premier président, découvert ainsi que tous les membres du Parlement, dit : « Sire, la royauté est immortelle en France, quoique nos rois, comme les moindres de leurs sujets, soient tributaires de la nature. Louis-le- Grand, après un long et glorieux règne, en est la triste preuve. Ce cruel événement afilige et consterne tous les ordres du royaume et pénètre de la plus vive douleur 'e premier tribunal de l'Etat. Mais, au moment fatal où le plus grand roi du monde cesse de vivre, Votre Majesté, par le droit de sa naissance, commence de régner. C'est le motif de cette auguste cérémonie. Tous s'empressent à Tenvi de vous contempler sur votre lit de justice comme l'image visible de Dieu sur la terre, de vous y voir exercer la première et la plus éclatante fonction de la royauté, et recevoir les hommages, les soumis-