ÉTAT DE CRISE
agissaient de la sorte parce que, suivant la remarque d'un illustre écrivain, ils étaient, sans le savoir, les moyens d'une révolution sociale^'^L Cet état de choses présageait une crise inévitable et prochaine.
Le 29 avril, le Parlement prit l'oifensive en ordonnant une information sur la conduite des contrôleurs chargés de procéder à la vérification des déclarations des particuliers sur le vingtième. Après avoir empêché la réalisation de l'impôt, il s'attaquait aux ressources de l'impôt, ne soupçonnant pas que, par ses résistances à l'autorité royale et ses remontrances passionnées, il prononçait son arrêt de mort et provoquait la ruine de la monarchie. Cependant Brienne avait besoin d'argent pour subvenir aux dépenses de l'Etat. Ses plans étant sans cesse traversés par le Parlement, il se concerta avec le garde des sceaux, de Lamoignon, pour frapper la puissance politique des Cours souveraines, avec lesquelles il fallait sans cesse négocier ou combattre. Tous les ministres étaient gagnés à l'idée de renverser la magistrature. Montmorin, ministre des affaires étrangères, demanda à Mirabeau d'écrire contre les Parlements. Quoique opposé au rôle politique des magistrats, Mirabeau refusa le secours de sa plume. « Tant que nous n'aurons pas vu naître une constitution sanctionnée par notre consentement, répondit-il, qui d'entre les honnêtes gens voudrait effacer ces derniers vestiges de nos libertés mourantes ^^^. » Paris était dans une attente pleine d'anxiété. L'attitude énergique du Parlement, les sympathies du peuple et le mécontentement des esprits, tout annonçait une crise imminente. Le bruit s'était répandu qu'un grand acte politique s'apprêtait, et les précautions les plus minutieuses avaient été prises pour qu'il ne fut connu qu'au moment de sa mise en exécution. Le projet du gouvernement consistait à réduire les ressorts trop
(1) Chateaubriand, Métn. d'outre-tombe, 2, p. 5. — (2) Mirabeau, Me'm. 4.481.