PROJET DU GOUVERNEMENT
étendus des Parlements, en créant de grands bailliages, et à transporter les attributions politiques du Parlement de Paris à une Cour plénière composée de pairs, de prélats, de magistrats et de chefs militaires, tous choisis par le roi. Les gouverneurs de province reçurent l'ordre de se tenir à leur poste le 8 mai, et le garde des sceaux de Lamoignon députa dans les villes de Parlement des conseillers d'Etat porteurs de lettres cachetées qu'ils ne devaient ouvrir que ce jour-là.
Ce projet fut découvert par le conseiller d'Eprémesnil, qui parvint, à prix d'argent, à se procurer un exemplaire des nouveaux édits'^'. Il se transporta aussitôt auprès du premier président et obtint la convocation immédiate des pairs et des Chambres '^^ Il leur dénonça le projet ministériel qui attaquait la puissance judiciaire du Parlement et anéantissait complètement sa puissance politique. d'Eprémesnil termina en disant : « Jurons tous de nous refuser à tout projet qui émanerait du ministre, et de périr plutôt que de soulïrir leur exécution ^K » Le Parlement ne savait quel parti prendre. Il ne pouvait délibérer sur un projet qui ne lui avait pas été soumis, et cependant, dans la situation où il se trouvait, toute hésitation devenait dangereuse. Il rendit, en forme d'arrêt, une déclaration qui consacrait les anciens principes de la constitution du royaume et comprenait dans le nombre son existence et ses droits. Cette déclaration, véritable manifeste de guerre contre la cour et acte d'alliance avec le peuple, dont le concours était nécessaire pour résister avec quelques chances de succès, était l'œuvre de d'Eprémesnil, le plus influent et le plus brillant organe du Parlement ;
(1) D'Eprémesnil ayant gagné la femme d'un ouvrier de l'imprimerie royale, celui-ci parvint à lancer par les fenêtres une épreuve des édits roulée dans une boule de terre glaise. Louis Blanc, Ilist. de la révol. fr., 2.201. — Soulavie, Mémoires, 6.185. — (2) Le 3 mai 1788. Arch. de la nation, Cons. sec, X. 16.8988. - (3) Montgaillard, Hist. de Fr., 1.403.